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Lula se dit "disponible pour être candidat "face au "fasciste" Jair Bolsonaro

Par Anelise Borges
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Lula da Silva
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Il a été qualifié "d'homme politique le plus populaire de la Terre" par Barack Obama. Mais sa disgrâce a été tout aussi spectaculaire que son accession au pouvoir. En 2017, l'ex-président du Brésil Luiz Inácio Lula da Silva a été condamné pour corruption et par la suite, placé en détention. Des drames personnels dévastateurs se sont ajoutés à ses échecs politiques et beaucoup pensaient que Lula était fini. Mais en mars dernier, la Cour suprême du Brésil a annulé les condamnations pour lesquelles il a passé près de deux ans en prison et rétabli ses droits politiques. Aujourd'hui, dans les sondages, il semble bien placé pour battre Jair Bolsonaro lors de la présidentielle l'an prochain. L'ancien président du Brésil nous a accordé une interview le 8 juillet.

"Je suis totalement disponible pour être candidat à la présidence du Brésil"

Anelise Borges, euronews :

"Lors de notre dernière conversation en 2016, vous m'aviez dit que vous ne vous présenteriez plus à la présidence, que vous étiez fatigué et que vous laisseriez la place aux nouvelles générations. De nombreuses choses se sont passées depuis et il semble que vous ayez changé d'avis, non ?"

Luiz Inácio Lula da Silva, ancien président brésilien :

"La raison pour laquelle j'ai changé d'avis, c'est que quand je vous ai parlé la dernière fois, je pensais qu'à 75 ans, je serais vieux, mais finalement, je me suis rendu compte que je suis jeune à 75 ans. Après la campagne et la victoire de Joe Biden aux États-Unis à l'âge de 78 ans, je me suis dit : pourquoi ne pas me présenter au Brésil ? Je n'ai pas encore décidé de me lancer dans la course. En 2021, nous nous concentrons sur la lutte pour obtenir des vaccins pour tous les Brésiliens, une aide d'urgence pour que la population puisse survivre et des prêts pour les petites et moyennes entreprises et leurs dirigeants pour qu'ils puissent conserver leur emploi. Ce n'est qu'à la fin de l'année que nous commencerons à penser à la course. Si le Parti des Travailleurs - le PT - le souhaite et que les autres partis alliés sont d'accord, je suis totalement disponible pour être candidat à la présidence du Brésil, redresser le Brésil, faire en sorte qu'il connaisse à nouveau la croissance et lui redonner sa place de leader sur la scène internationale comme c'était le cas quand j'étais en fonction."

"Plus de la moitié des personnes qui sont mortes au Brésil sont dues à l'irresponsabilité du gouvernement brésilien"

Anelise Borges :

"Vous parlez d'aider les Brésiliens à traverser la crise actuelle, mais comment comptez-vous le faire sans être au pouvoir ? Avez-vous l'intention de demander une aide internationale par exemple ?"

Luiz Inácio Lula da Silva :

"Nous ne nous contentons pas de faire du lobbying et de dénoncer, nous nous battons aussi au Congrès national pour que le Congrès qui comprend la Chambre des députés et le Sénat aide à acheter les vaccins qui sont disponibles sur le marché. Le Brésil a été très irresponsable, Anelise. Le Brésil n'a pas acheté 70 millions de vaccins quand il aurait pu le faire, dès le début de la pandémie. Le président de la République a été irresponsable. C'est un négationniste du Covid. Il ne croit pas au coronavirus. Il ne croit pas au vaccin. La seule chose à laquelle il croit pour lutter contre le coronavirus, c'est de vendre des médicaments qui ne fonctionnent pas. Donc c'était problématique. Plus de la moitié des personnes qui sont mortes au Brésil sont dues à l'irresponsabilité et au comportement du gouvernement brésilien. Si le gouvernement avait agi de manière responsable et humaniste, créé un comité de crise et réuni des experts et des scientifiques, nous n'aurions pas le nombre de victimes que nous avons aujourd'hui."

