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Tout ce que vous devez savoir sur les élections au Portugal, les enjeux et les partis en tête

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Par David Mac Dougall et Francisco Marques
Une électrice vote par anticipation aux élections législatives portugaises, Lisbonne, Portugal le 23 janvier 2021
Une électrice vote par anticipation aux élections législatives portugaises, Lisbonne, Portugal le 23 janvier 2021   -   Tous droits réservés  Armando Franca/AP

Le Portugal organise des élections législatives anticipées ce dimanche après que le Parti socialiste au pouvoir depuis 2015 a échoué à faire passer son budget au parlement.

Cet échec s'explique par le refus des alliés traditionnels de la gauche, les communistes (PCP), les Verts (PEV) et le Bloc de gauche (BE), de soutenir ce budget jugé pas assez ambitieux.

"A la fin de l'année 2021, le budget annuel a été rejeté par la gauche radicale qui soutenait habituellement le gouvernement socialiste minoritaire qui était en place pour son deuxième mandat législatif à ce moment-là", détaille Elisabetta De Giorgi, professeur associé de sciences politiques à l'Université de Trieste en Italie et experte de la politique portugaise.

Paradoxalement, le principal parti d'opposition, les sociaux-démocrates (PSD) de centre-droit, avait initialement soutenu le projet de budget du Premier ministre António Costa dans l'intérêt de l'unité nationale pandémique avant de retirer son soutien.
Face à cette double impasse, le président de la République, Marcelo Rebelo de Sousa, a alors ordonné la dissolution du parlement et des élections ont été programmées.

Les élections sont prévues le 30 janvier, mais pour éviter les grands rassemblements, la possibilité de voter par anticipation a été ouverte le 23 janvier.

Il y a 230 sièges à pourvoir au Parlement.

Kenzo Tribouillard / AP
Le Premier ministre portugais Antonio Costa s'adresse aux médias à son arrivée au sommet de l'UE au Conseil européen de Bruxelles, le 16 décembre 2021Kenzo Tribouillard / AP

Où en sont les sondages ?

Les derniers sondages donnent le parti socialiste en tête avec 38% d'intentions de vote, un chiffre qui est resté stable depuis novembre dernier.

Les sociaux-démocrates de l'opposition gagnent quelques points de pourcentage avec 32 % d'intentions de vote dans l'enquête de l'Université Catolica, publiée vendredi dernier.

Le professeur De Giorgi note que ce report de voix ne profite cependant pas aux autres partis de gauche, mais aux sociaux-démocrates modérés de centre-droit.

"C'est une autre caractéristique exceptionnelle du Portugal. Dans de nombreux pays d'Europe du Sud, les partis traditionnels ont perdu de leur popularité ces dernières années, mais au Portugal, la concurrence s'est maintenue entre les deux partis traditionnels pendant toutes ces années, depuis le début de la crise financière", a-t-elle précisé à Euronews.

L'alliance Communistes-Verts et le Bloc de gauche obtiennent chacun 6 % des intentions de vote, tandis que le parti Initiative libérale et le parti d'extrême droite Chega (chacun ayant actuellement un député) obtiennent environ 5 % chacun.

Il y a 21 partis différents en lice pour des sièges au Parlement.

Pourquoi les autres pays d'Europe devraient-ils s'intéresser à ces élections ?

Selon le professeur De Giorgi, la principale raison pour laquelle le reste de l'Europe – et en particulier les pays du sud – devrait s'intéresser à la politique portugaise est l'exemple de stabilité politique dont fait montre le pays : "Je sais que cela peut paraître bizarre parce qu'il y a des élections anticipées, mais politiquement, c'est le pays le plus stable d'Europe du Sud depuis la crise économique. C'est le seul pays où les deux plus grands partis traditionnels sont restés les deux concurrents aux élections. C'est le seul pays de la région où aucun nouveau challenger, qu'il soit de droite ou de gauche, n'a contesté le gouvernement."

La hausse de l'abstention peut expliquer cet enracinement relatif des deux plus grands partis, selon le professeur De Giorgi. En 2015, l'abstention était de 44,2 % ; elle avait grimpé à 51,4 % en 2019.

Peut-il y avoir des surprises ?

Bien que le parti d'extrême droite Chega (qui signifie "Assez") ait pris de l'ampleur ces dernières années, et pourrait encore devenir le troisième parti le plus important au parlement, il n'a pas vraiment pris plus de place dans la politique portugaise, selon le professeur De Giorgi, contrairement à certains autres nouveaux partis populistes à travers l'Europe du Sud :

"C'est la première fois dans l'histoire du Portugal que l'extrême droite est au Parlement et qu'elle participe à une nouvelle élection. Et c'est aussi la première fois que la l'extrême droite pourrait se retrouver en troisième position à l'élection."

Quant à savoir s'ils pourraient former une alliance avec les sociaux-démocrates de centre droit et créer une majorité de travail au parlement, le professeur De Giorgi dit que, même si elle ne l'exclut pas complètement, elle ne pense pas que ce soit un scénario probable.

"Il [le parti Chega] a beaucoup grandi. Il a passé un accord avec le parti de centre-droit au niveau du gouvernement local aux Açores, dans les îles, mais on ne s'attend pas vraiment, au niveau national, à ce que le PSD passe un accord quelconque avec l'extrême droite."