« Le rapport publié aujourd’hui propose des mesures immédiates et concrètes… pour protéger les consommateurs des effets de cette crise », déclare le directeur exécutif de l’AIE, Fatih Birol.
« La guerre au Moyen-Orient a provoqué la plus importante perturbation de l’offre de toute l’histoire du marché pétrolier mondial », selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE).
La flambée des factures d’énergie n’est qu’une partie du problème. Depuis le début de la guerre contre l’Iran, le chaos provoqué par la volatilité des prix du gaz et du pétrole a conduit les gouvernements à adopter des mesures d’économie de carburant allant de la fermeture des écoles au Pakistan à des restrictions sur la climatisation en Thaïlande.
Une grande partie de cette imprévisibilité des prix s’explique par les attaques iraniennes contre des navires commerciaux dans le détroit d’Ormuz, un passage de 38 km par lequel transite environ un cinquième des approvisionnements pétroliers mondiaux.
Ces répercussions mettent à nu les vulnérabilités d’un monde trop dépendant des importations de combustibles fossiles, les pays les plus autosuffisants étant mieux armés pour encaisser le choc.
Aujourd’hui (20 mars), l’AIE a publié dix recommandations pour réduire la demande en combustibles fossiles. Du télétravail à la réduction de la vitesse sur les routes, de nombreux pays les appliquent déjà.
Fermetures d’écoles et réduction du temps de travail
Au début du mois, face à la hausse des prix des carburants, le Bangladesh a fermé ses universités plus tôt que prévu, avançant les vacances de l’Aïd el-Fitr afin d’économiser l’énergie et de réduire la consommation de carburant liée aux transports et aux embouteillages.
Au Pakistan, les mesures d’urgence sont allées plus loin, avec la fermeture des écoles pendant deux semaines et l’injonction faite aux universités de dispenser leurs cours en ligne.
Les dotations en carburant des ministères ont été réduites de 50 % dans le pays et les administrations publiques sont passées à la semaine de quatre jours, tandis que la moitié des fonctionnaires vont travailler à distance – l’une des recommandations de l’AIE.
Aux Philippines, la durée du travail dans le secteur public a également été réduite d’une journée, en réaction à la hausse des prix des carburants liée au conflit au Moyen-Orient.
Les consignes données aux fonctionnaires de Thaïlande sont plus détaillées: prendre l’escalier plutôt que l’ascenseur, régler la climatisation à 27 °C et porter des chemises à manches courtes plutôt que des costumes.
Au Vietnam, pays très dépendant des importations d’énergie en provenance du Moyen-Orient, les autorités ont demandé aux entreprises d’encourager le télétravail.
Les déplacements deviennent plus restreints et plus coûteux
Les voyages internationaux sont plongés dans le désordre depuis le début de la guerre contre l’Iran. Le prix des billets d’avion augmente rapidement en raison du coût élevé du kérosène, tandis que les programmes de vols ont été fortement réduits à cause des fermetures d’espaces aériens.
Les vols maintenus doivent emprunter des trajectoires plus longues pour éviter les zones de combat, ce qui allonge les temps de trajet, accroît la consommation de carburant et les émissions.
La compagnie australienne Qantas a dû modifier la route de son vol Perth–Londres, qui nécessite désormais une escale de ravitaillement à Singapour, rallongeant le voyage de trois heures.
Les hausses de prix des billets devraient se poursuivre pendant l’été, même en cas de désescalade du conflit. L’AIE recommande d’éviter l’avion lorsqu’il existe d’autres options.
Partout dans le monde, la hausse des prix de l’essence et du diesel provoque des achats de panique dans les stations-service, poussant les gouvernements à appeler au calme. En Australie, des dizaines de stations – et même certaines villes entières – seraient à sec, ce qui a conduit certains distributeurs à imposer des plafonds par client.
Face à la crainte de pénuries, l’Australie a assoupli ses normes de qualité des carburants, autorisant le retour des carburants « sales » à forte teneur en soufre, associés à une pollution atmosphérique importante.
Au Royaume-Uni, les automobilistes sont appelés à éviter les déplacements non indispensables. Les conducteurs « peuvent envisager de renoncer à certains trajets non essentiels et de modifier leur façon de conduire pour économiser le carburant », suggère Edmund King, président de l’AA, le principal automobile club du pays.
L’AIE appelle les États à promouvoir les transports publics, le covoiturage et l’éco-conduite, et à réduire d’au moins 10 km/h les limitations de vitesse sur les autoroutes pour économiser le carburant.
Elle propose aussi de recourir à des systèmes de circulation alternée selon les plaques d’immatriculation pour limiter l’accès des voitures particulières aux grandes villes certains jours, afin de réduire la congestion et la consommation de carburant. De tels dispositifs ont déjà été utilisés dans des destinations de vacances européennes très fréquentées pour maîtriser le surtourisme.
La sécurité alimentaire menacée
Illustration frappante des liens entre combustibles fossiles et systèmes alimentaires, l’Égypte a plafonné le prix du pain alors que les craintes d’inflation se multiplient. La hausse du coût de l’énergie devrait se répercuter sur les coûts de production et de transport, touchant à la fois les agriculteurs et les consommateurs.
Aliment de base en Égypte, le pain dépend largement des importations de blé, dont le pays est le premier importateur mondial. Le prix du grain a récemment été multiplié par environ huit – passant d’environ 2 000 livres égyptiennes (33 €) la tonne à 16 000 livres (266 €) –, a indiqué à l’agence Reuters (source en anglais) une source du secteur céréalier ayant requis l’anonymat. Elle avertit en outre que ces plafonds de prix pourraient entraîner une baisse de la qualité.
Largement utilisés dans le monde, les engrais azotés dépendent fortement du gaz naturel, à la fois comme matière première et comme source d’énergie, ce qui expose un peu plus la production alimentaire aux chocs liés aux combustibles fossiles.
L’UE a tenté de réduire sa dépendance aux importations d’engrais azotés en provenance de Russie en instaurant des droits de douane restrictifs, mais ceux-ci ne la protégeront pas contre l’envolée des prix du gaz.
Dans certains pays, l’impact sur les systèmes alimentaires est plus direct: des restaurants en Inde ont dû adapter leurs menus ou fermer temporairement en raison d’une pénurie de gaz de cuisson.
L’AIE préconise de détourner l’usage du GPL du secteur des transports afin de le réserver à la cuisson et à d’autres besoins essentiels. Elle recommande aussi de favoriser la cuisson électrique et d’autres solutions modernes pour réduire la dépendance au GPL.
« La dépendance aux combustibles fossiles place les économies, les budgets des ménages et les résultats des entreprises à la merci des chocs géopolitiques et de la volatilité des prix dans un monde chaotique », a déclaré Simon Stiell, secrétaire exécutif de la CCNUCC, lors du Sommet européen sur la croissance verte le 16 mars.
« Une docile dépendance aux importations de combustibles fossiles condamnera l’Europe à vaciller indéfiniment de crise en crise, les ménages et les industries en payant littéralement le prix », poursuit-il. « Et ce, alors que les catastrophes climatiques provoquent des ravages croissants partout dans le monde – faisant exploser les coûts et plomber la croissance, avec un tribut humain considérable. »
Les subventions aux combustibles fossiles financées par les contribuables ne font qu’accentuer cette vulnérabilité.
« La coopération climatique est un remède au chaos que nous traversons », conclut Stiell. « Les énergies renouvelables changent la donne. »