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Reportage dans un hôpital de Kiev en Ukraine, nouvel épicentre du Covid-19 en Europe

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Par Emil Filtenborg et Stefan Weichert
Reportage dans un hôpital de Kiev en Ukraine, nouvel épicentre du Covid-19 en Europe
Tous droits réservés  Emil Filtenborg

À l’intérieur de l’aile dédiée au Covid-19 dans l’hôpital 4 à Kiev, plus d’une douzaine de patients – les cas les plus graves de la ville – luttent pour leur survie.

Les bruits des machines à oxygène sont omniprésents et seules les toux des malades les couvrent. Cependant, au milieu de sons sinistres, l’espoir survit. Sergey Rudenko confie ainsi à Euronews avoir passé le pire de la maladie après près d'un mois à l'hôpital.

Crédit: Emil Filtenborg
Sergey Rudenko, patient atteint du COVID avec un masque à oxygèneCrédit: Emil Filtenborg

« Maintenant, je vais mieux » dit l'homme de 41 ans, les quintes de toux interrompant souvent ses phrases. « Je pense que c’est uniquement la peur de mourir qui m’a gardé en vie. Je faisais tout mon possible pour pouvoir respirer. Je vais mieux aujourd’hui, mais avant c’était un mélange de peur, de douleur et de panique. Tout me faisait souffrir en permanence. On me nourrissait par perfusion».

« J’ai essayé de dormir. Pour échapper à la douleur et à la peur. Dormir, dormir, dormir » ajoute-t-il en respirant à travers un masque à oxygène. « Pendant trois jours, je ne pouvais même pas me lever. Mes yeux ont dû s'embrumer car je me rappelle que les infirmières m’ont secoué, me demandant si je pouvais toujours les entendre. Après cela, j’étais juste un légume ».

L'Ukraine est dans l'œil du cyclone de la nouvelle vague de Covid-19. Mardi 16 novembre, le pays a enregistré un record de 838 morts, le pire bilan quotidien derrière la Russie.

Un pic qui survient alors que les autorités luttent pour convaincre les Ukrainiens de se faire vacciner. Seul un cinquième de la population l’est entièrement. Sergey Rudenko ne l’était pas, une chose qu’il regrette aujourd’hui.

« Les gens ne sont informés que s’ils sont malades. Ce sera plus facile s’ils sont vaccinés et qu’ils échappent à cette horreur » avance désormais Sergey Rudenko, qui a une femme et deux enfants. « Maintenant que je suis malade et que j'ai ressenti les symptômes, je comprends. Si je l'avais su avant, je me serais fait vacciner».

« Mais je ne peux rien y faire maintenant. Je suis à l’hôpital et je ne peux aller nulle part. Chaque jour, mes enfants me font des dessins et je reçois des lettres de soutien de ma famille. Je passe mon temps à les lire et à rêver de mon retour à la maison. »

« La situation s'améliore »

Dans le but de contenir la vague de Covid-19 dans le pays, des confinements régionaux ciblant les personnes non vaccinées ont été mis en place. À Kiev, les personnes qui ne peuvent présenter une preuve de vaccination ne sont pas autorisées à utiliser les transports publics ou à se rendre dans les restaurants.

Le vice-ministre ukrainien de la Santé, Ihor Kuzin, affirme que la situation sanitaire est en train de s’améliorer. « En ce moment, l’Ukraine est dans une situation épidémiologique compliquée. Nous ne le nions pas [...] mais en Ukraine depuis une semaine ou une semaine et demie, je pense qu'il y a des signes de stabilisation », a déclaré M. Kuzin, soulignant qu’aujourd’hui, plus de personnes se remettent du Covid-19 qu’il n’y en a qui tombent malades.

Le vice-ministre admet que la situation reste critique et que les décès augmenteront avant que la baisse du nombre d'infections ne se traduise par une diminution des entrées dans les hôpitaux. Ihor Kuzin ajoute que le confinement strict joue un rôle crucial dans la maîtrise de la situation.

« Je pense que dans une ou deux semaines, nous pourrions vraiment voir la situation se stabiliser complètement », a-t-il ajouté. « Nous voyons que les régions qui remplissent réellement toutes leurs exigences […] dans la zone rouge commencent à obtenir une stabilisation de la situation ou même une baisse de la courbe. »

La prochaine étape selon lui consiste à augmenter le nombre de personnes vaccinées.

