L'UE et la Côte d'Ivoire coopèrent pour une production de cacao plus durable

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Par Cyril Fourneris
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Alors que l'Union européenne mettra en place une nouvelle réglementation pour lutter contre la déforestation en 2025, Euronews vous emmène en Côte d'Ivoire, à la rencontre de celles et ceux qui défendent une production de cacao responsable et durable.

Notre planète a déjà perdu près de la moitié de ses forêts, et les importations du vieux continent jouent une part importante dans la déforestation mondiale.

En particulier, la production de produits courants tels que la viande de bœuf, le soja ou l'huile de palme nécessite des surfaces importantes, qui sont souvent gagnées au dépens des zones boisées.

Une zone déboisée près de Novo Progresso, dans l'État du Para, au nord du Brésil. Photo d'archive du 15 septembre 2009
Une zone déboisée près de Novo Progresso, dans l'État du Para, au nord du Brésil. Photo d'archive du 15 septembre 2009Andre Penner/AP

Face au fléau de la déforestation, qui contribue de manière significative au changement climatique, l'Union européenne interdira sur son territoire la vente de tout produit issu de la déforestation à partir de 2025, dans le cadre du projet European Union Deforestation Regulation (EUDR).

Toute exportation depuis l'UE de produits ayant engendré une destruction ou une dégradation des forêts sera également proscrite.

S'attaquer à un problème global

"Environ 10 % des forêts de la planète, soit une superficie supérieure à celle de l'Union européenne, ont été détruites par la déforestation au cours des 30 dernières années", alerte la Commission européenne.

L'application de cette nouvelle réglementation impliquera de géolocaliser les parcelles, de vérifier la conformité des exploitations aux lois en vigueur et leur respect des zones boisées protégées

Ce contrôle sera exercé par les autorités compétentes de chaque pays, expressément nommées par la Commission européenne. En France, il s'agira du Ministère de la Transition écologique et de la cohésion des territoires ainsi que du Ministère de l’Agriculture et de la souveraineté alimentaire.

La Côte d'Ivoire, premier producteur mondial de cacao, et un des principaux partenaires de l'UE dans sa lutte pour garantir la traçabilité, a perdu 90 % de ses forêts au cours des 50 dernières années.

Pour arrêter cette hémorragie, la forêt de Mabi-Yaya, au sud-est du pays, a récemment été classée réserve naturelle. Les autorités doivent cependant y assurer un contrôle régulier pour dénicher les nombreuses plantations clandestines de cacao.

Le fermier Issiaka Ouedraogo passe devant des cabosses de cacao, dans une plantation à l'extérieur du village de Fangolo, près de Duekoue en Côte d'Ivoire, le 31 mai 2011
Le fermier Issiaka Ouedraogo passe devant des cabosses de cacao, dans une plantation à l'extérieur du village de Fangolo, près de Duekoue en Côte d'Ivoire, le 31 mai 2011Rebecca Blackwell/AP2011

"[Les exploitants illégaux] mettent le feu au pied des grands arbres. Et une fois que ces arbres meurent, le cacao a accès à la lumière et il produit. Avec la culture extensive de cacao, certaines forêts ont disparu", explique le Colonel Alain Toulo, de l'Office Ivoirien des Parcs et Réserves.

L'objectif de la nouvelle réglementation de l'UE est que le cacao produit dans ces zones protégées ne parvienne jamais en Europe.

Assurer la traçabilité du cacao

Les entreprises locales s’appuient sur les coopératives, comme Cayat, pionnière en matière de traçabilité, basée à Adzopé, dans le sud du pays. Titulaire de labels environnementaux, elle vend son cacao plus cher mais assure un suivi de sa production à l'aide de code-barres attachés à chacun de ses sacs.

"Vous scannez ça, vous allez savoir de quelle localité provient le sac, de quel producteur il provient. C'est traçable, on connaît l'origine", déclare Robert Yao Nguettia, Secrétaire Général de Cayat. "On sait que ce n'est pas du cacao issu de déforestation, ni de zones protégées. Le cacao est en sécurité et ça peut nous donner aussi plus de clients".

L'EUDR garantirait que les Européens ne fassent pas partie du problème, mais de la solution
Virginijus Sinkevičius
Commissaire européen à l'Environnement

Bien avant l'annonce de la nouvelle réglementation européenne, le Conseil du Café-Cacao de Côte d'Ivoire avait déjà entamé un grand chantier national pour améliorer la traçabilité et la durabilité des exploitations de cacao.

Ses objectifs : géolocaliser chaque parcelle, estimer leur capacité de production, et dématérialiser les paiements. L’organisme a également entrepris de distribuer des cartes électroniques au million de producteurs du pays.

"Celui qui n'a pas de carte, il ne pourra plus vendre son cacao. Et vous verrez de façon très claire que c'est tel planteur qui a produit à tel endroit", explique Yves Brahima Koné, directeur général du Conseil Café-Cacao (CCC).

"Si on fait le cacao traçable, il faut que le marché accepte. En donnant les cartes aux planteurs, nous avons la possibilité de payer une prime aux planteurs de Côte d'Ivoire. Ce cacao doit être primé et payé comme tel", ajoute-t-il.

La Côte d'Ivoire a également produit une carte d'occupation des sols au 31 décembre 2020, la date référence du Règlement européen, qui permettra aux exportateurs de prouver que le cacao ne provient pas d'une zone déboisée.

Les entreprises européennes devront s'adapter

Dès 2025, les entreprises ne jouant pas le jeu risqueront de grosses amendes, et pourront voir leurs produits bannis du marché commun.

Au Pays-Bas, le premier importateur mondial de cacao, une entreprise fait figure de précurseur. Tony's Chocolonely a fait de la durabilité et de la traçabilité une priorité dès ses débuts et, si elle achète son cacao 50 % plus cher que la moyenne du marché, l'entreprise prouve qu'on peut allier production de masse et commerce équitable.

"Nous accueillons très favorablement l'EUDR, car il permet d'augmenter les attentes du secteur", déclare Katie Sims, directrice de partenariat chez Tony's Chocolonely."Il permettra également de s'attaquerau problème sous-jacent de la pauvreté qui engendre la déforestation et le travail des enfantsdans les chaînes d'approvisionnement".

Virginijus Sinkevičius, le Commissaire européen à l'Environnement et un des architectes de la nouvelle réglementation, considère que "l'EUDR garantirait que les Européens ne fassent pas partie du problème, mais de la solution".

"La déforestation est l'un des principaux moteurs du changement climatique et de la perte de biodiversité, et l'UE y contribue en consommant une part importante des produits associés à la déforestation. L'Union a donc la responsabilité de contribuer à y mettre fin", avance la Commission européenne.

Journaliste • Vincent Reynier

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