Jair Bolsonaro "est coupable de génocide au vu du nombre de morts que nous avons eu au Brésil"

Anelise Borges :

"Vous parlez d'une crise qui a déjà coûté la vie à un demi-million de Brésiliens. Actuellement, au Brésil, plus de 1700 personnes meurent du Covid chaque jour. Pensez-vous vraiment que vous auriez mieux géré cette crise ?"

Luiz Inácio Lula da Silva :

"Oui, Anelise. Et vous savez pourquoi ? Parce que quand la grippe H1N1 est arrivée, nous avons vacciné 83 millions de personnes en seulement trois mois. Un président de la République ne doit pas nécessairement tout savoir, son rôle est celui d'un chef d'orchestre, il doit coordonner une équipe. Si le président avait créé un comité de crise, appelé des scientifiques à participer sous la coordination du ministre de la Santé et des secrétaires chargés de la Santé dans les différents États et élaboré un protocole, nous n'aurions pas eu le nombre de victimes que nous avons eu au Brésil. C'est pourquoi je dis toujours que la moitié de ces victimes sont à mettre au compte du président de la République lui-même. C'est pour cela que je dis qu'il est coupable de génocide au vu du nombre de morts que nous avons eu au Brésil."

"Je représente la démocratie et Jair Bolsonaro, le fascisme"

Anelise Borges :

"Le président que vous accusez de génocide, c'est Jair Bolsonaro. Une personnalité très controversée, y compris au plan international. Mais beaucoup accusent votre parti - le PT - et les échecs de ce parti d'être à l'origine de l'ascension de Jair Bolsonaro. Ils disent notamment que la désillusion générée par les 14 années au pouvoir du PT a poussé de nombreux électeurs à voter pour le candidat d'extrême-droite. Qu'avez-vous à dire à ce sujet ?"

Luiz Inácio Lula da Silva :

"Ceux qui disent cela sont ceux qui ont voté pour Bolsonaro, ceux qui l'ont aidé à gagner. En réalité, qui a contribué à ce que Bolsonaro gagne les élections ? Eh bien, ceux qui m'ont faussement accusé, ceux qui m'ont mis en prison pendant 580 jours pour que je ne puisse pas me présenter aux élections, ceux qui ont porté de fausses accusations contre moi. Et aujourd'hui, il a été prouvé que ces accusations étaient fausses, que le juge avait fait preuve de partialité, que les procureurs faisaient partie d'un gang... Tout cela est déjà prouvé. Bolsonaro est le résultat d'un mensonge, d'une farce car il n'y a jamais eu autant de fake news dans une campagne. Il n'a pas participé à un seul débat. Il a menti, et ce de manière éhontée. Même aujourd'hui, Bolsonaro dit quatre mensonges par jour. Alors, vous pouvez imaginer combien il en a dit pendant le processus électoral. En fait, les gens ont pris selon moi, une mauvaise décision en votant pour Bolsonaro, mais c'est le risque de la démocratie, c'est le risque du processus électoral. La vie politique au Brésil repose sur une polarisation différente aujourd'hui. Elle ne se fait pas entre deux camps, un de droite et un de gauche, mais entre le fascisme et la démocratie. Je représente la démocratie parce que je suis issu d'un parti démocratique qui a une expérience de gouvernance très démocratique et Bolsonaro représente le fascisme. Le peuple décidera s'il aime la démocratie et veut un président démocratique ou s'il veut qu'un fasciste continue de gouverner. Voilà en quoi consiste la polarisation. Et nous ne devons pas avoir peur de cette polarisation. Nous devons être conscients qu'après les élections, en cas de victoire, il faudra gouverner, unifier la société, parler à tous les hommes et femmes de ce pays et essayer de construire une gouvernance dans laquelle les gens pourront vivre plus heureux et en paix, travailler et vivre dans la dignité. C'est ce que je vais faire. Et c'est ce que j'ai déjà fait une fois. J'ai été président pendant huit ans, j'ai déjà réussi à prouver qu'il était possible de construire un Brésil hautement développé, un Brésil qui améliore la qualité de vie de son peuple. Et vous connaissez mon combat contre les inégalités et contre la pauvreté. Nous avons réussi à retirer le Brésil de la Carte de la faim de l'ONU, mais malheureusement la faim est revenue dans notre pays. Je serai donc un président qui gouvernera pour tout le monde, mais les gens doivent savoir que la catégorie pauvre de la population sera celle qui aura la priorité dans ma gouvernance."

