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Prêts d'urgence de l'UE à ses pays voisins : quels résultats ?

Par Naomi Lloyd  & Guillaume Desjardins
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L'Union européenne accorde des prêts d'urgence à ses pays voisins en temps de crise pour stabiliser leur économie. L'aide la plus récente d'un montant de 1,2 milliards d'euros a été délivrée à l'Ukraine. Nous découvrons en République de Macédoine du Nord, les répercussions de cette assistance dont ce pays candidat à l'adhésion à l'UE a lui aussi bénéficié.

L'assistance macrofinancière (AMF) est le nom donné à l'aide financière d'urgence délivrée aux pays voisins de l'Union européenne pour stabiliser leur économie. Sur les trente dernières années, 77 opérations d'AMF pour un montant de 16 milliards d'euros ont concerné 27 pays.

Assurer la stabilité et la prospérité au-delà des frontières de l'UE

L'opération la plus récente d'un montant de 1,2 milliards d'euros a été destinée à l'Ukraine, en solidarité avec le peuple ukrainien

Cette assistance prend principalement la forme de prêts accordés à des conditions très favorables et avec des taux d'intérêt bas.

Pour obtenir les fonds, les pays doivent avoir signé un programme de financement avec le Fonds monétaire international (FMI), remplir des conditions en matière de respect des droits humains et lutter contre la corruption, mais aussi mener des réformes démocratiques, économiques et en matière de gouvernance.

L'objectif plus vaste de l'UE est d'aider à assurer la stabilité et la prospérité au-delà de ses frontières.

160 millions de prêts d'urgence pour la République de Macédoine du Nord

La République de Macédoine du Nord figure parmi les bénéficiaires de cette assistance. Ce pays des Balkans, candidat à l'adhésion à l'Union, a reçu 160 millions d'euros en prêts d'urgence pour stabiliser son économie confrontée aux difficultés nées de la pandémie.

Sur place, la mise en chômage partiel de nombreux salariés a eu un effet ciseaux : d'un côté, une recette fiscale en berne, de l'autre, une dépense sociale qui explose. De plus, les investissements directs étrangers se sont taris, amputant ainsi la balance commerciale du pays. Le taux de chômage des jeunes était pourtant, en baisse quasi-constante depuis 2005. Mais en 2020, ce chiffre a connu un rebond.

Marija Sepetovska, 23 ans, a pu éviter la case chômage grâce à l'agence macédonienne pour l'emploi et la garantie renforcée pour la jeunesse de l'Union européenne. "Bien sûr, c'est stressant de faire son entrée sur le marché du travail pendant la pandémie, notamment quand on est jeune," confie la jeune consultante RH. "Je suis de plus en plus confiante, surtout quand je vois tous les programmes de soutien dont notre pays bénéficie," dit-elle. Mais la situation n'est pas la même pour tous les amis de Marija. "Cela a été très facile pour moi," explique-t-elle, "mais malheureusement, ce n'est pas le cas pour de nombreux autres jeunes en Macédoine du Nord. Il y en a qui ont eu beaucoup de mal à trouver une opportunité intéressante," précise-t-elle.

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Marija a trouvé un emploi grâce à la garantie européenne pour la jeunesse mise en place par l'agence pour l'emploi de Macédoine du Nordeuronews

Création d'une unité dédiée à l'emploi des jeunes

Le premier versement de l'assistance macrofinancière a été envoyé en urgence. Mais pour percevoir le second, la Macédoine du Nord a dû, entre autres, créer une unité dédiée à l'emploi des jeunes. Nous en apprenons plus sur son rôle auprès de Goran Petkovski, directeur de l'unité pour les projets et l'intégration européenne au sein de l'agence pour l'emploi de Macédoine du Nord.

"Elle participe à l'élaboration des actions mises en œuvre sur le marché du travail dans le cadre du plan opérationnel et aide à mieux cibler les jeunes avec ces mesures," déclare-t-il. "Elle joue aussi un rôle de coordination pour les conseillers pour la jeunesse au sein des agences locales pour l'emploi et, évidemment, elle suit et rend compte de l'application de la garantie pour la jeunesse," souligne-t-il.

