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Haïti : l'assassinat du président Jovenel Moïse plonge le pays dans l'incertitude

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Par euronews
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Le président Jovenel Moïse lors d'une cérémonie, en 2018
Le président Jovenel Moïse lors d'une cérémonie, en 2018   -   Tous droits réservés  Dieu Nalio Chery/Copyright 2021 The Associated Press. All rights reserved.
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Le choc et la stupeur à Haïti. Le président haïtien Jovenel Moïse a été assassiné par un commando armé mercredi en pleine nuit à son domicile, le Premier ministre par intérim a décrété dans la foulée l'état de siège dans le pays des Caraïbes encore davantage plongé dans la crise.

"Nous avons décidé de déclarer l'état de siège dans tout le pays", a déclaré Claude Joseph dans un discours en créole, octroyant ainsi des pouvoirs renforcés à l'exécutif pour quinze jours.

Il a promis que "les auteurs, les assassins de Jovenel Moïse paieraient pour ce qu'ils ont fait devant la justice".

Selon l'ambassadeur haïtien aux Etats-Unis, Bocchit Edmond, le commando était composé de mercenaires "professionnels" s'étant fait passer pour des responsables de l'agence américaine anti-drogues et qui pourraient avoir déjà quitté le pays.

M. Joseph avait annoncé plus tôt mercredi l'attaque ayant causé la mort du président.

"Vers une heure du matin, dans la nuit du mardi 6 au mercredi 7 juillet 2021, un groupe d'individus non identifiés, dont certains parlaient en espagnol, ont attaqué la résidence privée du président de la République et ainsi blessé mortellement le chef de l'État", est-il écrit dans le communiqué officiel.

Son épouse, blessée dans l'attaque va être hospitalisée à Miami aux Etats-Unis.

"La Première dame blessée est en vie et reçoit les soins que nécessite son cas. Les enfants du président sont en sécurité", a pourtant déclaré Claude Joseph à la radio Magik 9.

Il s'agit d'une attaque "terrible" et "tragique", a déclaré mercredi Jen Psaki, la porte-parole de la Maison Blanche, disant les Etats-Unis prêts à apporter leur aide au pays en crise.

Le Premier ministre britannique Boris Johnson s'est lui dit "choqué" par un "acte odieux".

Le chef de la diplomatie européenne Josep Borrell s'est dit "choqué" par l'assassinat du président haïtien Jovenel Moïse mercredi et préoccupé par le risque d'une "spirale de violence" dans le pays.

"Ce crime entraîne un risque d’instabilité et d'une spirale de violence", a-t-il déclaré dans un message sur son compte Twitter.

En réaction, la République dominicaine a ordonné mercredi la "fermeture immédiate" de sa frontière avec Haïti, les deux pays se trouvant sur la même île.

Cet événement menace de déstabiliser le pays le plus pauvre des Amériques, déjà confronté à une double crise politique et sécuritaire.

Le Premier ministre a appelé la population au calme et fait savoir que la police et l'armée allaient assurer le maintien de l'ordre.

Jovenel Moïse, un entrepreneur ayant fait fortune dans la production et l'exportation de bananes avant d'être élu en 2016 à la tête de son pays, était âgé de 53 ans.

Les derniers mois de la présidence de Jovenel Moïse ont été marqués par la violences des gangs, l'instabilité gouvernementale et une contestation populaire croissante.

Haïti est gangrené par l'insécurité et notamment les enlèvements contre rançon menés par des gangs jouissant d'une quasi impunité. Une situation qui valait à Jovenel Moïse, accusé d'inaction face à la crise, d'être confronté à une vive défiance d'une bonne partie de la société civile.

Dans ce contexte faisant redouter un basculement vers l'anarchie généralisée, le Conseil de sécurité de l'ONU, les Etats-Unis et l'Europe appelaient à la tenue d'élections législatives et présidentielle libres et transparentes, d'ici la fin 2021.

Jovenel Moïse avait annoncé lundi la nomination d'un nouveau Premier ministre, Ariel Henry, avec justement pour mission la tenue d'élections.

Gouvernant par décret depuis janvier 2020, sans Parlement, et alors que la durée de son mandat faisait l'objet de contestations, Jovenel Moïse avait également mis en chantier une réforme institutionnelle.

Un référendum constitutionnel initialement prévu en avril, reporté une première fois au 27 juin puis à nouveau en raison de l'épidémie de Covid-19, devait se tenir le 26 septembre. La réforme avait pour but de renforcer les prérogatives l'exécutif.

Mais c'est dans les rues de Port-au-Prince que la détérioration de la situation du pays était la plus évidente.

Depuis début juin, des affrontements entre bandes rivales dans l'ouest de Port-au-Prince paralysent toute circulation entre la moitié sud du pays et la capitale haïtienne.