"Je dois montrer que je suis vivant, volontaire et que je sais comment rassembler ce pays"

Anelise Borges :

"M. le président, on a l'impression que vous êtes déjà en campagne."

Luiz Inácio Lula da Silva :

"C'est tout-à-fait possible. Le problème est le suivant : je ne peux pas m'empêcher de prendre la parole. Je dois montrer aux gens que je suis vivant, que je suis volontaire, que je suis en bonne santé et que je sais comment rassembler ce pays et comment construire la démocratie. La première chose que j'ai faite quand j'ai gagné les élections en 2003, a été de créer un Conseil pour le développement économique et social en réunissant de grands hommes d'affaires, des prêtres, des pasteurs, des indigènes, des Noirs, des Blancs, des syndicalistes, c'est-à-dire toute la société civile pour qu'ils assument avec moi, la responsabilité de gouverner le Brésil. Et ça a marché ! C'est pour cette raison que quand j'ai quitté la présidence, j'avais 87% d'opinions positives dans les sondages."

"Le Brésil doit travailler en partenariat avec l'Union européenne"

Anelise Borges :

"La communauté internationale est très préoccupée par la situation au Brésil. Le pays a-t-il besoin d'aide en ce moment ? Avez-vous un message à adresser aux autres pays, notamment européens ?"

Luiz Inácio Lula da Silva :

"Les dirigeants européens - ceux qui sont au gouvernement et ceux qui l'ont été dans le passé -, les syndicats, d'autres entités et les ONG connaissent le PT, ils connaissent le Brésil et ils connaissent notre gouvernement. Nous avons eu une relation formidable. Je peux vous dire que quand j'étais président de la République, mes relations avec tous les partis en Europe étaient extraordinaires. C'était le cas avec tous les présidents, avec Gordon Brown, Tony Blair, Nicolas Sarkozy, Jacques Chirac, Angela Merkel, Gerhard Schröder... Je discutais avec tout le monde. Le Brésil est un pays qui n'a pas de contentieux. Il doit travailler en partenariat avec l'Union européenne. Nous devons confirmer l'accord entre l'Union européenne et l'Amérique du Sud pour que nous puissions également donner l'opportunité à l'Europe, de ne pas être isolée entre la Chine et les États-Unis. Je regarde ce qui se passe depuis ici et je vois les Américains s'opposer au gazoduc que l'Allemagne tente de construire avec la Russie. Je continue à voir les États-Unis se battre pour l'industrie de l'intelligence artificielle, face à Huawei, et pour l'industrie des données... Les États-Unis et la Chine doivent trouver un terrain d'entente, l'Europe ne peut pas être au milieu de cette opposition. C'est pour cela que l'Amérique latine et la relation avec le Brésil sont très importantes. Il faut que tous les pays comprennent que la guerre froide est terminée et que nous ne voulons plus de guerre nucléaire. Nous ne pouvons pas avoir de guerre commerciale, ni de guerre dans l'industrie numérique. Nous devons construire un moyen d'améliorer la vie des gens. Et je pense que l'Europe, avec son principe d'État-providence, peut nous aider à élaborer des politiques visant à développer les pays les plus pauvres de la planète, y compris concernant le vaccin contre le coronavirus : on doit en faire un bien pour l'humanité afin que tout le monde puisse y avoir accès."

Journaliste • Anelise Borges