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Un pétrolier yéménite risque de provoquer la pire marée noire de l'histoire

Un pétrolier yéménite risque de provoquer la pire marée noire de l'histoire
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Twitter: @Yemen_PM - Bello, Camille
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Abandonné à quelques km des côtes du Yémen, un pétrolier est dans un tel état de détérioration qu'il risque de provoquer une marée noire pire que celle de l'Exxon Valdez. L'ONU et des organisations internationales tirent la sonnette d'alarme.

Un tanker renfermant du pétrole et abandonné près des côtes du Yémen menace de causer une catastrophe écologique massive en mer Rouge d'après des experts qui le décrivent comme une "bombe flottante".

Le navire détenu par la plus grande compagnie pétrolière du Yémen est au mouillage à sept kilomètres du port yéménite de Ras Isa dans le nord-ouest du pays depuis des décennies : il était utilisé comme terminal de déchargement flottant et de stockage.

Selon les Nations Unies, il n'a fait l'objet d'aucune maintenance depuis le déclenchement en 2015 de la guerre civile entre les rebelles Houthis soutenus par l'Iran et le gouvernement du Yémen appuyé par l'Arabie Saoudite et les Émirats arabes unis.

Mark Lowcock, Secrétaire général adjoint aux affaires humanitaires de l'ONU, a indiqué la semaine dernière au Conseil de sécurité que les rebelles Houthis qui contrôlent la zone avaient refusé d'accorder une autorisation d'accès pour une mission d'évaluation.

"Je voudrais simplement faire remarquer," a souligné Mark Lowcock, "que c'est d'autant plus frustrant que l'on peut rappeler que ces mêmes autorités ont écrit aux Nations Unies au début de l'année dernière pour demander de l'assistance concernant ce pétrolier et en promettant de faciliter notre travail."

Gaz inerte

On craint que le tanker n'explose puisque ses chaudières ont arrêté de produire du gaz inerte. Le gaz inerte qui en n'étant insuffisamment chargé en oxygène, étouffe la combustion sert à remplir le vide qui se trouve au-dessus du pétrole dans les réservoirs de stockage d'après l'organisation Conflict and Environment Observatory (CEOBS).

Une explosion ou une fuite pourraient entraîner le déversement de la cargaison estimée à 1,1 millions de barils de pétrole dans la mer Rouge.

"Selon la période de l'année et les courants maritimes, la marée noire pourrait s'étendre du détroit de Bab-el-Mandeb [ndlr : qui se situe au sud de Ras Isa et qui sépare le Yémen de Djibouti] jusqu'au canal de Suez [au nord du pétrolier, en Egypte] et potentiellement, jusqu'au détroit d'Ormuz [entre les Émirats arabes unis et l'Iran]," avait mis en garde Mark Lowcock le mois dernier.

"Je vous laisse imaginer l'effet d'un tel désastre sur l'environnement, les couloirs de navigation et l'économie mondiale," avait-il ajouté.

Environnement et économie

Dans une vidéo publiée sur les réseaux sociaux la semaine dernière, le gouvernement reconnu par les Nations Unies au Yémen a estimé que la catastrophe écologique qui pourrait se produire serait quatre fois plus importante que la marée noire de l'Exxon Valdez en 1989 lors de laquelle 260.000 barils de pétrole s'étaient déversés dans les eaux de l'Alaska dans ce qui est considéré comme le pire désastre environnemental causé par l'homme de toute l'histoire.

Cette catastrophe serait dramatique pour le milieu marin, mais aussi pour les communautés dépendantes de la pêche dans les pays entourant la mer Rouge dont l'Égypte, l'Érythrée, Israël, l'Arabie saoudite, le Soudan et le Yémen.

"Tandis l'Exxon Valdez a déversé son pétrole dans les eaux froides du large de l'Alaska où sa décomposition est certainement plus lente que dans celles bien plus chaudes de la mer Rouge, Ras Isa est également proche de l'une des rares zones marines protégées du Yémen au large de l'île Kamaran dont les mangroves et les récifs coralliens subviennent aux besoins des pêcheurs locaux," a indiqué Doug Weir de l'organisation CEOBS dans une publication en mai.

"Une marée noire d'ampleur dépasserait immanquablement la capacité de réaction du Yémen en cas de pollution sur son territoire et serait rendue encore plus compliquée à gérer du fait de la situation en matière de sécurité maritime en mer Rouge," a-t-il aussi signalé.

Les répercussions sur l'économie mondiale pourraient aussi être sévères : une étude menée par l'organisme de recherche italien SRM a estimé que 9% des expéditions de pétrole dans le monde sont passés par le Canal de Suez en 2018.

L'Administration américaine chargée de l'information sur l'énergie a aussi établi qu'en 2016, 4,8 millions de barils de pétrole raffiné sur un total de près de 59 millions dans le monde ont emprunté chaque jour le détroit de Bab-el-Mandeb. La même année, près d'un tiers des produits pétroliers ont fait route par le détroit d'Ormuz.

Les représentants Houthis et le gouvernement reconnu par l'ONU au Yémen se disputent le droit de récupérer la cargaison de pétrole brut toujours présente dans le tanker qui est évaluée à plus de 60 millions de dollars (53,8 millions d'euros).