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Artiste féminine libérienne Faith Vonic : Musique et plongée dans l'aide humanitaire

Artiste féminine libérienne Faith Vonic :  Musique et plongée dans l'aide humanitaire
Tous droits réservés  Private collection FaithVonic
Par Puck Wagemaker

Faith Vonic (25 ans) est une artiste libérienne d'afro pop et de “Hipco” (HipHop) et l'une des très rares femmes artistes de cette scène au Liberia, un pays à l’histoire mouvementée de la côte ouest-africaine.

La musique de Faith Vonic est un moyen pour l’artiste d’apporter de la vie aux gens. C'est aussi une façon pour elle d'échapper aux traumatismes ; son mécanisme d'adaptation créatif après tout ce qu'elle et son pays ont traversé.

"Nous avons traversé tellement de choses au Liberia", dit-elle. "De la guerre aux violences domestiques, les viols, le sexe. Je ne peux pas tout nommer. Cela peut même vous traumatiser quand vous commencez à y penser."

Après deux guerres civiles, la société libérienne portait les nombreuses cicatrices en lien avec ses morts, les violences sexuelles et domestiques et le stress post-traumatique, sans avoir eu assez de temps pour les soigner. Puis, en 2014, le pays a été confronté à une tragique épidémie d'Ebola qui a duré deux ans et aujourd’hui, il doit faire face au Covid-19.

Nous échangeons avec Faith Vonic, via zoom. Elle porte un collier avec un pendentif ayant la forme du continent africain et vient de poster, sur Instagram, une photo sur la beauté qu’il y a à être Libérien. Sa réponse : le Koloqau (langue locale), la nourriture, le plaisir et les gens.

"Nous avons beaucoup de problèmes, mais j'essaie de changer les idées des gens, de leur faire oublier les problèmes pour une fois et d'identifier notre beauté."

Comment votre musique aide-t-elle les gens à oublier leurs problèmes ? Ma musique donne de la vie aux gens. Je veux célébrer les gens et les rassembler. Je sais aussi que la musique peut les motiver et c'est la raison pour laquelle je me plonge parfois dans ce travail humanitaire en tant que musicienne.

En 2014, Faith Vonic a produit une chanson avec d'autres musiciens pendant l'épidémie d'Ebola, afin d’"aider les gens à retrouver de la vie à nouveau". Aujourd'hui, avec la pandémie de Covid-19, sa chanson "Hope" – La "Chanson de l’espoir" – a pour but de sensibiliser et d'inciter les gens à prendre le virus au sérieux.

La "Chanson de l'espoir"... Et vous, comment la musique vous aide-t-elle ? Pour moi, la musique est une échappatoire aux traumatismes. La musique me calme beaucoup. Elle m’apporte la tranquillité d'esprit.

Grandir avec mon beau-père n'a pas été une enfance parfaite. Il était violent, surtout après avoir bu un verre. Ma mère et moi, en tant que femmes, n'avions pas de voix dans la maison. C'était presque comme s'il était notre patron. Et on ne dit rien quand son patron a tort, même quand ce qu'on pense est juste. C'était effrayant et à un moment donné, j'ai détesté les hommes.

Comment votre vision des hommes a-t-elle changé ? J'ai traversé tellement de crises différentes liées aux hommes que cela m’a rendue plus forte, vraiment. Je sais maintenant que tous les hommes ne sont pas pareils.

Un homme ne me mettra plus jamais dans une position où je me tairai. Je connais ma valeur ; je sais qui je suis et je sais ce dont je suis capable, et en plus de cela, nous ne sommes plus dans une ère où les femmes restent silencieuses. En Afrique, les femmes sont censées se soumettre à leur homme une fois qu'elles sont mariées, mais elles doivent se rappeler qu’elles ont une voix. Les femmes doivent connaître leurs droits.

