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Coronavirus : le Japon décrète l'état d'urgence pour un mois

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Shinzo Abe
Shinzo Abe   -   Tous droits réservés  Tomohiro Ohsumi/2020 Getty Images
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Le Japon a fini par déclarer mardi l'état d'urgence face à la pandémie de coronavirus après une récente accélération du nombre de cas dans le pays, un dispositif qui n'impose toutefois pas des mesures de confinement aussi strictes qu'ailleurs.

Jusqu'ici le Japon ressemblait presque à un îlot de normalité au milieu d'un océan de confinement, mis en place à travers le monde pour contenir la propagation fulgurante du Covid-19, apparu fin décembre en Chine. Mais depuis deux semaines l'archipel connaît une accélération de la pandémie, avec un total de 3 900 cas d'infection, pour 80 morts, faisant craindre une prochaine saturation des hôpitaux. Le Premier ministre Shinzo Abe a déclaré mardi l'état d'urgence jusqu'au 6 mai dans sept préfectures : Tokyo et ses régions limitrophes (Kanagawa, Saitama et Chiba), Osaka et Hyogo (ouest) et Fukuoka (sud-ouest).

Au total, plus de 50 millions de personnes sont concernées, soit 40% de la population du pays. "Face à une situation qui peut gravement affecter la vie de chacun et l'économie, j'ai décidé de déclarer l'état d'urgence", a annoncé mardi M. Abe, confirmant son intention exprimée la veille.

"Nous lèverons cette mesure dès que nous serons certains qu'elle n'est plus nécessaire", a-t-il ajouté.

Les autorités comptent sur le civisme des citoyens

M. Abe a rappelé que ce dispositif n'entraînerait "pas de confinement comme observé à l'étranger" et que l'objectif était de "maîtriser la propagation du virus tout en maintenant les services socio-économiques essentiels, comme les transports en commun". Car l'état d'urgence japonais ne permet pas d'imposer un confinement comme dans d'autres pays, ni de sanctionner les récalcitrants.

Il offre principalement aux gouverneurs régionaux la possibilité d'insister auprès des habitants pour qu'ils restent chez eux, ainsi que de demander la fermeture temporaire de commerces non essentiels. Les autorités comptent donc sur le civisme des citoyens, d'ailleurs très majoritairement favorables à l'état d'urgence, selon un sondage de la chaîne privée TBS publié lundi.

"Je ne comprends pas pourquoi le gouvernement a attendu aussi longtemps" pour prendre cette mesure, a témoigné Mitsuo Oshiyama, une habitante de Tokyo de 76 ans interrogée par l'AFP.

"Tout va dépendre de vos actions", a lancé mardi M. Abe à l'adresse de ses concitoyens. "Selon les experts, si nous faisons tous des efforts pour réduire nos contacts de 70% à 80%, le nombre d'infections se réduira au bout de deux semaines", a-t-il affirmé.

"Cela pourra causer des désagréments dans la vie quotidienne, mais j'appelle chacun à coopérer parce que des vies sont en jeu", a renchéri la gouverneure de Tokyo, Yuriko Koike, qui avait déjà appelé ses administrés à restreindre leurs déplacements depuis fin mars. Avec l'état d'urgence les autorités pourront aussi réquisitionner des terrains ou bâtiments pour installer des structures médicales, ou encore fermer des établissements scolaires qui ne le seraient pas encore.

Coup dur pour l'économie

L'état d'urgence devrait porter un rude coup supplémentaire à l'économie du pays, Tokyo et ses régions limitrophes pesant à elles seules environ un tiers du Produit intérieur brut (PIB) national.

Si la consommation des ménages n'a que légèrement baissé en février, soutenue notamment par des achats massifs de produits de première nécessité par une population inquiète de voir l'épidémie exploser ailleurs, le choc pourrait être brutal en mars, et très vraisemblablement en avril.

Par conséquent M. Abe avait aussi annoncé dès lundi un plan d'aide record de 108.000 milliards de yens (915 milliards d'euros), soit l'équivalent de 20% du PIB nippon, pour contrer les effets de la crise sanitaire sur les entreprises et les ménages japonais. L'économie japonaise et mondiale font face "à leur plus crise depuis la Seconde Guerre mondiale", a affirmé mardi M. Abe.

Le plan d'aide a été approuvé mardi par son gouvernement mais doit encore être adopté par le Parlement. Il comprendra notamment des allocations financières pour les ménages les plus modestes ainsi que pour les petites et moyennes entreprises les plus touchées par la crise.

Bien que largement supérieur aux attentes, ce plan ne devrait cependant pas permettre d'éviter une récession brutale de l'économie japonaise au premier semestre 2020. Il pourrait en revanche stimuler une reprise rapide sur la seconde moitié de l'année, selon les économistes.

Avec AFP