DERNIERE MINUTE
This content is not available in your region

La Pologne veut se retirer du traité européen sur les violences faites aux femmes

euronews_icons_loading
La Pologne veut se retirer du traité européen sur les violences faites aux femmes
Tous droits réservés  Czarek Sokolowski/Copyright 2020 The Associated Press. All rights reserved.
Taille du texte Aa Aa

Le gouvernement conservateur nationaliste polonais envisage de quitter la convention d’Istanbul, ce traité européen adopté en 2011 par le Conseil de l'Europe (qui rassemble 47 pays) et qui vise à mieux protéger les femmes de la violence.

Pour le ministre de la justice polonais ce traité « contient des éléments de nature idéologique », considérés comme « nuisibles » et va à l’encontre des droits des parents en demandant aux écoles d’enseigner l’égalité entre les femmes et les hommes.

"Cet élément idéologique est lié à l'impératif de changer l'éducation dans les écoles et en dehors des programmes scolaires… en termes d'apprentissage, d'attitudes, de convictions de la jeune génération polonaise. Il induit de fait “la construction du soi-disant genre socioculturel en opposition au sexe biologique", a dit Zbigniew Ziobro.

Vendredi, près deux mille personnes ont manifesté à Varsovie pour protester contre la décision du gouvernement polonais. Les manifestantes et manifestants, venus à l'appel de diverses organisations féministes, se sont rassemblés devant le siège d'une ONG de recherche et de lobbying en faveur de "l'identité culturelle", accusée souvent de défendre le "fondamentalisme religieux" catholique, avant de marcher vers le siège du ministère du Travail.

"Stop à la violence contre les femmes", ont-ils crié, en brandissant des pancartes "La grève des femmes".

Le parti Droit et justice (PiS), au pouvoir en Pologne, est proche de l’Eglise catholique et promeut une politique sociale-conservatrice. Il les remet régulièrement en question les droits des femmes. L’hostilité envers les droits des homosexuels a aussi été l’un des principaux thèmes du président polonais Andrzej Duda lors de sa récente campagne pour un second mandat présidentiel.

Convention d'Istanbul

La "convention d'Istanbul" est le premier outil supranational à fixer des normes juridiquement contraignantes en vue de prévenir la violence sexiste.

"Nous nous préparons à la dénoncer", a déclaré la semaine dernière la ministre polonaise du Travail, Marlena Maciag, sur la chaîne ultra-catholique Trwam.

La Pologne a signé en 2012 et ratifié trois ans plus tard la Convention d'Istanbul, à l'époque où ce pays était gouverné par une coalition centriste.

L'actuel ministre de la Justice, Zbigniew Ziobro, l'a considérée à l'époque comme "une invention, une création féministe qui vise à justifier l'idéologie gay".

La Convention d'Istanbul a créé la controverse dans quelques autres pays.

Le parlement hongrois l'a rejetée en mai dernier, le gouvernement de Viktor Orban y voyant la promotion de "l'idéologie destructrice du genre" et de la "migration illégale".

En mars 2019, Le Parlement slovaque a rejeté sa ratification, au motif qu'elle serait en contradiction avec la définition du mariage dans la Constitution comme une union hétérosexuelle.

"Honteux"

Plusieurs eurodéputés, dont les chefs des groupes Socialistes et démocrates et Renew, se sont alarmés dimanche de l'intention du gouvernement conservateur nationaliste polonais de dénoncer la convention d'Istanbul.

"Il est honteux qu'un État membre de l'UE veuille se retirer de la convention d'Istanbul", a twitté l'Espagnole Iratxe Garcia Perez, présidente du groupe S&D au Parlement européen, qui se dit "aux côtés des citoyens polonais qui descendent dans la rue pour exiger le respect des droits des femmes".

"Utiliser la lutte contre la convention d'Istanbul comme un instrument pour afficher son conservatisme est une nouvelle manoeuvre pitoyable et pathétique de la part de certains au sein du gouvernement polonais", a écrit de son côté le Roumain Dacian Ciolos, président du groupe Renew, sur le réseau social.

Interrogée par l'AFP, un porte-parole de la Commission européenne a pour sa part dit "regretter qu'une question aussi importante ait été déformée par des arguments trompeurs dans certains États membres".

"Tout malentendu et toute idée fausse concernant la Convention doivent être clairement expliqués et dissipés", a-t-il insisté, ajoutant que Bruxelles poursuivrait "ses efforts pour finaliser l'adhésion de l'UE à la convention", signée en 2017 mais pas encore ratifiée.

D'autres eurodéputés ont réagi dimanche sur Twitter, comme l'ancien Premier ministre belge, Guy Verhofstadt (Renew), qui a qualifié la volonté des Polonais de "scandaleuse", ou encore l'Irlandaise Frances Fitzgerald, du groupe PPE (droite), qui réclame "la ratification de la convention au niveau européen".

"Aucune femme ne peut jamais considérer la protection contre la violence comme acquise. Même après des batailles livrées et gagnées, la régression est possible. C'est ce qui se passe en ce moment même" en Pologne, a twitté l'écologiste allemande Terry Reintke.

Le Conseil de l'Europe, organisation paneuropéenne de défense des droits de l'Homme et de l'Etat de droit installée à Strasbourg, s'est également alarmé dimanche des intentions de la Pologne.