Après des années passées dans une colonie pénitentiaire au Bélarus, Andrzej Poczobut a retrouvé la liberté. Sa libération a été officialisée dans le cadre d'un change réalisé entre Varsovie et Minsk.
Le journaliste Andrzej Poczobut a retrouvé la liberté, ce mardi 28 avril, après avoir passé cinq ans en prison au Bélarus.
Andrzej Poczobut, correspondant du influent journal polonais Gazeta Wyborcza et figure de proue de la minorité polonaise au Bélarus, purgeait une peine de huit ans de prison dans une affaire décrite comme politiquement motivée. Son arrestation, en 2021, avait suscité de vives critiques en Europe.
L'annonce a été faite par le Premier ministre Donald Tusk, qui a publié, sur X, une photo avec l'activiste. "Andrzej Poczobut est libre ! Bienvenue en Pologne, mon ami", a écrit le chef du gouvernement polonais.
Lors de cette rencontre, à la frontière entre les deux pays, Donald Tusk a alors décrit un homme "inébranlable". Les premières paroles d'Andrzej Poczobut concernaient ses chances de retourner chez lui, au Bélarus, a également déclaré le Premier ministre polonais. "Seul vous décidez. Vous êtes maintenant un homme libre", lui a-t-il répondu.
Libéré lors d'un échange
Selon les informations fournies par l'agence d'État bélarusse BelTA, la libération a eu lieu dans le cadre d'un échange de plusieurs prisonniers.
Cet échange est le dernier d'une série de libérations de prisonniers négociées par les États-Unis qui ont marqué un rapprochement entre Minsk et l'Occident, depuis le retour de Donald Trump à la Maison blanche. Il a également été rendu possible grâce aux longues négociations entre le KGB bélarusse et l'agence de renseignement polonaise.
Un porte-parole du ministère polonais des Affaires étrangères a indiqué que trois des cinq prisonniers libérés par la Biélorussie étaient arrivés en Pologne en échange de trois prisonniers qui ont fait le chemin inverse.
Les efforts de Minsk
Le président de la République de Pologne, Karol Nawrocki, s'est également réjoui de cette libération. "C'est un beau travail qui a été accompli. Andrzej Poczobut est libéré. Un homme qui a prouvé la force de la Pologne et qui a payé le prix fort pour cela. Nous souhaitons la bienvenue à Andrzej Poczobut dans la République", a-t-il déclaré.
Le chef de l'État, qui a rappelé que le désormais ancien prisonnier était titulaire de l'Ordre de l'Aigle Blanc, la plus haute distinction honorifique du pays, a ensuite remercié l'administration Trump d'avoir "obtenu la libération de notre compatriote". Il a également rappelé avoir demandé au président états-unien de "soulever cette question dans toutes les négociations avec le régime bélarusse".
Le chef de la diplomatie polonaise, Radosław Sikorski, a, lui aussi, salué les efforts déployés par les États-Unis pour obtenir cet échange de prisonniers et la libération d'Andrzej Poczobut, qu'il a qualifié de "symbole de la lutte pour la liberté au Bélarus". "C'est la preuve qu'une action cohérente de la communauté internationale, dans ce cas menée par les États-Unis, porte ses fruits", a-t-il assuré.
Selon lui, la libération d'Andrzej Poczobut permet d'envoyer un signal fort à Bruxelles, car cela prouve "le plus grand engagement de la part du Bélarus en faveur des progrès de l'amnistie et de la sécurité européenne". Et Radosław Sikorski de préciser : "La Pologne a toujours intérêt à entretenir des relations de bon voisinage avec un Bélarus souverain, pacifique et en développement."
Sur X, Robert Metsola, présidente du Parlement européen, a qualifié cette libération de "merveilleuse nouvelle".
La libération du journaliste a également été commentée par l'ambassadeur américain en poste en Pologne, Tom Rose. "Les États-Unis, sous la direction de Donald Trump, ne laissent pas tomber ses amis et ses alliés. Grâce à l'action diplomatique décisive de l'envoyé spécial pour le Bélarus John Coale, Andrzej Poczobut a été libéré de sa détention et peut à nouveau profiter de la proximité de sa famille", a-t-il écrit.
Qui est Andrzej Poczobut ?
Ce n'était pas la première fois qu'Andrzej Poczobut, lauréat du prix Sakharov, est arrêté, ses activités ayant été réprimées à plusieurs reprises par les autorités bélarusses.
Il a été arrêté pour la première fois en 2011, alors qu'il était accusé d'avoir diffamé le président Alexandre Loukachenko et a passé deux ans en prison. Le 25 mars 2021, il est de nouveau interpellé à Grodno, dans l'ouest du pays. Le bureau du procureur bélarusse l'avait alors accusé d'"incitation à la haine", de "promotion du nazisme" et d'actions contre la sécurité de l'État.
Cependant, les défenseurs d'Andrzej Poczobut, ainsi que des organisations internationales, soulignent que la répression était liée à ses activités journalistiques et sociales, y compris son implication dans l'Union des Polonais du Bélarus.
Le procès s'est ouvert en janvier 2023 et s'est achevé au bout d'un mois par une condamnation à huit ans d'emprisonnement dans une prison de haute sécurité. L'Union européenne et de nombreuses organisations de défense des droits de l'homme se sont opposées dès le début à la procédure, estimant qu'elle était motivée par des considérations politiques.
Après le prononcé de la sentence, Andrzej Poczobut a été incarcéré dans une colonie pénitentiaire à Novopolotsk. Il y a été maintenu dans des conditions difficiles, a été placé à plusieurs reprises à l'isolement et n'a eu que des contacts limités avec sa famille. Des problèmes d'accès aux soins médicaux ont également été signalés.
Un cas d'importance internationale
Depuis des années, l'affaire Poczobut est l'un des principaux points de tension dans les relations entre la Pologne, l'Union européenne et les autorités de Minsk.
Varsovie n'a cessé d'exiger sa libération, soulevant la question au niveau international.
Le nom du journaliste apparaît régulièrement dans les résolutions du Parlement européen et les appels d'organisations telles que Reporters sans frontières et Amnesty International. Pendant son incarcération, il a également reçu de nombreuses récompenses internationales pour avoir défendu la liberté d'expression.