La Russie "dispose d'environ 2 000 armes nucléaires tactiques"

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Par Stefan Grobe  & Euronews
La Russie menace de recourir à l'arme nucléaire
La Russie menace de recourir à l'arme nucléaire   -   Tous droits réservés  AP/Russian Defense Ministry Press Service

Le président russe agite la menace nucléaire face à ceux qui menaceraient la Russie et ses intérêts. L’avertissement est lancé à l’Ukraine et à ses alliés. Pour évaluer le danger et les risques d’un recours aux armes atomiques, Euronews a interrogé Mariana Budjeryn, spécialiste de la sécurité nucléaire au Belfer Center de la Harvard Kennedy School.

Euronews :

La situation serait-elle différente pour l'Ukraine aujourd'hui si elle n'avait pas renoncé à l'arme nucléaire ?

Mariana Budjeryn :

La réponse courte est non. L'Ukraine a hérité, non pas d'une dissuasion nucléaire "prête à l'emploi", mais d'une option nucléaire, qu'elle aurait pu transformer en dissuasion. Mais cela aurait pris du temps, des investissements, et il aurait fallu défier la communauté internationale et devenir un proliférateur, ce qu'un jeune État comme l'Ukraine ne pouvait pas se permettre à l'époque.

Euronews :

Vladimir Poutine a fait allusion à plusieurs reprises à une menace nucléaire, cherchant à intimider l'Ukraine et l'Occident. Quelle est la gravité de ces menaces ?

Mariana Budjeryn :

Les menaces que nous entendons, venues de sa part, vont bien au-delà de ce que nous comprenions de la doctrine nucléaire russe en ce qui concerne l'utilisation admissible des armes nucléaires. Et donc, je pense que nous devrions prêter une attention toute particulière. Qu'est-ce qu'un dirigeant comme lui, dans un régime personnalisé qui perd une guerre, est capable de faire ?

Euronews :

Il y a beaucoup de spéculations concernant l'usage par Vladimir Poutine d'armes nucléaires tactiques. A quel point ces armes sont-elles puissantes et combien la Russie en possède-t-elle ?

Mariana Budjeryn :

La raison pour laquelle nous surveillons de très près les armes nucléaires tactiques c'est que ce sont précisément les armes qui se prêteraient en quelque sorte à une utilisation sur le territoire ukrainien, et non les missiles balistiques intercontinentaux qui visent les États-Unis et l'OTAN. Et la Russie en possède beaucoup, plus que n'importe quel autre pays. Elle dispose d'environ 2 000 armes nucléaires tactiques. Apparemment, elles ne sont pas déployées. C'est-à-dire qu'elles ne sont pas stationnées dans les unités qui pourraient les utiliser. Elles sont stockées dans des entrepôts spéciaux, et nous savons où se trouvent ces entrepôts. Il y a environ 12 emplacements que les services de renseignement occidentaux, j'en suis sûr, surveillent de très, très près pour détecter toute sorte de mouvement.

Euronews :

En cas d'usage d'armes nucléaires, le président américain prévient que la réponse de Washington serait "conséquente". Ces avertissements peuvent-ils freiner la Russie ?

Mariana Budjeryn :

C'est difficile à dire. Je pense que ce que nous découvrons actuellement, c'est que nous avons passé beaucoup de temps à réfléchir au fonctionnement de la dissuasion entre deux adversaires dotés d'armes nucléaires qui dépendent de la menace de représailles nucléaires. L'Ukraine n'est pas couverte par la dissuasion nucléaire, ni la sienne, ni celle d'un allié comme l'OTAN. Mais jusqu'à présent, je reste sceptique quant à la possibilité pour l'Occident de brandir une menace qui dissuaderait Vladimir Poutine de recourir au nucléaire.