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Qu’est ce que le “Novitchok”, cette substance utilisée pour empoisonner Sergueï Skripal et sa fille ?

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Qu’est ce que le “Novitchok”, cette substance utilisée pour empoisonner Sergueï Skripal et sa fille ?

Qu’est ce que le “Novitchok”, cette substance utilisée pour empoisonner Sergueï Skripal et sa fille ?
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Le 12 mars, lors d’une allocution devant la Chambre des communes, Theresa May a jugé qu'il était «très probable que la Russie soit responsable» de l'empoisonnement de l'ex-agent double russe Sergueï Skripal et de sa fille Youlia. Devant les députés, la Première ministre a expliqué que l'agent innervant utilisé était une substance "de qualité militaire", du groupe des agents "Novtichok" mis au point par l'URSS.

Le docteur Michelle Carlin, maître de conférence en médecine légale et chimie analytique à l’Université de Northumbria, au Royaume-Uni, nous a dressé la carte d’identité de ce poison, dont l’appellation en russe signifie “nouveau venu”.

A quelle catégorie de poison le Novitchok appartient-il ?

Les agents Novitchok sont des neurotoxiques de quatrième génération (c’est en effet un groupe d’une centaine de gaz innervant, ndlr). On estime qu’ils sont bien plus létaux que les “agents de la famille G”, comme le Sarin, ou les “agents de la famille V”, à l’image du VX. Les Novitchok, selon toute vraisemblance, se présentent sous la forme de poudre ultra-fine, contrairement à d'autres agents neurotoxiques qui sont sous forme gazeuse ou liquide, comme le VX.

Comment fonctionnent-ils ?

Ces Novitchok seraient constitués de deux composants non toxiques distincts qui, lorsqu'ils sont mélangés, forment un agent neurotoxique. Leur mécanisme d'action est très similaire à celui d'autres substances neurotoxiques connues. Cependant, ils seraient bien plus nocifs. En temps normal, notre système nerveux envoie des signaux et des informations à nos organes, à nos tissus, etc. Mais au contact d’un agent Novitchok, cette communication est perturbée et altérée. Rapidement trop d’informations sont envoyées, il y a surcharge. Et cette surcharge de signaux entraîne ensuite la perte du contrôle des muscles. Puis surviennent des difficultés respiratoires, une augmentation de la salivation, des convulsions, une paralysie. La mort peut-être très rapide en fonction du degré d’exposition.

Que nous apprend “l’affaire Skripal” ?

A ce stade, nos connaissances sont encore parcellaires concernant les Novitchok, que l’on considèrent comme les agents neurotoxiques les plus récemment mis au point. Et comme nous l’avons vu, cette famille est bien plus toxique que les autres agents innervants (les Novitchok seraient en effet cinq à huit fois plus létaux que le VX qui avait été utilisé pour tuer le demi-frère de Kim Jong-un, ndlr).

Les Novitchok peuvent-ils toucher un grand nombre de personnes lorsqu'ils sont utilisés “à l’air libre” ?

Les effets les plus graves ne concernent que les seules personnes ayant reçu la plus forte dose ou subi la plus longue exposition. A Salisbury, le 4 mars, Il est très peu probable que le moindre effet ait pu être détecté sur des passants. Pour autant, des mesures préventives de décontamination ont été conseillées par les autorités aux personnes qui se trouvaient non loin de Sergueï Skripal et sa fille.

Que risque quelqu’un qui a été, même peu, exposé ?

Là encore, les effets à long terme de ces agents Novitchok ne sont que très peu documentés. Mais on estime qu’ils pourraient entraîner des lésions et des séquelles bien plus importantes, et ces dernières ne pourraient pas être traitées, contrairement à d’autres agents neurotoxiques pour lesquels il existe des traitements ou des antidotes.

Les Novitchok ont été développés par l’Union soviétique entre 1970 et 1980, durant la Guerre froide. Selon certaines sources, la production de ces agents innervants se serait poursuivie après l’effondrement de l’URSS. Moscou n’aurait jamais déclaré les Novitchok et/ou ses composés auprès de l'Organisation pour l'interdiction des armes chimiques (OIAC), basée à La Haye, qui supervise un traité interdisant l'usage des armes chimiques. La Russie a répondu le 13 mars à l’accusation lancée par Theresa May en affirmant "son innocence" et en ajoutant "vouloir coopérer". Mais pour ce faire, Moscou a réclamé l’accès à la substance incriminée à Salisbury.