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En Irlande, l'horreur des "maisons mère-enfant" révélée par un vaste rapport

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En Irlande, l'horreur des "maisons mère-enfant" révélée par un vaste rapport
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Les maisons "mère-enfant" sont au cœur d'un scandale en Irlande, après les révélations d'un vaste rapport écrit par une commission d'enquête.

Ces établissements, tenus par des religieuses catholiques avec l'Etat Irlandais, ont accueilli entre 1922 et 1998, 56 000 jeunes mère célibataires, rejetées par leurs familles et qui n'avaient pour la plupart "aucune alternative". Mais comme l'écrit le rapport, ces maisons ne "sauvaient pas les vies des enfants « illégitimes »". Au contraire, "elles semblent avoir significativement réduit leurs perspectives de survie".

Les jeunes femmes y étaient maltraitées et exploitées et leurs enfants leur étaient souvent confisqués pour être adoptés. C'est ce qui est arrivé à Fionn Davenport, né dans une maison mère-enfant : "Juste après ma naissance, ma mère a changé d'avis et a dit qu'elle voulait garder son bébé. Mais les religieuses du foyer lui ont dit qu'elle n'avait pas le droit, qu'elle avait signé des documents, donc qu'elle avait renoncé à tous ses droits sur son enfant".

Il m'a fallu 40 ans pour découvrir que c'était un terrible mensonge. Selon les termes de la loi sur l'adoption de 1952, qui régit toutes les adoptions en Irlande, la mère biologique a jusqu'à l'âge de 6 mois pour changer d'avis, et les religieuses devaient le savoir
Fionn Davenport

Selon Fionn Davenport, l'institution l'a immédiatement séparé de sa mère, qui n'a jamais été autorisée à l'allaiter.

Mary est aussi née dans l'une de ces maisons. Elle raconte l'une des humiliations que sa mère biologique a subi : "Elle m'avait tricoté des petits vêtements de bébé. Après que j'ai été donnée à une famille d'accueil, les religieuses ont rapporté les vêtements que ma mère avait tricotés pour moi. Elles les lui ont jetés au visage et lui ont dit : « Mary n'en aura pas besoin, elle a de vrais vêtements maintenant ». Et cela a brisé le cœur de ma mère."

"Tout la société était complice"

Selon le rapport, 9 000 bébés et enfants sont morts dans ces institutions par manque de soin et de traitement ,soit 15% des 57 000 enfants qui y sont nés. La plupart des décès, dont les causes étaient identifiables, étaient dus à des infections respiratoires et des gastro-entérites. Ces taux de mortalité "très élevés" était "connus des autorités" locales et nationales à l’époque et enregistrés dans les publications officielles", souligne le rapport.

Après la publication de cette étude, le Premier ministre a annoncé qu'il présenterait les "excuses" de l'Etat irlandais pour ce chapitre "sombre et honteux de l'histoire récente de l'Irlande".

Il met en lumière une culture profondément misogyne en Irlande pendant plusieurs décennies, avec une discrimination grave et systématique à l'égard des femmes, en particulier celles qui ont donné naissance hors mariage.
Micheal Martin
premier ministre irlandais

"Nous avions une attitude complètement déformée vis-à-vis de la sexualité et de l'intimité", "dysfonctionnement" pour lequel "les jeunes mères et leurs fils et filles" dans ces établissement "ont été contraints de payer un prix terrible", a ajouté Micheal Martin.

Le rapport final porte également la responsabilité sur les familles qui envoyaient les femmes concernées dans ces établissements ou ne leur laissaient pas d'autre choix faute de soutien, et au delà sur toute la société irlandaise. Pour le Premier ministre, "tout la société était donc complice".