Le fils d’Aung San Suu Kyi a appelé Emmanuel Macron à l’aide pour obtenir une preuve indépendante que l’ancienne dirigeante birmane est toujours en vie. Depuis son transfert en résidence surveillée annoncé par la junte, aucun contact ni image fiable n’a été fourni.
Où est Aung San Suu Kyi, et comment se porte-t-elle alors qu'elle est privée de sa liberté depuis plus de 5 ans ?
Kim Aris, fils cadet de la dirigeante déchue, âgée de 80 ans, placée en détention depuis le coup d’État militaire du 1er février 2021, s'interroge et a lancé mardi un appel à la France afin d'obtenir une preuve indépendante que sa mère est toujours en vie.
Dans une lettre adressée à Emmanuel Macron, consultée par l’AFP, il demande à Paris d’intervenir pour garantir les droits fondamentaux de sa mère, prix Nobel de la paix et figure historique de l’opposition birmane.
"J’implore la France de se joindre à mon appel afin que nous puissions obtenir une preuve de vie vérifiée de manière indépendante", écrit-il, réclamant également pour sa mère un accès à des soins médicaux adaptés.
Le Quai d'Orsay a confirmé à Euronews que le chef de la diplomatie française, Jean-Noël Barrot, avait aussi reçu ce lundi 4 mai le fils d'Aung San Suu Kyi.
Il "a pris note des annonces de la junte s’agissant de la situation de cette dernière, et a souligné que la France continuerait à œuvrer à la libération immédiate et inconditionnelle d'Aung San Suu Kyi", selon un communiqué du ministère publié mardi après-midi.
Jean-Noël Barrot a porté "une attention particulière à ses conditions de santé, ainsi qu’à la nécessité de permettre son accès aux soins et le contact avec ses avocats et ses proches, saluant à cet égard la campagne "Proof of Life", conduite notamment par le fils de la dissidente.
Le ministère des Affaires étrangère a rappelé que la France a soutenu, le 27 avril dernier, le renouvellement pour un an du régime de sanction de l'UE frappant la junte birmane, "en l’absence de progrès tangibles de la part du régime".
L’annonce du transfert d'Aung San Suu Kyia a été faite le 30 avril dernier par le chef de la junte, Min Aung Hlaing, qui a affirmé que l’ancienne cheffe du gouvernement avait quitté son lieu de détention pour être placée en "résidence surveillée", probablement à domicile.
Mais depuis cette déclaration, aucune confirmation indépendante n’a été obtenue sur l'endroit où elle se trouve. Son fils affirme n'avoir reçu aucun contact de sa mère, qui dispose toujours de soutiens en Birmanie malgré les années d'isolement imposées par les militaires au pouvoir.
La junte a bien diffusé jeudi une photographie non datée (ci-dessous) montrant une femme présentée comme Aung San Suu Kyi, assise entre deux hommes en uniforme. Mais ses proches restent sceptiques. "Nous ne savons pas si cette image est authentique ou générée par intelligence artificielle", a affirmé François Zimeray son avocat.
Une autre avocate de "la Dame de Rangoun", Catalina de la Sota, a exprimé sa profonde inquiétude concernant son état de santé. « Nous ne pouvons imaginer qu’elle ne soit plus en vie, mais pourquoi est-elle maintenue dans un secret total, en violation de toutes les conventions internationales ? ».
Enfin, le gouvernement d'unité nationale (NUG) en exil, a de son côté rejeté l'annonce de la junte militaire concernant son transfert de la prison de la capitale Naypyidaw en "résidence surveillée", évoquant une "manœuvre politique trompeuse qui ne fournit aucune preuve crédible que l'ancienne dirigeante soit vivante, ajoutant que son transfert vers un lieu tenu secret et non vérifié revenait en réalité à la déplacer d’un lieu de détention à un autre, et non à la libérer véritablement."
Privée de liberté depuis 2021
Aung San Suu Kyi a longtemps incarné la lutte pour la démocratie en Birmanie.
Fille du héros de l’indépendance Aung San, elle devient la figure du mouvement pro-démocratie lors des manifestations de 1988 contre la junte militaire.
En 1990, son parti remporte largement les élections, mais l’armée refuse le résultat et la place en résidence surveillée pendant de longues années. Son combat non violent lui vaut le prix Nobel de la paix en 1991 et une immense popularité internationale.
Après sa libération, elle mène la transition politique du pays et son parti remporte les élections en 2015. Empêchée de devenir officiellement présidente, elle dirige néanmoins de facto le gouvernement birman.
Mais son image se dégrade à partir de 2017, lorsqu’elle est accusée d’inaction face à la répression de la minorité rohingya par l’armée. Malgré les critiques internationales, elle reste très populaire dans son pays.
Début 2021, l’armée reprend le pouvoir par un coup d’État, arrête Aung San Suu Kyi et replonge la Birmanie dans la dictature et la guerre civile. Elle est condamnée lors d'une série de procès dénoncés par les organisations de défense des droits humains comme politiquement motivés.
Depuis fin 2022, elle est privée de tout contact avec ses avocats. Malgré les récentes réductions de peine, dont une diminution d'un sixième annoncée les 17 et 30 avril, ainsi que les amnisties antérieures, il lui reste encore 18 ans et neuf mois à purger.
L'ONU, l'Union européenne et les États-Unis n'ont eu de cesse de réclamer sa libération immédiate et sans condition. En 2024 et 2025, les appels se sont multipliés pour qu'elle puisse au moins recevoir des soins médicaux indépendants.
Son fils a dénoncé à plusieurs reprises le fait que la junte utilise la santé de sa mère comme un levier de négociation politique, tout en la laissant s'affaiblir physiquement.