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Colombie: libération d'un ex-chef Farc malgré la pression des Etats-Unis

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Un ex-commandant guérillero Farc a recouvré jeudi la liberté sur ordre de la Cour suprême de Colombie, en dépit des pressions des Etats-Unis qui veulent le juger pour trafic de drogue.

Jesus Santrich, détenu depuis avril 2018 à Bogota sous le coup d’une demande d’extradition de Washington, a quitté le siège du Parquet sous forte escorte, a constaté un photographe de l’AFP.

Puis il a gagné le siège de la Farc (Force alternative révolutionnaire commune), parti formé par l’ancienne guérilla suite à l’accord de paix de 2016.

“Il y a plus de possibilités que de la cocaïne soit passée par les narines de ceux qui doutent de moi, que par mes mains”, a affirmé l’ancien chef rebelle, lors d’une conférence de presse, en se défendant des accusations portées à son encontre par Washington.

La Cour suprême avait ordonné mercredi la “libération immédiate” de l’ancien commandant guérillero et précisé qu’“aucun recours” n’est possible contre sa décision.

Le haut tribunal s‘était déclaré compétent du fait du statut de parlementaire de Jesus Santrich, aujourd’hui député de la Farc, bien que du fait de sa détention il n’ait pas pu être officiellement investi au Congrès.

Dans une lettre transmise jeudi à la Cour suprême, l’ex-chef rebelle, qui a fait partie de l‘équipe des négociateurs de l’accord de paix, s’est déclaré à la disposition de la justice.

“J’ai un engagement incontournable envers le système intégral de justice, de réparation et de non répétition que je veux ratifier aujourd’hui. J’ai un engagement envers la Juridiction spéciale pour la paix (JEP) et aujourd’hui, je me suis engagé envers les hautes cours afin qu’il n’y ait pas de doute sur ma conduite”, a-t-il ajouté devant la presse.

La JEP est issue de l’accord de novembre 2016 pour juger les crimes les graves commis pendant plus de 50 ans de confrontation armée avec l’ex-rébellion des Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc, marxistes).

- Pressions sur la justice –

Cette affaire à rebondissements a suscité une polémique en Colombie, pays divisé sur l’accord de 2016 que l’actuel gouvernement de droite dure juge trop laxiste envers les anciens rebelles et a souhaité modifier.

Le gouvernement américain a pour sa part, dans un premier temps, qualifié de “lamentable” la décision de la Cour suprême, assurant que les charges retenues contre l’ex-chef guérillero “sont très graves”, selon Morgan Ortagus, porte-parole du département d’Etat.

Dans un second temps, en conférence de presse, il a précisé qu’il faisait en réalité allusion à la décision de la JEP du 15 mai, qui freinait l’extradition de Jesus Santrich car elle considérait que les preuves remises par le Parquet colombien ne permettaient pas d‘établir la commission du délit supposé, et que les Etats-Unis n’avaient pas produit la preuve nécessaire.

Un appel a été interjeté après cette décision, a ajouté le porte-parole.

“Les Etats-Unis ont respecté les conditions d’extradition établies avec la Colombie”, avait auparavant affirmé M. Ortagus.

La JEP avait déjà ordonné la libération de Jesus Santrich le 15 mai.

Le procureur général d’alors, Nestor Humberto Martinez, proche du pouvoir, avait préféré démissionner plutôt que d’appliquer la décision.

Mais Jesus Santrich, de son vrai nom Seuxis Paucis Hernandez Solarte, avait été ré-arrêté à la porte même de la prison deux jours plus tard, pour sa participation présumée à la préparation de l’envoi de plusieurs tonnes de cocaïne aux Etats-Unis, après la signature de la paix.

Mercredi, la Procurature, organisme de contrôle des fonctionnaires et des élus, a demandé à la Cour suprême d’ordonner à nouveau son arrestation afin qu’il soit entendu comme parlementaire pour les crimes dont il est inculpé.

L’ancien chef Farc, âgé de 52 ans et malvoyant, a toujours clamé son innocence et dénoncé un complot de Washington et du Parquet colombien.

L’accord de paix prévoit que les auteurs de crimes graves, guérilleros et membres des forces de l’ordre, puissent bénéficier de peines alternatives à la prison à condition de dire la vérité, de dédommager les victimes et de s’engager à ne plus recourir à la violence.

Mais il ne protège pas d’une éventuelle extradition ceux qui ont récidivé après son entrée en vigueur.

Sous la pression des Etats-Unis, le gouvernement du président de droite dure Ivan Duque, au pouvoir depuis août, s’est toujours opposé à la libération de Jesus Santrich et a réitéré son intention de l’extrader, en critiquant les décisions de la justice.

L’accord de paix, signé avec la plus ancienne guérilla du continent américain et salué par la communauté internationale, a permis le désarmement d’environ 7.000 rebelles.

Ce texte historique, négocié entre les Farc et le gouvernement du président Juan Manuel Santos, prix Nobel de la Paix 2016, a octroyé 10 sièges parlementaires (cinq dans chaque chambre) à la Farc.

A présent libéré, Jésus Santrich devrait pouvoir faire son entrée au Congrès. Mais “c’est au parti de décider à quel moment cela se fera”, a-t-il précisé.

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