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Quelle place pour l'économie de l'UE dans le nouvel ordre mondial ?

Quelle place pour l'économie de l'UE dans le nouvel ordre mondial ?
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Quelques semaines après les élections européennes, Real Economy est au Forum économique de Bruxelles pour envisager l'avenir de l'économie de l'Union européenne. Nous évoquons avec plusieurs de ses intervenants et avec le commissaire européen aux affaires économiques et financières Pierre Moscovici, le nouvel ordre mondial et le rôle joué par l'Europe en son sein.

Un nouvel ordre mondial et un nouveau type de croissance pour l'Union européenne, ce sont deux des grands thèmes abordés lors du Forum économique de Bruxelles qui s'est tenu cette année, quelques semaines après les élections européennes.

Un scrutin qui a montré un regain d'intérêt des citoyens pour l'Europe. En témoigne le taux de participation de plus de 50%, un niveau record sur deux décennies, elle était de 42,6% lors du précédent scrutin en 2014.

Autre enseignement de ces élections : la percée annoncée des populistes d'extrême-droite ne s'est pas concrétisée. Pourtant, ils ont effectivement gagné du terrain en Europe ces dernières années.

Inégalités de revenus

"Quels sont les principaux facteurs de cet essor ?" demande notre journaliste Sasha Vakulina à l'un des participants du forum, Manuel Muniz, doyen de la School of Global and Public Affairs IE (Espagne).

"Pour moi, on peut citer comme facteurs fondamentaux, la situation économique, l'impact de l'évolution technologique sur le marché du travail et ses effets sur la création de revenus et leur répartition," répond-il. "Entre 2009 et 2012, 95% de l'augmentation totale des revenus aux Etats-Unis ont bénéficié aux plus riches, soit 1% de la population," souligne-t-il.

Au sein de l'Union européenne à 28, les 20% de la population ayant les plus hauts revenus disponibles dans leurs pays respectifs ont perçu plus de 30% de la totalité des revenus. En parallèle, les 20% de la population ayant les revenus les plus faibles ont touché en 2017, moins de 10% de la totalité des revenus.

Ces statistiques sur les inégalités de revenus qui datent de 2017 sont les dernières données disponibles. Cette année-là, la croissance connaissait un pic en Europe. En 2017, l'économie de l'Union européenne affichait une croissance de 2,4%, son taux le plus élevé sur une décennie. Depuis, le PIB européen a augmenté de manière plus modérée : de 1,9% en 2018. Cette année, il devrait progresser d'1,4%, puis d'1,6% l'an prochain.

Changer de modèle de croissance ?

Notre journaliste Sasha Vakulina interroge Valdis Dombrovskis, vice-président de la Commission européenne en charge de l'euro et du dialogue social, présent au Forum.

"La croissance européenne est plus modérée aujourd'hui. Que faudrait-il faire en priorité : accélérer la croissance ou générer une croissance différente ?"

"Évidemment, l'Union européenne a besoin de croissance économique, mais nous n'avons pas besoin de croissance économique dans le seul but d'avoir de la croissance, nous en avons besoin pour le bien-être des citoyens," insiste Valdis Dombrovskis. "Et cette croissance doit être durable," ajoute-t-il, "elle doit tenir compte des facteurs environnementaux et du changement climatique. Donc nous devons vraiment abandonner cette vision de la croissance qui se suffit à elle-même," estime-t-il.

21% du budget européen 2020 pour le climat

La Commission européenne a proposé un budget de 168,3 milliards d'euros pour l'Union en 2020.

En mettant l'accent sur une croissance intelligente et inclusive, 21% de ce budget total qui a été proposé seront consacrés à la lutte contre le changement climatique. Ce qui répond à l'objectif d'attribuer 20% du budget européen à long terme à des activités dans ce domaine.

Selon le Fonds monétaire international, les prévisions de croissance en Europe sont exposées à des facteurs extérieurs de déstabilisation, "dans un moment délicat" pour l'économie mondiale.

"Forts vents contraires"

Sasha Vakulina interroge à ce propos, à une autre intervenante au Forum, Gita Gopinath, économiste en chef au FMI.

"En quoi ce moment est-il délicat ? Et comment l'Union peut-elle traverser cette période de turbulences ?" lui demande-t-elle.

