France : Il y a 80 ans, la dernière exécution publique fait scandale

France : Il y a 80 ans, la dernière exécution publique fait scandale
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STF / AFP
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Il y a 80 ans, jour pour jour, une foule s'est massée devant les portes de la prison Saint-Pierre, dans le centre de Versailles. Et devant ces badauds, comme venus assister à un spectacle, la lame de la guillotine s’abat sur la nuque d'un condamné à mort, Eugen Weidmann, un meurtrier de nationalité allemande.

Cette exécution publique déclencha une vaste polémique en France. La guillotine sera ensuite reléguée, loin des regards, dans l’enceinte des prisons.

Ce 17 juin 1939, de nombreuses personnes se sont présentes depuis plusieurs heures sur les lieux, les unes dans l'espoir d'être aux premières loges, les autres pour dénoncer un spectacle qu'elles jugent indigne d'une société civilisée.

La guillotine est dressée sur le trottoir, la foule est contenue à quelques mètres de l'échafaud.

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D'ordinaire, les exécutions se déroulent avant le lever du jour. Mais les préparatifs ont pris du retard à Versailles. Et lorsque Eugen Weidmann, les mains liées dans le dos, chemise blanche échancrée pour dégager le cou, est mené à la guillotine, le soleil est déjà haut dans le ciel.

La lumière permet aux reporters de prendre des photos et même de filmer : c'est la plus grande série d'images d'une exécution jamais réalisée.

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Mais les comportements des journalistes et de la foule provoquent un vif émoi au sommet de l'Etat. D'autant plus que les images qui ont circulé jusqu'à l'étranger donnent une image peu reluisante de la France, et que le caractère public des exécutions est contesté depuis plusieurs décennies.

Un témoin un peu particulier de l’hystérie qui régna le 17 juin 1939

Christopher Lee, le futur acteur, assiste en effet au “spectacle”. Il a été amené là par un journaliste, ami de sa famille. Alors âgé de 17 ans, le Britannique, qui incarnera plus tard Dracula au cinéma, ne sait pas ce qui l'attend.

Des années plus tard, Christopher Lee indiquera au micro de France Culture en 1998 qu’il n’a pas pu regarder l'exécution. "J'ai tourné la tête, mais j'ai entendu", racontait-il en imitant le bruit du couperet qui tombe sur la tête du condamné.

Il donnera d’autres détails de cette journée dans son autobiographie “Le seigneur du désordre”. Il décrit ainsi dans son livre la "puissante vague de hurlements et de cris perçants" qui s’éleva de la foule à l'arrivée du condamné. Après la mise mort, il relate également que des spectateurs "s'étaient rués vers le cadavre en poussant des cris horribles. Certains n'avaient pas hésité à tremper mouchoirs et foulards dans le sang répandu sur le pavé, en guise de souvenir".

Sur la base d'un rapport du chef du gouvernement Edouard Daladier, constatant que les mises à mort publiques n'ont pas eu "l'effet moralisateur" attendu, le président Albert Lebrun décide de supprimer "la publicité des exécutions capitales".

Une semaine après les incidents de Versailles, est promulgué le décret du 24 juin 1939. Il stipule que "l'exécution se fera dans l'enceinte de l'établissement pénitentiaire" et que seulement quelques personnes (magistrats, avocats, policiers, ministre du culte, médecin) seront autorisées à y assister.

Dorénavant, la guillotine ne fonctionnera plus que dans des cours de prisons, généralement recouverte d'un dais, une pièce de tissu, noir. La dernière exécution d'un condamné à mort en France aura lieu le 10 septembre 1977. Ce jour-là, Hamida Djandoubi est guillotiné dans la prison des Baumettes à Marseille. La peine de mort sera définitivement abolie après la promulgation, le 9 octobre 1981, de la loi portée par le garde des Sceaux socialiste, Robert Badinter.

Demain, grâce à vous la justice française ne sera plus une justice qui tue. Demain, grâce à vous, il n'y aura plus, pour notre honte commune, d'exécutions furtives, à l'aube, sous le dais noir, dans les prisons françaises. Demain, les pages sanglantes de notre justice seront tournées.
Robert Badinter
Discours sur l'abolition de la peine de mort, 17 septembre 1981