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Face à la fonte de la glace de mer arctique, un virus géant pourrait ralentir ce phénomène

Glace arctique au Groenland
Glace arctique au Groenland Tous droits réservés Photo by Annie Spratt on Unsplash
Tous droits réservés Photo by Annie Spratt on Unsplash
Par Harriet Reuter Hapgood
Publié le Mis à jour
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Cet article a été initialement publié en anglais

La glace arctique diminue de 13 % par décennie, mais des virus géants récemment découverts pourraient contribuer à ralentir ce déclin.

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Cela pourrait relever d'un scénario de science-fiction, et pourtant. Des virus géants dorment bel et bien dans les glaces de l'Arctique, mais leur existence ne fait pas pour autant peser une menace sur la planète bleue, bien au contraire.

Ces agents infectieux version XXL pourraient en réalité contribuer à ralentir la fonte des glaces, et celui du réchauffement de la planète.

D'après des résultats publiés en mai dernier dans la revue Microbiome, des chercheurs de l'université danoise d'Aarhus ont découvert ces virus géants au Groenland. Selon eux, ces virus pourraient ralentir la croissance des algues noires des neiges, qui contribuent à la fonte des glaces.

Qu'est-ce qu'un virus géant ?

Les virus, de manière classique, sont environ 1 000 fois plus petits que les bactéries. Mais les virus géants, eux, découverts pour la première fois dans l'océan en 1981, affichent d'autres dimensions, à la fois en raison de leur taille et de leur génome. Ils peuvent atteindre 2,5 micromètres, alors que la plupart des bactéries mesurent près de 2 micromètres.

Les virus géants possèdent près de 2,5 millions de lettres dans leur génome (l'ensemble du matériel génétique d'un organisme, stocké dans son ADN), ce qui les rend beaucoup plus complexes que les virus ordinaires. Par exemple, les bactériophages (virus qui infectent les bactéries) n'en comptent que 100 000 à 200 000.

On en trouve dans les océans, dans le sol et même chez l'homme, mais c'est la première fois que l'on découvre des virus géants dans la neige et dans la glace, dominées par des microalgues pigmentées.

Vue de la calotte glaciaire du Groenland tirée de l'article du journal Microbiome de Perini et al.
Vue de la calotte glaciaire du Groenland tirée de l'article du journal Microbiome de Perini et al.Courtesy of Perini et al (2024) Giant viral signatures on the Greenland ice sheet. Microbiome 12(91)

Quels problèmes posent les algues au sein de la glace arctique ?

L'Arctique regorge de nombreuses formes de vie, des morses aux ours polaires en passant par les oiseaux, les poissons, le plancton ou encore les algues. Chaque printemps, sous l'effet de la chaleur du soleil, ces algues commencent à fleurir, noircissant la glace sur laquelle elles poussent. Ce qui réduit la capacité de réverbération de la glace, et accélère la fonte des glaces.

Résultat, la glace arctique fond rapidement et la région polaire pourrait être totalement dépourvue de glace d'ici à 2040. Sa fonte possède un réel impact sur les températures mondiales, mais aussi sur les conditions météorologiques, qui deviennent de plus en plus extrêmes. Elle exerce une menace sur les populations des littoraux, sur la sécurité alimentaire, contribue au déclin de la faune et risque d'entraîner la libération de méthane par le pergélisol.

Arbre phylogénétique de vraisemblance maximale de l'ADN polymérase (PolB) du gène central du NCLDV (virus géant).
Arbre phylogénétique de vraisemblance maximale de l'ADN polymérase (PolB) du gène central du NCLDV (virus géant).Courtesy of Perini et al (2024) Giant viral signatures on the Greenland ice sheet. Microbiome 12(91)

Pourquoi la découverte de virus géants dans l'Arctique est-elle si importante ?

L'équipe de recherche de l'université d'Aarhus, dirigée par Laura Perini, du département des sciences de l'environnement, a passé au crible la glace sombre, la neige rouge et la neige verte (toutes caractérisées par des niveaux élevés d'algues), les carottes de glace et la cryoconite (trous causés par la fonte des sédiments dans le glacier) de l'Arctique pour découvrir un écosystème prospère.

Outre les algues, les scientifiques ont identifié des bactéries, des champignons filamenteux, des levures, des protistes (organismes qui ne sont ni des animaux, ni des plantes terrestres, ni des champignons) qui se nourrissent d'algues, ainsi que des virus géants qu'ils soupçonnent d'infecter les algues.

"Nous ne savons pas grand-chose sur les virus, mais je pense qu'ils pourraient s'avérer utiles pour atténuer la fonte des glaces causée par la prolifération des algues", explique Laura Perini. "Nous ne savons pas exactement quels hôtes les virus géants infectent. Certains d'entre eux peuvent infecter des protistes tandis que d'autres s'attaquent aux algues des neiges. Nous ne pouvons pas encore en être sûrs".

Un autre article de recherche de la même équipe sera publié dans le courant de l'année, pour présenter des virus géants infectant des "microalgues cultivées prospérant sur la glace de surface de la calotte glaciaire du Groenland", conclut Laura Perini.

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