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Face aux États-Unis et à la Chine, les dirigeants de l'UE appellent à un vaste accord sur la compétitivité

Enrico Letta et Charles Michel au sommet du Conseil européen, Bruxelles, 18 avril 2024
Enrico Letta et Charles Michel au sommet du Conseil européen, Bruxelles, 18 avril 2024 Tous droits réservés European Union 2024
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Par Mared Gwyn JonesVincenzo Genovese
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Cet article a été initialement publié en anglais

Les 27 dirigeants de l'Union européenne ont appelé jeudi à un "nouvel accord sur la compétitivité" afin de combler le fossé économique qui les sépare de leurs rivaux internationaux et d'inverser le déclin industriel du continent.

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Il aura fallu plusieurs heures de discussions pour parvenir à un accord. Les dirigeants de l’UE réunis mercredi et jeudi à Bruxelles ont affiché de profonds désaccords sur les propositions pour harmoniser les règles relatives à l'impôt sur les sociétés et au projet d’intégration des marchés des capitaux des pays de l'UE.

Il intervient alors que l'Union européenne fait face à un contexte géopolitique de plus en plus instable, à des changements démographiques rapides et à une concurrence accrue de la part de gouvernements étrangers qui attirent les investissements grâce à des politiques de subventions massives.

"Nous devons mobiliser plus d'argent, plus d'outils pour investir dans les secteurs stratégiques", souligne Charles Michel, président du Conseil européen. "Au cours de cette réunion, nous avons tous compris qu'il était important de changer d'échelle, de devenir plus grand, mais en prenant soin de nos PME et en veillant à ce que nous ayons le bon mélange, le bon équilibre".

Ce "New Deal" est une tentative de conserver un avantage concurrentiel sur la scène mondiale et d'empêcher la désindustrialisation de l'Europe au profit des États-Unis, de la Chine, de l'Inde et d'autres puissances émergentes.

Pour l'instant, il s'agit d'une déclaration d'intention qui ne se traduira par des résultats tangibles qu'après les prochaines élections européennes en juin.

"La compétitivité et le marché unique de notre Union reposent sur une base solide. Nous devons maintenant les transformer en une croissance durable à long terme", insiste Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne.

La responsable allemande juge que l'Union doit veiller à ce que les Européens ne soient pas de simples "consommateurs de technologies et de services numériques produits ailleurs" et appelle à des actions concrètes pour stimuler l'accès aux capitaux, réduire les coûts énergétiques, remédier à la pénurie de main-d'œuvre qualifiée et renforcer les liens commerciaux.

La formulation de l'accord a été scellée à la suite de discussions avec l'ancien Premier ministre italien, Enrico Letta, qui a présenté jeudi matin aux dirigeants son rapport de 147 pages sur la manière de renforcer le marché unique de l'UE afin de stimuler la croissance, de combler le déficit de financement et d'apporter plus d'emplois et de prospérité à l'Europe.

Dans son rapport, Enrico Letta, qui a parcouru 65 villes européennes pour des consultations au cours des derniers mois, tire la sonnette d'alarme sur une structure obsolète établie dans les années 1980 qui freine la productivité au XXIe siècle.

Le marché unique, qui permet depuis des décennies la libre circulation des biens, des services, des capitaux et des personnes, devrait être élargi à l'énergie, aux télécommunications et à la finance, selon l’auteur du rapport.

Ces domaines étaient initialement considérés comme trop stratégiques pour être étendus au-delà des frontières nationales. Mais, selon l’ancien Premier ministre italien, ils représentent désormais "un frein majeur à la croissance et à l'innovation" et devraient être intégrés dans l'ensemble de l'UE afin de faire de l'Union une destination plus attrayante pour les investissements.

L’UE se démène pour débloquer des capitaux

Dans son document, Enrico Letta émet également des suggestions sur la manière de donner progressivement à l'UE plus de pouvoir collectif pour subventionner les entreprises - également connu sous le nom d'aides d'État - une prérogative actuellement réservée aux gouvernements nationaux.

Cette approche paneuropéenne est considérée comme une réponse à la loi américaine sur la réduction de l'inflation (IRA) qui prévoit des milliards de dollars de crédits d'impôt et des aides pour promouvoir les technologies vertes fabriquées aux États-Unis.

Pékin, de son côté, utilise un système de longue date qui favorise fortement les entreprises nationales par le biais de subventions, de prêts bon marché, d'un traitement préférentiel et d'exigences réglementaires au détriment des entreprises étrangères.

L'Union des marchés de capitaux divise l'opinion

L'Union des marchés des capitaux, un projet visant à intégrer les marchés boursiers des 27 États membres, fait également l'objet d'un projet ambitieux.

Lancée pour la première fois en 2014 et jamais achevée, ce rapprochement veut fournir davantage d'opportunités pour débloquer du capital-risque pour les start-ups et les PME européennes, qui se dirigent de plus en plus vers les États-Unis pour obtenir le financement dont elles ont besoin pour se développer.

"L'UE dispose de 33 000 milliards d'euros d'épargne privée. Nous devons trouver des moyens de la canaliser vers nos entreprises", précise Charles Michel sur le réseau social X. "Les start-ups européennes reçoivent moins de la moitié du financement des start-ups américaines. Cela doit changer. La réponse est la suivante : l'Union des marchés de capitaux".

Ursula der Leyen affirme que cette initiative permettrait de libérer jusqu'à 470 milliards d'euros de capitaux européens.

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Mais les petits pays craignent que cette union des capitaux ne concentre les pouvoirs réglementaires dans les grands pays, comme la France.

Des sources diplomatiques expliquent à Euronews qu'une majorité d'Etats membres a exprimé des réserves sur ce projet longtemps bloqué lors des discussions de jeudi, malgré un consensus sur le besoin de stimuler la compétitivité.

L'idée, défendue par l'Estonie et la France, d'un nouveau cycle d'emprunts communs pour financer les capacités de défense, une priorité après l'invasion de l'Ukraine par la Russie, s'est également révélée être un sujet de discorde. La seule fois où l'Union européenne a émis des emprunts communs à grande échelle, c'était au plus fort de la pandémie de Covid-19, lorsque les dirigeants se sont mis d'accord pour créer un fonds de relance de 750 milliards d'euros.

Mais des pays frugaux comme l'Allemagne, les Pays-Bas et le Danemark s'opposent à de nouveaux emprunts. Ils répondent que près de 100 milliards d'euros du fonds de relance  restent inutilisés.

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