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A Kaboul, "des scènes terribles de fin du monde" : récit d'une Française rapatriée d'Afghanistan

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Par Julien Pavy
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Victoria Fontan, vice-présidente de l'Université américaine d'Afghanistan, rapatriée de Kaboul
Victoria Fontan, vice-présidente de l'Université américaine d'Afghanistan, rapatriée de Kaboul   -   Tous droits réservés  euronews
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Alors que les évacuations d'Afghans et d'étrangers se poursuivent, nous avons joint une ressortissante française Victoria Fontan, rapatriée samedi dernier de Kaboul.

Assignée à résidence par les talibans

Vice-présidente de l'Université américaine d'Afghanistan, elle a réussi à fuir le pays après avoir été assignée à résidence avec d'autres personnes par les talibans, avant qu'un accord financier ne lui permette de rentrer en Europe.

Elle raconte l'atmosphère chaotique aux abords des portails qui ouvrent l'accès à l’aéroport de Kaboul.

"C'était une atmosphère de sauve-qui-peut, des gens qui faisaient tout pour passer ces portails et c'était bien avant que les talibans disent que les Afghans ne devaient plus aller à l'aéroport. On voyait très bien que ces gens savaient que c'était l'une de leurs dernières opportunités. Beaucoup de gens sont restés autour de l'aéroport pendant des jours et des jours. Il y avait des tirs de partout, il y avait des talibans qui arrivaient avec des lassos en cuir pour que la foule se disperse un peu. Puis, dès qu'ils avaient le dos tourné, la foule recommençait. C'était vraiment des scènes terribles de fin du monde."

Ces gens savaient que c'était l'une de leurs dernières opportunités de partir"
Victoria Fontan
Française, rapatriée de Kaboul
MSgt. Donald R. Allen/AP
Evacuations à Kaboul le 24 aoûit 2021MSgt. Donald R. Allen/AP

"La violence des talibans est en train de ressortir"

Pour Victoria Fontan, les talibans font peser une grave menace sur une partie de la population en Afghanistan. Contrairement à ce qu'ils prétendent, ils n'ont pas changé sur le fond, estime-t-elle :

_"Tous les jours, on reçoit des rapports de gens qui sont sommairement exécutés ou qui disparaissent. Les connexions Internet aujourd'hui à Hérat ont été totalement annulées par les talibans donc il n'y a même plus la possibilité de communiquer avec les gens qui étaient encore dans notre radar il y a 24 heures. Petit à petit, cet étau est en train de se resserrer de se refermer et la violence des talibans est en train de ressortir. Alors toute cette narrative qui dit que les gens sur le terrain ne suivent pas les directives politiques de Doha, ce n'est pas vrai du tout. C'est un mouvement assez structuré, qui a gagné contre les Américains de par sa discipline. Il est donc très clair que les exactions qui se passent sur le terrain sont commanditées."
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"Tous les jours, on reçoit des rapports de gens qui sont sommairement exécutés ou qui disparaissent.
Victoria Fontan
Française, rapatriée de Kaboul
AP/Copyright 2021 The Associated Press. All rights reserved.
Des Afghans massés près de l'aéroport de KaboulAP/Copyright 2021 The Associated Press. All rights reserved.

Les évacuations, une course contre-la-montre

Depuis la France, Victoria Fontan se bat désormais pour faire évacuer des étudiants ou professeurs toujours bloqués à Kaboul et qui craignent pour leur vie. Une course contre-la-montre est engagée jusqu'au 31 août, censé marquer la fin de la période d'évacuation :

"C'est toute une élite afghane qui sait que le temps lui est compté sous cet égide des talibans. J'ai passé tout l'après-midi à faire des listes et j'ai vraiment l'impression d'être dans le film 'La liste de Schindler'. Ça brise le cœur de faire ces listes, de se dire que malheureusement les gens qui n'arriveront pas à s'en sortir sont voués à une situation très difficile dans les mois à venir."

"C'est toute une élite afghane qui sait que le temps lui est compté sous cet égide des talibans."
Victoria Fontan
Française, rapatriée de Kaboul

Alors que des dizaines de milliers de personnes ont déjà été évacuées, beaucoup d'autres attendent toujours de pouvoir quitter au plus vite l’Afghanistan pour échapper aux talibans.