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Matières premières critiques : comment la Pologne met ses anciennes mines à profit

1350 terrils : les déchets miniers, un atout pour la Pologne dans la guerre des matières premières avec la Chine
1350 terrils : les déchets miniers, chance de la Pologne dans la guerre des matières premières avec la Chine Tous droits réservés  https://www.pexels.com/pl-pl/zdjecie/36124213/
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Par Aleksandra Galka Reczko
Publié le Mis à jour
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Ce qui était considéré comme un déchet pourrait devenir une ressource clé : terrils, composants électroniques usagés et batteries recèlent des métaux vitaux pour l’énergie, l’industrie auto et la défense.

Grupa Virtus est une société basée à Varsovie qui, jusqu’en février, opérait sous le nom de Raen. Avec ce changement de nom, elle a également changé de cap. Après des investissements dans le secteur photovoltaïque, l’entreprise s’est tournée vers l’industrie de la défense et les technologies à double usage, en se concentrant sur la fourniture de financements spécialisés aux acteurs liés à l’armée et à la sécurité.

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Outre son rôle d’opérateur de capital, la société polonaise mène de nombreux projets, dont le recyclage des matières premières critiques à partir de déchets miniers.

Euronews s'est entretenu avec Andrzej Kensbok, le vice-président du directoire de Grupa Virtus et président du groupe d’armement public Polska Grupa Zbrojeniowa.

Euronews : Commençons par la question la plus simple : que sont exactement les matières premières critiques ?

Andrzej Kensbok : Ce sont des matières premières indispensables à la production de ce dont l'économie a besoin : microprocesseurs, convertisseurs d’énergie électrique, moteurs, systèmes de propulsion, armement, électronique avancée, industrie automobile, batteries. Ce sont des éléments qui déterminent si un pays ou une région peut rivaliser avec les autres.

Ces éléments sont nombreux – il s’agit avant tout de métaux : nickel, lithium, cobalt, cadmium, antimoine, bismuth, tungstène ou molybdène, ainsi que les métaux dits "terres rares", comme le néodyme ou l’hafnium.

Euronews : Pour la production de quelles matières premières la Pologne dispose-t-elle du plus grand potentiel ?

Andrzej Kensbok : La Pologne possède d’abondants gisements de cuivre exploités depuis plus de 60 ans. Les gisements métalliques sont généralement polymétalliques – avec un métal dominant et toute une série d’autres. Dans les gisements polonais, les métaux associés au cuivre sont surtout l’argent, mais aussi l’or, le palladium, le platine et le nickel. On y trouve toutefois peu de terres rares.

Historiquement, on a également exploité de l’uranium en Pologne, dans les années 1940 et 1950, mais la teneur en uranium de ces gisements était trop faible pour que l’extraction soit rentable.

Ce ne sont là que les gisements naturels. Il en existe un second type – les gisements dits anthropiques.

Euronews : Anthropiques ? Le nom suggère qu’ils sont liés à l’activité humaine…

Andrzej Kensbok : Exactement – ce sont des gisements issus de l’activité humaine, aujourd’hui considérés presque au même titre que les gisements naturels. Il s’agit de déchets industriels qui, il y a 50 ou 60 ans, étaient simplement déposés sur des terrils, parce que les technologies métallurgiques de l’époque ne permettaient pas d’extraire tous les éléments ou parce qu’ils n’intéressaient personne. Aujourd’hui, ces terrils de scories métallurgiques renferment d’importantes quantités d’éléments précieux.

Un deuxième domaine concerne les déchets collectés en continu – câbles, composants électroniques, moteurs, outils coupants, mais aussi acides et liquides industriels contenant des solutions métalliques. Ces flux sont aujourd’hui retraités principalement par des méthodes d’hydrométallurgie et d’électroraffinage, ce qui permet de réinjecter la matière première dans l’économie – pas toujours sous forme de métal pur, parfois sous forme de sels ou d’oxydes métalliques.

Euronews : En plus des éléments naturels, notre ressource, ce sont donc aussi… les déchets ?

Andrzej Kensbok : Oui. Comme tous les pays hautement développés, la Pologne génère beaucoup de déchets courants qui peuvent être retraités. Le recyclage des batteries de voitures commence à se développer – au bout d’une dizaine d’années, ces batteries perdent suffisamment de capacité pour devoir être remplacées, neutralisées, broyées, puis séparées par tamisage. Le mélange obtenu est riche en divers éléments et devient un produit de négoce, destiné à de nouvelles étapes de purification.

Ce processus va s’intensifier – l’Europe a commencé l’électrification des transports il y a une quinzaine d’années, si bien que les batteries les plus anciennes sont déjà mises au rebut. D’ici 5 à 10 ans, les grands stockages d’énergie pour les réseaux électriques commenceront eux aussi à être recyclés. L’économie sera donc de plus en plus circulaire, reposant dans une mesure croissante sur les matières secondaires.

Andrzej Kensbok, vice-président du directoire de Grupa Virtus.
Andrzej Kensbok, vice-président du directoire de Grupa Virtus. Grupa Virtus

Euronews : Il y a encore une quinzaine d’années, on se demandait si le processus de recyclage n’était pas plus coûteux que l’extraction de nouvelles matières premières. Est-ce vraiment rentable ?