« Personne n’est vacciné dans cet hôpital »

Le docteur Anita Godun, 30 ans fait visiter l'hôpital 4 de Kiev à Euronews. Elle confie que les médecins avaient des doutes sur la survie de Sergey, compte tenu de la gravité de son état, de ses problèmes de poids et d'autres conditions sous-jacentes.

Anita Godun révèle que la situation à l'hôpital est pire qu'à n'importe quel autre moment de la pandémie.

« Cette année est très différente de l'année dernière. Les patients tombent malades beaucoup plus rapidement et plus gravement », une conséquence des nouveaux variants selon elle. « Avant, cela prenait deux ou trois semaines avant que l’état des personnes se dégrade, maintenant, cela ne prend pas plus de sept à dix jours. Maintenant, nous voyons aussi des jeunes mourir même sans aucune comorbidité ».

La médecin explique que même si le nombre d'infections se stabilise en Ukraine, cela ne s'est pas encore ressenti à l'hôpital. Elle espère que Sergey Rudenko sera assez remis pour rentrer chez lui dans quelques semaines et permettre à un nouveau patient de prendre sa place.

Nous avons perdu une femme de 34 ans vendredi dernier. Elle était très jeune et n'avait aucune autre maladie à notre connaissance. Nous n’avons pas pu l'aider. Ses poumons ne pouvaient plus respirer, et c'est terrible de perdre quelqu'un d'aussi jeune.
Anita Godun
Docteure à l'hôpital 4 de Kiev

« Aucun des patients présents ici n’est vacciné. Nous avons eu un couple, qui avait reçu une dose, et ils sont dans un meilleur état que ceux qui n’en ont reçu aucune. Il est clair que bien qu’il soit possible d’être contaminé par le virus en étant vacciné, votre état sera moins sévère ; pour beaucoup, c'est simplement similaire à une grippe ».

Le bâton ou la carotte ?

Récemment, le gouvernement ukrainien a décidé que tous les fonctionnaires et les personnes travaillant dans les crèches, les écoles et les universités devront être vaccinés s'ils veulent venir travailler pendant la période de confinement actuelle.

Cette décision a donné lieu à des manifestations.

Environ un millier de personnes se sont rassemblées à Kiev contre la campagne de vaccination contre le coronavirus.

Mais les restrictions, combinées à une vague d'infections, ont poussé les Ukrainiens à se faire vacciner. Le nombre quotidien d’injections est passé à 300 000 par jour. Néanmoins, les sondages montrent qu'environ 50 % de la population est toujours opposée à la vaccination.

« Le fait est, et c'est vraiment effrayant, qu'un grand nombre de personnes ne veulent pas se faire vacciner » , a déclaré Ihor Kuzin. « Certains ne font pas confiance à la qualité des vaccins, et d'autres ne font pas confiance au gouvernement. Nous avons le plus grand nombre de personnes qui ne veulent pas se faire vacciner. Encore plus élevé qu'en Russie, je pense ».

Il explique que le gouvernement, d'une part, informe sur les avantages des vaccinations et, d'autre part, qu’il est prêt à élargir la liste des employés qui doivent être vaccinés pour y inclure également les salariés des entreprises publiques.

« Nous voulons vacciner complètement 15 millions de personnes d'ici la fin de l'année », a-t-il déclaré, ajoutant que l'Ukraine aimerait vacciner 70 % de sa population d'ici la fin de l'année prochaine.

« Je ne pensais pas que cela serait si grave »

Crédit: Emil Filtenborg
Natalia Kazachkivska, patiente atteinte du COVID avec un masque à oxygèneCrédit: Emil Filtenborg

À l’hôpital 4, Euronews rencontre Natalia Kazachkivska qui a été admise il y a environ une semaine. Elle ne s'est pas faite vacciner parce qu'elle allaitait son fils de 11 mois et elle ne pensait pas que le Covid-19 pouvait être sérieux pour quelqu'un d'aussi jeune qu'elle.

« Je faisais partie de ceux qui ne croyaient pas que le Covid-19 puisse être très grave. Maintenant si. J’ai retardé le moment de venir à l’hôpital jusqu’à ce que je sois quasi inconsciente et que ma fièvre soit si élevée que je ne pouvais pas la faire baisser même avec des médicaments ».

« Les médecins de l’hôpital m'ont sauvée. Je me sens mieux maintenant et j'espère partir bientôt, mais la situation était horrible avant ». Elle montre des images dessinées par son fils aîné de sept ans. Dans l'un d’eux, il a dessiné un grand cœur.

« J'espère juste sortir d'ici très, très vite » confie Kazachkivska, respirant à travers un masque à oxygène.