Des mesures qui ont "un impact à court, moyen et long terme"

Les 160 millions d'euros accordés ont aidé la Macédoine du Nord dans la tempête, mais à terme, ce n'est pas là, l'intérêt principal de l'aide. "Cet argent était nécessaire, en cette période, pour financer les besoins budgétaires et au titre de la balance des paiements," indique Shenaj Hadzimustafa, professeure associée spécialisée dans l'économie et les affaires à l'Université de l'Europe du Sud-Est. "Mais d'un autre côté, les réformes s'inscrivent dans la durée et auront des répercussions positives sur le pays. Donc elles auront, je pense, un impact non seulement à court terme, mais aussi à moyen et long terme," estime-t-elle.

Paolo Gentiloni : "Nous avons un intérêt dans la stabilité de la région"

Alors que l'assistance macrofinancière entame sa quatrième décennie d'existence, à Bruxelles, le Commissaire européen en charge de l'économie Paolo Gentiloni rappelle les objectifs généraux du programme. "Bien évidemment, nous avons un intérêt dans la stabilité de la région," souligne-t-il. "Stabilité pour les flux migratoires, la paix, etc." énumère-t-il. "Enfin, nous avons un intérêt immense en matière de commerce car les États membres de l'Union européenne représentent tous ensemble, de loin, le principal partenaire commercial de ces pays," insiste-t-il.

Dimitar Kovačevski : "Cette assistance nous a aidés à poursuivre nos réformes"

Pour en savoir plus sur l'assistance macrofinancière délivrée à la Macédoine du Nord, nous avons interviewé son Premier ministre Dimitar Kovačevski.

Naomi Lloyd, euronews :

"Quelle a été l'importance de l'assistance macrofinancière de l'Union européenne pour votre pays ?"

Dimitar Kovačevski, Premier ministre de la République de Macédoine du Nord :

"L'assistance macrofinancière de l'Union européenne nous a beaucoup aidés, non seulement du point de vue de l'assistance financière pure et simple, mais elle nous a aussi aidés à poursuivre les réformes que nous avons entamées dans la gestion des finances publiques et dans d'autres domaines. Mais cela a aussi envoyé un message clair aux autres institutions internationales et financières et aux bailleurs avec lesquels nous coopérons, à savoir que nous avons une politique économique stable en ces temps de crise."

Naomi Lloyd :

"Dans quelle mesure ces réformes ont-elles été difficiles à mettre en œuvre ?"

Dimitar Kovačevski :

"Nos actions dans la lutte contre la criminalité et la corruption ont donné des résultats puisque nous avons amélioré notre score dans les rapports de Transparency International. Nous sommes devenus un pays qui a un cadre démocratique parce que dans le passé, il y avait des lacunes dans les procédures démocratiques ici. Nous sommes très contents de cette évolution."

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Le Premier ministre de Macédoine du Nord Dimitar Kovačevski en interview dans Real Economyeuronews

"Cela fait 17 ans que nous sommes candidats à l'adhésion à l'UE et nous n'avons toujours pas entamé les négociations"

Naomi Lloyd :

"Comment vous assurez-vous que ces réformes seront pleinement mises en œuvre à l'avenir ?"

Dimitar Kovačevski :

"Nous y veillons aux côtés des institutions de l'Union européenne et de la Commission européenne. Nous avons une coordination régulière, nous délivrons des compte-rendus réguliers. Nous avons aussi beaucoup travaillé sur la mise en place de mécanismes internes dans le pays et au sein des institutions publiques pour nous assurer que ces réformes soient menées."

Naomi Lloyd :

"La Macédoine du Nord est candidate à l'adhésion à l'Union européenne. La prochaine étape, ce sont les négociations d'adhésion. Avez-vous bon espoir qu'elles s'ouvrent bientôt ?"

Dimitar Kovačevski :

"La Macédoine du Nord a un objectif stratégique clair : devenir un membre à part entière des associations euro-atlantiques. L'an dernier, nous avons célébré le trentième anniversaire de notre indépendance et cela s'est accompagné par notre entrée dans l'OTAN en tant que trentième membre de l'organisation. Cela fait dix-sept ans que nous avons le statut de candidat à l'adhésion à l'Union européenne et nous n'avons toujours pas entamé les négociations. Malheureusement, l'an dernier, un autre défi a été imposé par l'ancien gouvernement bulgare. Avec les nouveaux gouvernements de nos deux pays, nous avons entamé un nouveau dialogue et avec le Premier ministre bulgare, nous avons déjà eu une réunion à Skopje afin de rétablir la confiance."

Journaliste • Naomi Lloyd

Video editor • Nicolas Coquet

Sources additionnelles • Production : Camille Cadet ; cameramen : Mathieu Rocher, Thierry Winn ; motion design : NEWIC