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Coronavirus en Guyane : entre urgence sanitaire et "catastrophe sociale"

Cayenne en Guyane, le 23/06/2020
Cayenne en Guyane, le 23/06/2020   -   Tous droits réservés  Image : Mari Trini Giner pour Médecins du Monde
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Le Premier ministre français Jean Castex est attendu ce dimanche en Guyane, un territoire où l'épidémie de coronavirus est très active. Gros plan sur la situation sanitaire inquiétante dans cette collectivité française située en Amérique du sud.

"Situation sanitaire critique"

Selon les chiffres officiels en date de ce mercredi, la Guyane a enregistré 5459 cas de covid-19 depuis le déclenchement de l'épidémie en mars, dont 22 décès.

Surtout, le nombre de nouveau cas augmente nettement depuis plusieurs semaines : + 281 en 24 heures.

En trois semaines, le Centre hospitalier de Cayenne (CHC) – hôpital de référence du territoire – est passé de 59 à 127 patients atteint du Covid-19 hospitalisés, et de 11 à 20 en réanimation. Le nombre de décès à l'hôpital a été multiplié par 5 (3 à 15). Les capacités d’hospitalisation Covid-19 du CHC ont triplé en 20 jours passant de 50 lits à 148 lits.

"En Guyane, plus de 7 000 tests par semaine sont réalisés et le taux de positivité est très élevé, autour de 20%, ce qui correspond à cinq personnes testées pour une positive", a indiqué le directeur général de la Santé, Jérôme Salomon.

Le pic de l’épidémie est attendu pour la mi-juillet.

Le territoire compte trois hôpitaux : l'un à Cayenne, le deuxième à Kourou et le troisième à Saint-Laurent du Maroni. Ces trois structures ont annoncé il y a quelques jours avoir déclenché leur plans blancs pour faire face à l'épidémie de coronavirus qui s'accélère. "Les patients sont de plus en plus nombreux à avoir besoin de nous. En très peu de temps, et conformément aux travaux d'anticipation, nous avons réussi à nous réorganiser", expliquent-ils. Mais "la charge de travail est importante", disent-ils, alors que les malades "devraient être plus nombreux pendant encore deux à trois semaines".

« La situation est critique pour les trois hôpitaux de Guyane qui sont au bord de la saturation », estime une des responsables du Centre hospitalier de Cayenne, qui ajoute que « la visite du Premier ministre sera l'occasion de faire un point sur la situation que vivent nos équipes au quotidien ».

La difficulté pour les acteurs de la santé est d'atteindre les habitants des zones reculées du territoire. Les dispensaires des petites communes enclavées ne sont pas forcément dotés des moyens suffisants pour faire face à une flambée de l'épidémie.

Un "directeur de crise" et des réservistes

Le gouvernement a annoncé qu'un "directeur de crise" avait été nommé, le préfet Patrice Latron, et allait "rejoindre dans les meilleurs délais la Guyane", pour renforcer l'action des différents acteurs engagés dans la gestion de l'épidémie, aux côtés du préfet et de la directrice générale de l'Agence régionale de Santé (ARS).

Plus de 130 réservistes sanitaires sont déjà arrivés en renfort en Guyane et sont "opérationnels dans les différentes structures médicales guyanaises". Vingt-trois autres renforts ont été envoyés la semaine dernière, et 48 autres supplémentaires doivent l'être cette semaine.

Par ailleurs, "des personnels de santé sont envoyés en renforts pour appuyer les hôpitaux locaux : 20 personnes sont arrivées sur place cette semaine et 50 arriveront la semaine prochaine", a indiqué le gouvernement.

Enfin, le service de santé des Armées va également envoyer "20 militaires" spécialisés dans la réanimation.

Port du masque, couvre-feu et confinement ciblé

Pour tenter d'enrayer la propagation du virus, les autorités guyanaises ont renforcé fin juin les mesures de restriction, en décidant la fermeture des bars et restaurants sur tout le territoire, un confinement ciblé d'une vingtaine de nouveaux quartiers très touchés, et le durcissement du couvre-feu.

Le pont de Saint-Georges de l'Oyapock, qui relie la Guyane au Brésil, est par ailleurs désormais "complètement fermé dans le sens Brésil-France. Le franchissement de la frontière vers la Guyane est ainsi complètement interdit", a précisé la préfecture dans un communiqué.

Dès la mi-juin, le préfet avait instauré un couvre-feu dans 16 des 22 communes du territoire avec interdiction de circuler la nuit. Ce couvre-feu a ensuite été renforcé, et les plages horaires étendues à Kourou et Macouria.

Lors de son déplacement en Guyane, les 23 et 24 juin, la ministre des Outre-mer Annick Girardin a émis des réserves, à ce stade, sur un reconfinement total de la Guyane, mais n'excluait pas d'y recourir si l'épidémie continue d'accélérer. Le Premier ministre pourrait se prononcer sur ce sujet lors de son déplacement en Guyane ce dimanche.

"Conséquences sociales catastrophiques"

L'ONG Médecins du Monde est présente en Guyane, intervenant notamment dans les squats et les bidonvilles de Cayenne. Grâce à une clinique mobile sanitaire, le personnel de l'ONG constate les grandes difficultés rencontrées par une partie de la population face à l'épidémie.

« Les gestes barrières ou mesures de confinement ne peuvent souvent être respectés dans ces lieux de vies précaires où les espaces sont étroits et l’accès à l’eau limité », précise-t-on à Médecins du Monde. L'ONG s'inquiète aussi des conséquences de l'arrêt de l'économie informelle, dans la foulée des mesures de confinement. Cela a "des conséquences sociales catastrophiques en particulier sur l’accès à l’alimentation, et donc sur l’état de santé voire la survie d’une partie de la population".

Autre motif d'inquiétude : la non-prolongation de certains droits sociaux. « L’état d’urgence sanitaire a été prolongé jusqu’au 30 octobre en Guyane. (...) les droits sociaux comme l’accès à l’assurance maladie n’ont pas été prolongés à nouveau ce qui va constituer un blocage majeur d’accès aux soins pour les personnes en situation de précarité », déplore Aude Trepont, coordinatrice de Médecins du Monde en Guyane.

Carte d'identité

La Guyane est une collectivité territoriale française située dans le Nord-Est de l’Amérique du Sud. Elle est à la fois département et région d'outre-mer.

Elle possède 300 km de côtes, 520 km de frontières avec le Surinam et 700 km de frontières avec le Brésil.

Superficie : 83.846 km²

Population : 296 711 habitants (2015)

PIB / habitant : 15 410 euros (2012) - le PIB en métropole est de 29 897 euros