Andrzej Kensbok : Oui, c’est rentable. Dans certains procédés technologiques, un apport de matière recyclée est tout simplement indispensable – comme en production d’acier, où une charge de ferraille est nécessaire. Dans d’autres cas, tout dépend de la demande, de l’offre et des prix des métaux.

Il y a une quinzaine d’années, le cuivre coûtait 1 500 $ la tonne – c’était alors un bon prix. Aujourd’hui, il oscille entre 10 000 et 12 000 $ la tonne : la logique économique n’a plus rien à voir. Le recyclage du cuivre et des métaux qui lui sont associés est donc extrêmement rentable. Il en va de même pour le secteur minier – des mines non rentables il y a quelques années sont aujourd’hui de nouveau en activité.

Les sociétés minières et métallurgiques sont très attentives aux enjeux de protection de l’environnement, mais indépendamment de cela, un calcul économique objectif montre que la récupération de matières secondaires est très intéressante – d’autant qu’elles sont souvent accompagnées de métaux précieux, comme l’or, le palladium ou le platine, dont les prix sont aujourd’hui très élevés.

Euronews : Vous avez évoqué le riche héritage minier de la Pologne. Comment ce savoir-faire nous positionne-t-il aujourd’hui ?

Andrzej Kensbok : La Pologne est l’un des rares pays où l’activité minière et métallurgique se pratique depuis cent, parfois deux cents ans – comme en Allemagne, dans une certaine mesure en Espagne, en France, en Suède, aux États‑Unis, ainsi qu'au Chili, au Pérou et en Chine.

Grâce à ces traditions, nous disposons en Pologne de plus de 1 350 terrils de déchets identifiés et décrits – certains ont même 200 ans. Ils n’ont pas tous été analysés quant à leur teneur en métaux, mais beaucoup figurent dans les registres de l’Institut polonais de géologie. Ce sont des ressources importantes, attrayantes précisément parce qu’autrefois, on ne s’intéressait pas à la récupération de certains éléments ou que les technologies faisaient défaut.

La Pologne est aussi un pays commerçant et de transit, avec de nombreuses entreprises impliquées dans le négoce des déchets industriels modernes. Plusieurs flux de déchets s’y croisent, qui peuvent être traités sur place plutôt que exportés – ce qui réduit l’empreinte carbone.

Euronews : Étant donné le caractère très mobile de la technologie, envisagez-vous d’exporter ce service vers d’autres pays de l’UE ou sur des marchés mondiaux ?

Andrzej Kensbok : Bien sûr, et c’est déjà le cas. Une première installation est en cours de construction en Basse‑Silésie. Des installations similaires fonctionnent déjà en Chine et au Chili, également sous la supervision de l’équipe du professeur Łoś. L’expérience acquise là‑bas montre qu’en Pologne aussi, les déchets locaux peuvent être traités avec succès.

Nous voulons toutefois disposer d’une preuve tangible sous la forme d’une installation opérationnelle, démontrant l’efficacité de la récupération, la pureté des matériaux, la consommation d’énergie et la capacité de traitement. Ce n’est qu’alors que nous serons prêts à nous développer – en commandant de nouvelles installations, de plus grande capacité.

Euronews : On débat beaucoup, aujourd’hui, dans l'UE, de la nécessité de se désengager de la Chine. Les tensions autour du détroit d’Ormuz ont montré combien la chaîne d’approvisionnement peut être fragile. Le recyclage peut‑il réellement contribuer à l’indépendance de l’UE vis‑à‑vis des livraisons en provenance de Chine ?

Andrzej Kensbok : La Chine mène, depuis au moins vingt ans, une politique délibérée en matière de ressources, qui porte aujourd’hui ses fruits. L’Europe s’est fixé pour objectif d’atteindre au moins 25 % de production de matières premières critiques issues du recyclage d’ici 2030.

C’est un objectif assez ambitieux – l’Union ne couvre actuellement que 2 à 3 % de ce besoin. Son accomplissement dans ce délai paraît peu réaliste et sera probablement repoussé. Il est toutefois clair que l’UE a pris conscience du problème et met en place des instruments financiers et réglementaires pour stimuler le développement de ces technologies.

C’est en partie la conséquence d’environ trente années de négligence de l’industrie minière européenne. Notre technologie répond à ce besoin – même si elle ne contribuait qu’à un demi‑point de pourcentage supplémentaire, ce serait un pas dans la bonne direction. Et si elle pouvait être facilement adaptée aux différentes compositions chimiques des déchets présents en Europe, le potentiel d’augmentation rapide de l’échelle serait important.

Euronews : Le recyclage va‑t‑il remplacer l’extraction, ou plutôt l’accompagner ?

Andrzej Kensbok : Il l’accompagnera. L’extraction va se poursuivre, même si, à mon avis, dans une moindre mesure en Pologne et dans l’UE – davantage en Afrique, en Australie ou en Amérique du Sud. La Russie reviendra certainement d’une manière ou d’une autre dans ce jeu, peut‑être après la fin de la guerre en Ukraine. L’exploitation des gisements naturels va donc continuer de se développer, mais la demande de recyclage va croître parallèlement.

Je pense que nous avons franchi une étape – la ferraille et les déchets ne sont plus quelque chose de honteux. Aujourd’hui, quelqu’un qui se consacre à la récupération de matières secondaires suscite l’intérêt, y compris celui des institutions financières prêtes à accorder des prêts. L’image sociale du recyclage a beaucoup évolué, passant de négative à positive.

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