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Présidentielle en Colombie : droite et gauche se font la guerre sur la paix

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Présidentielle en Colombie : droite et gauche se font la guerre sur la paix

Candidats premier tour présidentielle Colombie.
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La consolidation de la paix, qui reste fragile après plus d'un demi-siècle de conflit fratricide, est le grand défi que va devoir relever le futur président de la Colombie. Ce dimanche se tient la première élection présidentielle depuis l'accord historique passé en 2016 entre le pouvoir et la guérilla marxiste des Farc (les Forces armées révolutionnaires de Colombie). Deux extrêmes s'affrontent dans ce contexte, la droite très conservatrice et la gauche radicale. La première veut modifier l'accord de paix en durcissant les peines à l'encontre des ex-guérilleros, la seconde souhaite au contraire renforcer le dialogue avec la guérilla.

Cinq principaux candidats pour succéder à Juan Manuel Santos

Ivan Duque, le favori, a la jeunesse pour lui, il n'a que 41 ans. L'avocat et économiste, à la tête d'une coalition de droite menée par le parti Centre démocratique, a également un soutien de poids : l'ancien président Alvaro Uribe qui a dirigé la Colombie d'une main de fer de 2002 à 2010, et reste populaire dans le pays. Duque est plus modéré que son mentor mais il affiche sa fermeté pour combattre la drogue. Il promet d'en finir, dit-il, avec "le cancer de la corruption" et de faire redémarrer le moteur de la quatrième économie d'Amérique latine.

Ivan Duque, le candidat de droite

Gustavo Petro, 58 ans, se distingue car il est le premier ancien combattant d'un mouvement de guérilla dissout, le M-19, à séduire autant les électeurs colombiens. Le candidat du parti Colombie Humaine attire les plus pauvres avec son programme anti-système : il entend combattre les inégalités dans les domaines de la santé et de la justice, et propose des réformes économiques. Il tient particulièrement à défendre l'accord avec les Farc et maintenir le contact avec la dernière guérilla encore en activité, l'ELN (l'Armée de libération nationale). Ce qui pourrait porter tort à Petro, c'est sa proximité présumée avec le pouvoir du président vénézuélien Nicolas Maduro.

Gustavo Petro, le candidat de gauche

Sergio Fajardo, 62 ans, se présente sous les couleurs de Coalicion Colombia, une alliance de centre-gauche. Universitaire, mathématicien, il a toutefois une bonne expérience politique après avoir été gouverneur du département d'Antioquia. Fajardo s'est également illustré en tant que maire de Medellin, sa ville natale dont il a totalement transformé l'image; tristement célèbre pour la violence qu'y faisait notamment régner le parrain de la drogue, Pablo Escobar, la cité a été pacifiée, devenant même un symbole d'innovation.

Sergio Fajardo

German Vargas, 56 ans, est le chef du parti de centre-droit Changement radical. Il a été vice-président et ministre du Logement du président sortant, Juan Manuel Santos. A ce titre, il a notamment conduit un programme en faveur des plus pauvres, et il prône son élargissement s'il est élu.

German Vargas

Humberto de la Calle est le plus âgé des candidats, à 71 ans. Il représente le Parti libéral et son parcours politique est riche : magistrat de profession, il a été vice-président, ministre et ambassadeur. Ayant dirigé les négociations de paix avec les Farc, il ne peut que plaider en faveur d'une réconciliation des Colombiens encore plus accomplie.

Humberto de la Calle

Des démons tenaces dont il faut se débarrasser

La Colombie, malgré ses vaillants efforts, doit toujours se battre contre ses démons. Sa croissance est en berne, de +1,8%, c'est à dire la plus faible depuis dix ans. Le taux de chômage dépasse les 9% et l'inflation est à 4%. L'air de rien, l'accord de paix a été conclu grâce à des investissements de près de 44 milliards de dollars sur quinze ans, estime le gouvernement.

Le pays n'arrive pas à décoller l'étiquette de premier producteur mondial de cocaïne qu'il porte depuis si longtemps sur le front. Maintenant que des milliers de combattants des Farc se sont retirés des zones de culture de coca, des groupes armés se font la guerre pour les conquérir. Les frontières avec le Venezuela et l'Equateur sont devenues des bases arrière du trafic de drogue. C'est d'ailleurs via le Venezuela que des tonnes de cocaïne sont acheminées désormais vers l'Europe et l'Afrique.

Précisément, selon des experts, l'instabilité politique et économique, qui ne fait qu'empirer sous le régime de Nicolas Maduro, affecte la Colombie voisine. Jamais cette dernière n'avait dû accueillir un flux si massif de migrants. Depuis deux ans, 762 000 Vénézuéliens s'y sont réfugiés, et toujours selon des chiffres officiels, 518 000 voudraient rester sur le territoire.

Ni la droite d'Ivan Duque, ni la gauche de Gustavo Petro, les plus en vue dans les sondages, ne devraient l'emporter dès le premier tour de ce scrutin présidentiel. Le second tour se déroulera le 17 juin prochain.