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Live coding : de la musique codée en direct pour danser ou rêver

Francesco Corvi se prépare sur scène avant l'ouverture du concert au Grrrnd Zero à Vaulx-en-Velin, samedi 8 avril.
Francesco Corvi se prépare sur scène avant l'ouverture du concert au Grrrnd Zero à Vaulx-en-Velin, samedi 8 avril. Tous droits réservés Gaël Camba / Euronews
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Par Gael Camba
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Entre technique expérimentale et composition musicale, le "live coding" est encore aujourd’hui une technique peu connue du grand public. Son principe : créer de la musique en temps réel en programmant du code informatique. Vaulx-en-Velin héberge la plus grande "algorave" de France.

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Entre technique expérimentale et composition musicale, le "live coding" est encore aujourd’hui une pratique peu connu du grand public. Son principe : créer de la musique en temps réel en programmant du code informatique. Vaulx-en-Velin héberge la plus grande "algorave" de France où toute la musique est codée en direct.

À l'entrée, pas d'enseigne mais un portail grand ouvert sur une zone désaffectée où deux lettres trônent au-dessus de l'entrée "GZ". L'abréviation de**Grrrnd Zero**, une salle de concert “alternative” de Vaulx-en-Velin. Ce samedi 8 avril, 19 artistes venus de toute la France et de l’Europe se produisent dans la salle principale.

Et ce soir, c’est algorave. Sur scène, pas d'instruments ou de DJ set, mais simplement un ordinateur portable et des consoles de mixage. Les artistes programment de la musique en direct à l’aide de code informatique et d’algorithmes. La pratique peut être expérimentale mais aussi très élaborée et destinée à faire danser.

"Tout est possible, grâce au live coding", s’enthousiasme Jacopo Greco d’Alceo, un compositeur italien venu "live coder" en duo ce soir. Pour lui, ce n’est pas seulement un style de musique, c’est “un système global”, une façon unique de créer de la musique. Cette technique lui permet aussi de "créer des partitions", explique-t-il accoudé au bar du Grrrnd Zero.

Aux allures futuristes, le live coding est présent depuis une vingtaine d'années. Les algoraves en tant que telles ont vu le jour dès 2012 au Royaume-Uni, sous l'impulsion de Nick Collins et Alex McLean, deux musiciens et chercheurs.

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Rémi Georges, organisateur de l'algorave, fait les derniers réglages avant le début de l'évènement.Gaël Camba / Euronews

À quelques heures du démarrage du concert, les artistes passent faire les derniers réglages sur scène et se familiariser avec les lieux. Écrans cathodiques et caméras analogiques, ici, on apprécie la technologie à l’état pure, sans être puriste.

"Réunir toute la scène française"

"On a mis les bouchées doubles pour organiser un évènement qui dure toute la nuit", explique Rémi Georges, organisateur de l’évènement avec Raphaël Forment, doctorant en musicologie spécialisé dans le live coding.

Les enceintes restent allumées de 18 heures jusqu’à 6 heures du matin, avec une programmation inédite qui représente le plus grand évènement du genre en France. La mission de ce soir est de "réunir toute la scène française", en plus de quelques artistes venus d’Italie, des Pays-Bas ou des États-Unis, assure Rémi Georges. A plus long terme : "créer une unité au sein de la scène française qui est assez disparate et éclatée."

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Des écrans cathodiques sont reliés à des caméras analogiques diffusant un flux d'images kaléidoscopiques.Gaël Camba / Euronews

Ce sont deux passionnés en quête de nouvelles sonorités qui tiennent les rennes de l'évènement : "Je cherchais des manières de faire de la musique rythmiquement très complexe", détaille Rémi Georges. C’est en rencontrant Raphaël Forment qu’il découvre cet univers. Il se sert également de cette technique pour contrôler des synthétiseurs et toute sorte d’appareils qui produisent du son.

"Le bruit de la machine"

Ambiance kaléidoscopique et sons cosmiques, un duo compose au rythme d’une animation en stop-motion projetée derrière eux. Le moment se veut unique, éphémère, de la même manière qu’une improvisation de guitare électrique ou de trompette est unique lorsqu’elle est jouée sur scène.

Câbles, multiprises et consoles de mixage en tout genre séparent le public de la scène. La salle vide où les murs sont bariolés de graffitis accueille une soixantaine de personnes qui circulent librement.

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Des lignes de codes projetées sur l'écran de la scène lors de la représentation.Gaël Camba / Euronews

Les artistes se relayent, entre sons loufoques et tonalités discordantes. Raphaël Forment circule entre les postes pour s’assurer que tout se passe bien. "Le live coding attire les artistes expérimentaux, ceux qui aiment l’électronique, ceux qui aiment ce bruit de la machine", explique-t-il. Ces amoureux de la machine apprécient le côté "brut de décoffrage d’un synthétiseur et le glitch, le fait qu’un ordinateur bugue."

Comme la performance est instantanée, il n’y a pas de préparation studio ce qui fait que "parfois, ça crisse un peu", admet le doctorant. Pour preuve que la pratique se développe, "de plus en plus essayent d'appliquer le live coding à de la musique plus conventionnelle, pour essayer de ne pas glitcher, de faire des choses très propres."

Une pratique interactive

À chaque représentation, l’écran de l’ordinateur de l’artiste est projeté derrière lui pour montrer le code informatique. "Le public peut suivre ce que l’on fait", s’enthousiasme Francesco Corvi, artiste de live coding.

Venu des Pays-Bas où il étudie à l’Institut de Sonologie de La Hague, le musicien pratique depuis cinq ans et il a suivi l’évolution de cette pratique. "Je pense que le live coding se démocratise," explique-t-il. "Lors de la première algorave à laquelle j’ai participé à Rome, personne ne comprenait ce qu’il se passait. Maintenant, on voit toujours des gens qui en ont entendu parler et qui s’y intéressent. C’est en train de se développer."

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Derniers réglages avant l'ouverture de l'algorave au Grrrnd Zero à Vaulx-en-Velin.Gaël Camba / Euronews

Pas besoin non plus d'être un expert en code informatique pour pratiquer ou comprendre ce qui est affiché. Le langage utilisé est souvent "transparent", une ligne de mélodie à la batterie sera intitulée "drum", une ligne pour un synthétiseur "synth". La syntaxe utilisée est aussi brève que possible pour pouvoir taper le code au clavier plus facilement, notamment lors d'une performance sur scène.

"C'est facile à lire pour que ce soit plus communicatif avec le public même s'il ne comprend pas tout ce que le code implique", explique Raphaël Forment. "On peut faire du live coding sans savoir programmer, sans avoir été musicien. C'est la même chose que découvrir un instrument, la première fois qu'on utilise un trombone, on ne sait pas souffler dedans, on ne sait pas lire la partition."

A l'entrée, des cassettes audio et des vinyles sont disponibles à la vente avec une flopée de prospectus aux iconographies atypiques. L'évènement semble avoir trouvé sa place dans ce lieu, avec le souhait de renouveler la rencontre pour une troisième édition l’année prochaine.

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