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A Lyon, l'archevêque de Germay veut tourner la page du "traumatisme" Barbarin

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Le nouvel archevêque de Lyon Olivier de Germay
Le nouvel archevêque de Lyon Olivier de Germay   -   Tous droits réservés  JEFF PACHOUD/AFP or licensors
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Fraîchement installé dans un diocèse miné par le scandale d'agressions pédophiles qui a précipité le départ de Philippe Barbarin, le nouvel archevêque de Lyon Olivier de Germay souhaite "comprendre les victimes", mais aussi "dépassionner" les esprits pour ouvrir une nouvelle page dans la capitale des Gaules.

Le prélat de 60 ans au profil singulier d'ex-officier parachutiste a été ordonné prêtre tardivement, en 1998. Puis il a connu un riche parcours qui l'a mené de Toulouse à la Corse avant d'hériter d'une très délicate mission en octobre: succéder au cardinal Barbarin.

Ce dernier a été condamné en 2019 pour ses silences sur les multiples agressions sexuelles commises par un prêtre du diocèse, Bernard Preynat, avant d'être relaxé en appel début 2020. Mais le scandale a marqué au fer rouge l'Eglise lyonnaise, et Barbarin s'est depuis exilé en Bretagne.

Je souhaite comprendre les victimes", mais aussi "dépassionner" les esprits pour ouvrir une nouvelle page dans la capitale des Gaules.
Mgr Olivier de Germay
Archevêque de Lyon

Pour Mgr de Germay, fils de général né à Tours, sa nomination à Lyon a été "une surprise", explique-t-il dans un entretien à l'AFP.

Avec le recul, l'homme aux cheveux gris et fines lunettes se dit que le succès de son action auprès d'un clergé corse un temps divisé a pu plaider en sa faveur: "Peut-être qu'on a considéré que j'avais un peu ce savoir-faire pour apaiser les choses", risque-t-il.

Le nouveau Primat des Gaules n'a pas encore dévoilé ses orientations pour le diocèse et ses 120 paroisses. Cela viendra "autour de l'été", explique-t-il dans les couloirs de l'archevêché sis sur les hauteurs du vieux Lyon, où son carnet de rendez-vous est bien rempli.

Depuis son installation officielle il y a deux mois et demi, le prélat a eu le temps de dresser un premier diagnostic, et affirme pouvoir tabler sur la résilience du diocèse.

"Il y a ce traumatisme, bien-sûr, mais ce qui m'a surpris et émerveillé en arrivant, c'est la vitalité de ce diocèse. Il y a beaucoup d'associations et initiatives dans le domaine caritatif, et puis c'est une Eglise qui est vraiment en lien avec les mondes des élus et de l'entreprise", vante-t-il, découvrant la tradition d'une Eglise lyonnaise très ancrée dans la vie locale.

- "Porter ce poids ensemble"-

Sa nouvelle mission, Mgr de Germay la voit dans la "pacification". Il souhaite "dépassionner" les choses. Et pour cela, il s'est fixé plusieurs chantiers à mener, auprès des victimes, des autres fidèles, mais aussi de ceux qu'il nomme "les acteurs pastoraux".

"Il faut dans un premier temps reconnaître ce qu'il s'est passé, les fautes et la profondeur des blessures infligées - et quand on discute avec les personnes victimes, c'est souvent ce qui vient en premier."

Le diocèse, grâce à ses donateurs, a déjà pu dédommager 14 victimes, dont les faits étaient prescrits, "par souci d'équité". Et sept autres victimes déjà indemnisées à l'issue de la procédure contre Bernard Preynat, condamné à cinq ans ferme en 2020, attendent une éventuelle compensation additionnelle du diocèse.

Mais pour l'archevêque de Germay, "l'action de la responsabilité de l'Eglise vis-à-vis des victimes ne s'arrête pas à l'argent. C'est une question de long terme". Il souligne que l'Eglise de France compte s'appuyer sur le rapport de la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l'Eglise (Ciase), attendu fin septembre, pour avancer dans la bonne direction.

"Ensuite, notre responsabilité doit aussi nous pousser à comprendre les mécanismes qui ont favorisé cela et approfondir le travail de prévention: les acteurs pastoraux passent tous par des formations préventives" désormais, expose-t-il.

"Les auteurs des faits sont des membres de l'Eglise (...) Nous avons à porter ensemble le poids de leurs fautes", assure-t-il encore.

Et il faudra aussi rassurer les fidèles, dont "certains se sont sentis humiliés de voir que tous les jours revenaient ces affaires" dans les médias.

"Maintenant, avec le temps, je crois qu'ils se rendent compte que l'Eglise prend vraiment ce dossier à bras le corps et qu'on est tous concernés", plaide le prélat.

Pour ressouder le diocèse, Mgr de Germay souhaiterait pouvoir rassembler tous les fidèles autour des messes qui ne peuvent être actuellement tenues qu'avec une jauge réduite à cause du Covid-19.

"Les chrétiens ont l'habitude de se rassembler. Surtout le dimanche, c'est un handicap", juge-t-il, tout en assurant qu'"il est normal que l'Eglise prenne sa part dans la lutte contre la propagation du virus", comme "dans la lutte contre les conséquences sociales de cette crise".