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Accord de paix pour le Haut-Karabakh, la colère des Arméniens à Erevan

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Des Arméniens en colère au siège du gouvernement à Erevan, 10 novembre 2020
Des Arméniens en colère au siège du gouvernement à Erevan, 10 novembre 2020   -   Tous droits réservés  Dmitri Lovetsky/Copyright 2020 The Associated Press. All rights reserved
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"Démission!", "traître à la Nation": l'annonce en pleine nuit par le Premier ministre arménien Nikol Pachinian d'un accord de cessez-le-feu au Haut-Karabakh consacrant les positions militaires de l'Azerbaïdjan a été accueillie par des cris de rage et de dépit à Erevan. Le siège du gouvernement et le parlement en ont fait les frais pendant quelques heures.

Il était près de deux heures du matin dans la capitale arménienne quand le Premier ministre a annoncé dans un post sur sa page Facebook avoir pris une "décision incroyablement douloureuse pour moi et pour notre peuple".

Depuis la fin septembre, les affrontements les plus sanglants depuis près de 30 ans opposaient les séparatistes arméniens de l'enclave indépendantiste du Haut-Karabakh et l'armée azerbaïdjanaise. L'accord de paix a été signé sous l'égide de la Russie :

"Le 9 novembre, le président de l'Azerbaïdjan (Ilham) Aliev, le Premier ministre de l'Arménie (Nikol) Pachinian et le président de la fédération de Russie ont signé une déclaration annonçant un cessez-le-feu total et la fin de toutes les actions militaires dans la zone du conflit", a annoncé le président russe Vladimir Poutine, dans la nuit de lundi à mardi aux médias.

Selon lui, les belligérants gardent, au terme de l'accord, "les positions qu'ils occupent".

La Russie est en train de déployer près de 2 000 soldats de la paix pour assurer le respect du texte, qui prévoit notamment que l'Azerbaïdjan reprenne le contrôle de plusieurs districts qui lui échappaient, et le maintien d'un corridor terrestre reliant les territoires encore sous contrôle séparatiste et l'Arménie.

Le président azerbaïdjanais Ilham Aliev s'est félicité d'une "capitulation" de l'Arménie, attisant la colère des arméniens qui se sont rués sur le siège du gouvernement pour réclamer la démission du premier ministre arménien.

Contexte

Fin septembre, l'Azerbaïdjan entendait reprendre le contrôle du Karabakh, territoire devenu indépendant au début des années 1990 à l'issue d'une guerre qui fit plus de 30 000 morts : l'accord qui mit fin au conflit fut signé en 1994, là encore, sous l'égide de la Russie.

Peuplé aujourd'hui quasi-exclusivement d'Arméniens, ce territoire était rattaché à l'Azerbaïdjan à l'époque soviétique mais est considéré par les deux pays comme une partie intégrante de leurs histoire.

L'accord de fin des hostilités intervient alors que les forces azerbaïdjanaises annonçaient avoir pris dimanche Choucha/Chouchi ville stratégique à 15 kilomètre de la capitale séparatiste Stepanakert/Khankendi et située sur l'artère vitale reliant la république autoproclamée à son parrain arménien.

La chute de cette localité était considérée comme un tournant de la guerre. Lundi, l'Arménie disait que les combats s'y poursuivaient.

Le conflit a fait au moins 1 300 morts depuis le 27 septembre, selon des bilans très partiels, l'Azerbaïdjan n'ayant jamais annoncé ses pertes militaires. Il pourrait en réalité y avoir des milliers de morts de chaque côté.

Depuis des semaines, la Russie et d'autres puissances tentaient d'obtenir un cessez-le-feu, mais trois tentatives ont échoué à chaque fois juste après l'entrée en vigueur de ces trêves humanitaires.

Avant l'annonce de l'accord dans la nuit de lundi à mardi, la journée avait été marquée aussi par un hélicoptère Mi-24 de l'armée russe abattu par erreur par l'Azerbaïdjan au-dessus de l'Arménie. La partie azerbaïdjanaise s'est excusée pour "cet incident tragique".

La Russie est la puissance régionale dans le Caucase du Sud. Elle est une alliée militaire de l'Arménie mais a aussi de bonnes relations avec l'Azerbaïdjan, deux ex-républiques d'URSS.

Moscou avait mis en garde à de nombreuses reprises que le conflit du Haut-Karabakh pouvait déborder de ses frontières, sous-entendant qu'elle interviendrait le cas échéant.

L'Azerbaïdjan a lui le soutien de l'autre puissance de la région, la Turquie qui a notamment été accusée d'envoyer des mercenaires pro-turcs de Syrie se battre en soutien à Bakou.

Si Moscou et Ankara sont rivaux, les présidents Vladimir Poutine et Recep Tayyip Erdogan entretiennent néanmoins une relation pragmatique.