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Agriculture : le gouvernement annonce un plan de soutien de plus d’un milliard d’euros

Un agriculteur au travail dans un champ. Image d'illustration
Un agriculteur au travail dans un champ. Image d'illustration Tous droits réservés  AP Photo
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Par Jean-Philippe Liabot
Publié le Mis à jour
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Après un été marqué par la chaleur et la sécheresse, l’agriculture française fait face à des pertes massives dans de nombreuses filières. Sous la pression des syndicats, le gouvernement français annonce un plan d’urgence d'un montant de plus d'un milliard d'euros.

La sécheresse et les épisodes de fortes chaleurs ont lourdement frappé les exploitations agricoles françaises cet été. Tous les secteurs ont été touchés, des éleveurs aux céréaliers, en passant par les maraîchers, les arboriculteurs ou encore les viticulteurs. Face aux pertes de récoltes, aux difficultés d’alimentation du bétail et à la hausse des coûts, les agriculteurs ont multiplié les appels à l’aide ces dernières semaines par la voix de leurs syndicats. Ces derniers réclament plusieurs milliards d’euros de soutien pour compenser les pertes, préserver les trésoreries des exploitations et éviter que cette crise ne fragilise davantage les prochaines campagnes agricoles.

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Le Premier ministre français Sebastien Lecornu a fait de la crise agricole sa priorité absolue pour la rentrée, déclarant dans les colonnes du journal Le Parisien dimanche : « L’agriculture, c’est mon dossier numéro un de la rentrée ».

Pour y répondre, il a annoncé le déploiement de deux dispositifs complémentaires : un plan de soutien d'urgence pour aider les exploitants à passer l'hiver, suivi d'un plan de relance à plus long terme fixé à l'horizon 2027.

La ministre de l'Agriculture, Annie Genevard a détaillé toutes ces mesures ce vendredi. Le plan est baptisé CASI, "Climat-Adaptation-Sécheresse-Incendie"

Les principales mesures annoncées

Pour répondre à l’ampleur des dégâts, le gouvernement annonce un plan de soutien de plus d’un milliard d’euros.

"Le pays à un double impératif devant lui, indemniser les pertes, pour éviter les faillites et relancer la production agricole, pour ne pas perdre de la souveraineté " a déclaré la ministre. "C'est la solidarité de tous les Français qui s'exprime, et elle doit désormais se concrétiser très rapidement dans les exploitations" a-t-elle ajouté.

Le premier volet doit permettre d’indemniser les pertes d’exploitation notamment grâce à plusieurs centaines de millions d’euros mobilisés via l’Indemnité de solidarité nationale (ISN).

Ce mécanisme permet à l’État d’indemniser les agriculteurs victimes de pertes importantes liées à des événements climatiques, comme la sécheresse ou la canicule. Elle intervient lorsque les dégâts dépassent certains seuils et complète l’assurance récolte.

Annie Genevard la ministre de l'Agriculture le 4 septembre 2026
Annie Genevard la ministre de l'Agriculture le 4 septembre 2026 Capture vidéo ministère de l'Agriculture

Le second volet vise à relancer la production, avec des aides notamment pour l’achat de fourrage, de semences et de plants. Des moyens seront également confiés aux préfets de région pour répondre aux besoins locaux car "toutes les régions ne sont pas touchées de la même manière" a ajouté la ministre.

La ministre a souhaité passer de "70 à 75% le montant des avances de la PAC", soit environ 420 millions de trésorerie, qui arriveront plus vite dans les comptes des exploitations agricoles.

Le gouvernement veut également accélérer le stockage de l’eau pour mieux protéger l’agriculture face aux prochaines sécheresses. Il défend une approche plus large que les seules mégabassines, avec notamment des retenues collinaires, de petits ouvrages de stockage et l’amélioration des infrastructures existantes. L’objectif est de sécuriser l’accès à l’eau tout en limitant les prélèvements pendant les périodes de sécheresse.

Enfin, le gouvernement prolonge jusqu’au 31 octobre les aides à l’achat de carburant avec la prise en charge de 15 centimes par litre de gazole non routier agricole.

Une partie du dispositif de relance sera intégrée au budget 2027, avec des concertations annoncées dès la semaine prochaine.

Cet effort est important au vu de la situation des finances publiques en France, mais il devra être comparé aux pertes évaluées à plus de 10 milliards d’euros par la FNSEA, le principal syndicat agricole français.

Les organisations de grandes cultures réclamaient notamment une aide directe de 450 euros par hectare, tandis que les éleveurs évaluent à plusieurs milliards leurs besoins, notamment pour compenser le manque de fourrage.

La FNSEA demandait également un vaste dispositif d’allègement des charges, des exonérations fiscales et sociales ainsi que des mesures pour préserver la trésorerie des exploitations.