Comment faites-vous pour que les femmes libériennes connaissent leurs droits ? J'utilise ma plateforme et je dis aux femmes que j'ai aussi été dans leur situation. J’interviens en direct et je parle à mes fans. Nous parlons des femmes, de la violence sexiste et de la façon dont cela les affecte. Elles ont besoin de savoir que leur situation n'est pas acceptable et qu'elles peuvent s'en sortir. Personne ne m'a jamais dit que je pouvais m'en sortir. C'était juste Dieu et moi.

Lorsque je me suis associée à ActionAid Liberia (une ONG mondiale axée sur le développement et les droits de l'homme), nous sommes allés au Red Light Market, un très grand marché du Liberia. Nous avons parlé aux hommes et leur avons transmis un message très simple : qu’ils devraient apprécier ce que leurs femmes font à la maison. Certains hommes au Liberia pensent que le fait que vous soyez une femme vous donne la responsabilité de faire toutes les tâches ménagères. Ce n'est pas parce que vous êtes une femme que vous devez faire le ménage et la lessive. Les hommes peuvent le faire aussi.

Comment les hommes ont-ils réagi ? Certains hommes ont été impolis lors de nos discussions. Ils disaient que nous étions en train de changer la mentalité des femmes. Je voulais leur faire comprendre un message simple : qu’ils doivent simplement apprécier ce que font leurs femmes.

Pensez-vous que les jeunes générations au Liberia sont également confrontées à ces rôles traditionnels liés au genre ? Mon problème se pose en fait avec la jeune génération de femmes. Elles ne veulent pas faire les activités que font les hommes. Dans d'autres parties du monde, je vois des électriciennes et des mécaniciennes, mais il n'y a pas de filles qui font cela au Liberia.

J’ai une fois joué devant un groupe de jeunes filles ; la plupart d'entre elles avaient environ 17/18 ans. Je leur ai demandé qui voulait être infirmière et presque toutes ont levé la main. J'ai dit "OK, c'est bien, mais qui veut être mécanicienne ?" Pas une seule fille n'a levé la main. J'ai été étonnée et l'ambassadrice de l'événement également. Elle leur a même demandé :

"Vous ne pensez pas que vous pouvez le faire ?" L'une des filles m'a dit que c'était un travail d'homme, que ce n'était pas pour les femmes. À partir de ce moment-là, j'ai compris que c'était l'un des problèmes qui les touchait. C'est pour cela que les femmes ne trouvent pas vraiment de travail ici. On ne peut pas toutes travailler dans le même domaine.

Private collection FaithVonic
Faith VonicPrivate collection FaithVonic

Comment pensez-vous que cela puisse changer ?

Les gens doivent leur apprendre que certains emplois ne sont pas réservés qu’aux hommes, qu'une femme peut aussi les exercer. Ces femmes n’ont personne pour les encourager à faire un travail "d'homme".

Si je n'étais pas musicienne, je serais ouvrière. Quand je vois des gens construire une maison, j'ai envie d'apprendre, mais chaque fois que je leur demande, ils me disent toujours : "Les briques sont lourdes, ça va te faire mal aux mains". Ce sont des excuses ; ils ne m'encouragent même pas à essayer.

Pourquoi avez-vous l'état d'esprit de vouloir faire un "travail d'homme" ?

Je suis le genre de personne qui veut beaucoup apprendre. Je m’en moque que ce soit un travail d'homme et je pense qu'il y a d'autres filles comme moi. Ma mère m'a appris à être indépendante, à être une femme forte et à savoir prendre soin de moi. Mon père n'était pas là, alors ma mère était à la fois une femme et un homme. Elle m'a dit que je ne devais pas dépendre entièrement des hommes dans ma vie. Quatre-vingt pour cent dépendent de nous en tant qu'individu.

Vous êtes curieux de connaître la musique de Faith Vonic ? Vous pouvez trouver ses chansons ici. Sa musique est également présente dans les épisodes de Dans La Tête Des Hommes sur le Liberia, disponibles ici.

Ce programme est financé par le European Journalism Centre, dans le cadre du programme European Development Journalism Grants avec le soutien de la Fondation Bill & Melinda Gates.