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Algérie : une démission programmée, mais qui ne suffit pas

Algérie : une démission programmée, mais qui ne suffit pas
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L'agence algérienne officielle APS a annoncé ce lundi soir que le président Abdelaziz Bouteflika démissionnera avant l'expiration de son mandat qui doit intervenir le 28 avril prochain.

Le chef de l’État algérien prendra auparavant des "mesures pour assurer la continuité du fonctionnement des institutions de l’État durant la période de transition", poursuit le communiqué de la présidence, que sa "démission (...) interviendra avant le 28 avril 2019", sans autre détail.

Ni la date de cette démission ni les "décisions importantes" qui seront prises avant n'ont été précisées.

"Poisson d'avril"

Cette démission annoncée, saluée par quelques coups de klaxon, n'a suscité aucune euphorie à Alger. Salim, 39 ans, technicien de la santé, la comparant à "un poisson d'avril". Pour Kenza, étudiante de 22 ans, "c'est un non-événement". "Boutef démissionne, et après?", note simplement Sofiane, médecin de 25 ans.

Pour les Algérois interrogés par l'AFP un seul leitmotiv : le départ annoncé de Bouteflika ne suffit pas, "il faut que tout le système dégage".

Le site d'information Tout sur l'Algérie (TSA) se fait l'écho de ces réactions en indiquant que cela "ne résout pas la crise".

Ce que réclament les Algériens, par centaines de milliers chaque vendredi depuis le 22 février, c'est la fin de tout le régime au pouvoir depuis 20 ans. Un régime accusé de corruption et de népotisme.

La sortie de crise proposée par l'armée

Après avoir renoncé à briguer un cinquième mandat, Abdelaziz Bouteflika a reporté la présidentielle prévue le 18 avril et proposé de remettre ses pouvoir à un successeur élu à l'issue d'une Conférence nationale censée réformer le pays et élaborer une nouvelle Constitution.

Une option qui impliquait qu'il reste au pouvoir au-delà de l'expiration de son mandat et jusqu'à une date indéterminée, catégoriquement rejetée par les manifestants dont la mobilisation n'a pas faibli ces dernières semaines.

Abdelaziz Bouteflika s'est retrouvé très isolé ces derniers jours après que le chef d'état-major de l'armée, le puissant général Ahmed Gaïd Salah, un indéfectible allié, a affirmé que son départ du pouvoir était la solution à la crise, position à laquelle se sont ralliés rapidement l'essentiel des piliers de son régime.

Selon la Constitution, une fois sa démission actée, c'est le président du Conseil de la Nation, la chambre haute du Parlement, Abdelkader Bensalah, 77 ans, qui assurera l'intérim durant une période maximale de 90 jours au cours de laquelle une présidentielle est organisée.

Mais cette proposition de sortie de crise a suscité la défiance des manifestants.

Interdictions de sortie du territoire

Lâché par ses ex-alliés politiques et économiques, le régime donne l'impression de vaciller de plus en plus.

Dernière illustration : cette décision prise ce lundi par le parquet d'ouvrir des enquêtes pour "corruption" et "transferts illicites de capitaux", assorties d'interdictions de sortie du territoire pour les suspects.

Si aucun nom n'a été cité, sont visés, selon des médias privés algériens, une dizaine de personnes, parfois membres d'une même famille, figurant parmi les hommes d'affaires les plus puissants d'Algérie et entretenant souvent des liens étroits avec les cercles rapprochés du pouvoir.

Dimanche, l'autorité de l'aviation civile a également interdit tout mouvement d'avions privés appartenant à des ressortissants algériens sur les aéroports du pays. Une mesure prise, selon certains médias, pour empêcher des personnalités susceptibles de faire l'objet d'enquêtes, de fuir l'Algérie.

- avec AFP -