La Confédération paysanne demandait, elle, une aide forfaitaire de 5 000 euros par ferme touchée, avec une priorité donnée aux exploitations les plus fragiles. Elle estime qu’aucune ferme ne doit disparaître à la suite de cet épisode climatique.

Une première réaction : "L’État enterre 4 paysans sur 5 "

Contacté par euronews, la Confédération paysanne déclare que "ces annonces ne sont pas du tout à la hauteur"

"L’Etat enterre 4 paysans sur 5 : on appelle à la mobilisation des 82% de paysans non assurés qui passent à la trappe et ne toucheront quasiment rien. Ce ne sont pas des mesures exceptionnelles, ce sont des mesures classiques, alors que la crise est historique." explique le syndicat.

Pour le syndicat agricole, "le chiffre d'un milliard peut paraitre important, mais il est en réalité très faible puisque quasiment la moitié de ce budget concerne l’ISN et les calamités pour pertes de fonds, qui existaient déjà !"

Pour mesurer l’ordre de grandeur, la grippe aviaire avait mobilisé près d’un milliard d’euros en 2021-2022 pour une seule filière, tandis que l’aide au secteur porcin avait atteint 270 millions d’euros en 2022.

Le syndicat pointe aussi les 1,2 milliard d’euros consacrés chaque année au soutien du biométhane et les 1,3 milliard d’euros de dépenses fiscales destinées à favoriser la mécanisation individuelle.

La Confédération paysanne conteste également l’idée que les agriculteurs doivent supporter seuls le coût des conséquences de la sécheresse.

Le syndicat estime que "l’ensemble de la filière agroalimentaire doit participer à la prise en charge des risques" et défend depuis plusieurs années la création d’un fonds professionnel mutualisé, accessible à toutes les exploitations et financé par les différents acteurs de la chaîne.

La Confédération paysanne plaide par ailleurs pour que "la solidarité nationale ne repose pas uniquement sur les consommateurs et les contribuables", mais applique davantage le principe du « pollueur-payeur », en mettant notamment à contribution "les grandes entreprises et les acteurs économiques les plus responsables des émissions de gaz à effet de serre."

Les effets d'une météo catastrophique

Selon les estimations Agreste au 1er août 2026, la sécheresse frappe l'agriculture française, touchant de plein fouet les rendements.

La baisse la plus forte concerne le maïs, dont la production s'effondre de 35,3 % sur un an (9,0 Mt contre 13,9 Mt en 2025). Les semis de printemps souffrent énormément du fait du manque d'eau, : le blé dur de printemps chute de 70,1 % et le blé tendre de printemps de 42,1 %.

Le bilan annuel reste sombre pour l'ensemble du secteur : la production chute de 21,5 % pour les pommes de terre de conservation (6,5 Mt), de 16,6 % pour le blé dur (1,1 Mt), de 6,8 % pour l'orge (11,0 Mt) et de 4,3 % pour le blé tendre (31,9 Mt), tandis que le tournesol enregistre un léger recul de 0,8 % (1,4 Mt). Seul le colza semble résister, mais uniquement grâce à des surfaces cultivables en hausse.

La sécheresse de 2026 a aussi frappé l'élevage : le déficit national de pousse d'herbe atteint 36 % au 20 août, avec à peine la moitié du potentiel annuel réalisé, forçant les éleveurs à piocher très tôt dans leurs stocks d'hiver.

Côté fruits, le bilan est mitigé : si les pêches résistent (+4 % sur un an), la forte chaleur dégrade les calibres des fruits d'été et fait grimper les prix à la production (+15,1 % pour le melon).

Outre les pertes quantitatives sur certains fruits, la chaleur excessive a perturbé la floraison, la pollinisation et le grossissement des fruits, obligeant la grande distribution à assouplir ses critères esthétiques et de taille pour éviter un rejet massif de la production française.

Une situation inédite qui appelle à la réflexion

Au-delà des aides financières d'urgence qui feront sans doute du bien au secteur, l’agriculture française traverse cette année une crise existentielle inédite. La chute drastique des rendements plonge de nombreuses exploitations dans une précarité financière.

Un agriculteur et un morceau de terre complètement sèche entre les main - illustration
Un agriculteur et un morceau de terre complètement sèche entre les main - illustration AP Photo

Cette situation met en évidence les limites du modèle agricole actuel face au dérèglement climatique. Alors que les pertes d'exploitation menacent directement la viabilité du secteur et la souveraineté alimentaire, les acteurs du monde agricole appellent à dépasser la simple gestion de crise ponctuelle.

L'enjeu est désormais d’engager des transformations structurelles profondes : adaptation des cultures, gestion durable et partagée de la ressource en eau, et transition vers des pratiques agroécologiques plus résilientes.

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