"Les vents contraires sont forts : il y a tout d'abord les tensions entre les Etats-Unis et la Chine sur le commerce, mais aussi la technologie," fait remarquer Gita Gopinath qui ajoute : "Deuxième point, pour l'Union européenne, bien entendu : le Brexit qui reste une inquiétude majeure, avec le risque d'un Brexit sans accord. Le troisième risque," dit-elle, "c'est que de nombreux pays, de nombreuses personnes dans le monde sont très endettés ; aujourd'hui, l'accès au financement est facile, mais ça peut très vite changer."

Pierre Moscovici : "Nous devons continuer de réformer la zone euro"

Pour évoquer ces "vents contraires" et la manière dont l'Union européenne peut les affronter, nous interrogeons le commissaire européen en charge des Affaires économiques et financières Pierre Moscovici.

Sasha Vakulina, journaliste économique euronews :

"Quel est le nouvel ordre du jour économique pour l'Union européenne ? Quelles sont les priorités ?"

Pierre Moscovici, commissaire européen en charge des affaires économiques et financières :

"La crise économique est essentiellement derrière nous, mais nous devons relever les défis du futur. Ce qui veut dire surtout, lutter contre les inégalités. Et pour moi, je dirais que notre priorité numéro 1, c'est que nous devons continuer de réformer la zone euro. Nous devons établir un véritable budget de la zone euro. Nous devons être beaucoup plus ambitieux dans l'avenir et être capables de créer la convergence grâce à la stabilisation. Je pense aussi qu'en matière d'imposition, nous devons avancer sur les questions de justice fiscale. Il faut aussi que nous soyons capables de changer les règles du jeu en passant à un vote à la majorité qualifiée... Et nous devons aussi répondre à l'urgence climatique. La lutte contre le changement climatique sera l'un des points les plus importants pour la prochaine commission. Et l'un de mes regrets, c'est que nous n'ayons pas pu avancer sur la fiscalité de l'énergie et il faudra revenir là-dessus, mais aussi tenir compte des effets sociaux que cela peut avoir dans certaines régions. Ce qu'il faudra aussi compenser."

Sasha Vakulina :

"Récemment, la croissance économique a été modérée. Faut-il plus de croissance ou alors, une croissance différente qui vise davantage des objectifs durables ?"

Pierre Moscovici :

"Il est impossible de prévoir la croissance au sein de la zone euro et de l'Union européenne après 2020. Elle dépend de tellement de facteurs. Il y a bien sûr, les tensions commerciales qui sont une menace majeure, mais il y a aussi les déséquilibres au sein de l'Union : qu'en est-il du déficit en Italie ? Quelles seront les conséquences du Brexit ? Nous devrons faire attention à cela. Mais ce qu'il faut clairement développer et renforcer, c'est le potentiel de croissance de l'Union européenne et pour cela, nous devons réaliser des réformes structurelles qui favorisent l'acquisition de compétences, l'éducation, l'innovation, la recherche. Nous devons être capables de créer nos propres champions mondiaux dans l'économie numérique. Et encore une fois, nous devons renforcer les outils que nous avons pour défendre et promouvoir la zone euro."

"Détruire le multilatéralisme, c'est une erreur"

Sasha Vakulina :

"Dans un contexte d'escalade des tensions commerciales, où se situe l'Union européenne dans le grand débat qui oppose multilatéralisme et bilatéralisme ?"

Pierre Moscovici :

"Elle est clairement du côté du multilatéralisme. Nous sommes intimement convaincus que le protectionnisme ne représente jamais la bonne réponse, c'est une menace. L'ordre multilatéral doit certainement être renforcé, être réformé. Et nous travaillons sur la réforme de l'Organisation mondiale du commerce. Mais détruire le multilatéralisme, c'est une erreur. Je dirais cela à M. Trump : les guerres commerciales ne sont pas bénéfiques et elles ne sont pas faciles à gagner. Tout le monde y perd et les Etats-Unis y perdront également s'ils continuent dans cette voie. Il est clair bien sûr que nous pouvons reconnaître qu'il y a des problèmes avec la Chine en lien avec des surcapacités, la cybersécurité et une forme d'agressivité... Mais ces problèmes doivent être réglés dans le cadre multilatéral. Et la méthode utilisée aujourd'hui n'est certainement pas la bonne."