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Les viticulteurs français débordent de colère après un an de taxes Trump

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Les viticulteurs français débordent de colère après un an de taxes Trump
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La présidentielle américaine vue d'Europe. Euronews vous propose une série de reportages liés au scrutin qui apporte le point de vue des citoyens européens à travers leurs préoccupations et problématiques nationales et locales. Notre reporter Guillaume Petit est parti en Bourgogne et dans la Vallée du Rhône, des terres sacrées pour le vin français, à la rencontre des vignerons, dont les exportations vers les États-Unis sont taxées depuis un an par l'administration de Donald Trump. Mais à longueur de discussions, on s'aperçoit que Donald Trump est loin d'être la seule cause de leur courroux.

Pommard, en plein cœur de la Bourgogne. Les vignes aux couleurs d’automne sont à des milliers de kilomètres des Etats-Unis. Et pourtant, l’issue de la campagne présidentielle américaine pourrait bien avoir un impact déterminant sur l'avenir d'Aubert.

Les Etats-Unis constituent le premier marché à l’export de ce vigneron. Mais les taxes imposées sur le vin français par Donald Trump il y a un an ont entraîne une chute de 20% de ses ventes vers les Etats-Unis. En effet, les taxes ont été répercutées sur les prix et résultat, les commandes des importateurs ont chuté.

"Donald Trump a créé avec ces taxes un différentiel de prix de 25% sur nos vins, c’est considérable, surtout dans cette période compliquée sur le plan sanitaire", souligne Aubert Lefas, vigneron à Pommard. "A titre personnel, je serai content qu’un démocrate soit élu car cela correspond davantage au mode de vie française, à la manière dont on fonctionne. Mais je ne suis pas sûr du tout que le simple fait qu’il y ait un changement de président change le système des taxes", ajoute-t-il. Et de poursuivre : "Nous ne sommes, vignerons, que les victimes d’une guerre commercial entre Airbus et Boeing".

Pommard, Bourgogne
EuronewsPommard, Bourgogne

Derrière le choc infligé aux vignerons, une "infraction" d'Airbus

Si les Américains ont décidé en octobre 2019 de taxer les vins français et espagnols, mais aussi des fromages italiens, les whiskys écossais, le textile britannique et des engins de chantier allemands, c’est en représailles aux subventions accordées par des Etats européens à Airbus. Elles ont été jugées illégales par l’OMC, qui a autorisé en 2019 Washington à taxer l'équivalent de 7,5 milliards d’euros d’importations européennes.

A ces taxes douanières, est venu s'ajouter la crise du coronavirus, avec une chute des ventes de vins aux restaurateurs pendant le confinement. Chez Aubert, certains marchés comme le Canada ou le Royaume-Uni ont malgré tout résisté et les ventes repartent vers l'Asie. Mais impossible de combler les pertes du marché américain, le plus rémunérateur.

"Si le coronavirus a également eu un impact sur les exportations de vins, les taxes de Donald Trump ont durement touché les vignerons français, comme le montrent les chiffres de France Agrimer et de la Fédération des Exportateurs de Vins et Spiritueux français", explique notre reporter Guillaume Petit. "Au 1er semestre 2020, les exportations vers les Etats-Unis ont enregistré une baisse de 15% en volume et de 28% en valeur. C’est moins que la baisse des exportations de vins et spiritueux français - ces derniers, comme le champagne, ne sont néanmoins pas concernés par les taxes - vers d’autres marchés européens comme le Royaume-Uni ou l’Allemagne."

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Guillaume PetitEuronews

Des vignerons en colère contre le gouvernement français et contre Airbus

Les taxes douanières n’ont pas épargné les plus grands exportateurs. Direction la vallée du Rhône, à la rencontre de Michel Chapoutier, un célèbre négociant et producteur de vins qui possède des vignobles jusqu’en Espagne et en Australie. Mais les États-Unis constituent pour lui le marché étranger le plus rémunérateur. Ses exportations ont également baissé, avec une chute sur la marge de l'ordre de 50%. Michel Chapoutier ne digère pas de devoir payer le prix d’un conflit entre Airbus et Boeing et de ne pas recevoir d’aides de la part du gouvernement français.

"On pourrait dire, oui mais vous avez une baisse d’activité à cause du Covid-19. Or depuis le début de l’année, l’Italie est à +1%. Et la Nouvelle-Zélande, qui est le troisième plus grand exportateur vers les États-Unis, est à +15%", souligne Michel Chapoutier, vigneron et négociant dans la Vallée du Rhône. Et de poursuivre : "Donc nous avons un marché américain en progression malgré le coronavirus. Et aujourd’hui nous sommes sanctionnés et abandonnés par notre gouvernement, qui préfère soutenir Airbus et nous laisser rembourser les infractions".

La France a mis en place des aides pendant la crise du coronavirus pour la distillation de vins, afin de transformer les stocks invendus en alcool industriel. Et le gouvernement a également évoqué des aides pour stocker les excédents. Mais la filière demande avant tout des aides directes pour compenser les taxes de Donald Trump qui n’ont rien à voir avec le Covid-19. Ce qu'elle ne voit pas venir.

Tain l'Hermitage
EuronewsTain l'Hermitage

Pendant ce temps, l'Union européenne a reçu le feu vert pour taxer l'équivalent de 4 milliards de dollars d'importations américaines. Mais quand bien même si Donald Trump perd l’élection, cet épisode, vécu par les vignerons français comme un abandon de leur gouvernement et des Européens face au protectionnisme américain, devrait laisser pendant longtemps un goût amer dans la bouche des viticulteurs français.