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Neil Young retire ses chansons de Spotify pour protester contre un podcast antivax

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Par Vincent Coste
Archives : Neil Young, le 29 octobre 2019 à Santa Monica aux Etats-Unis
Archives : Neil Young, le 29 octobre 2019 à Santa Monica aux Etats-Unis   -   Tous droits réservés  Rebecca Cabage/Invision/AP

Papy(punk) fait de la résistance. Neil Young a mis sa menace à exécution. Le chanteur canado-américain a retiré ses chansons de la plateforme de streaming Spotify pour protester contre un podcast ouvertement antivax. A 76 ans, celui qui a plus de 50 albums au compteur, dont le cultissime Harvest, a donc fait ses bagages. Ne restent ce vendredi sur Spotify que quelques titres, essentiellement des lives et des collaborations de la légende de la folk avec d'autres artistes.

"Ils peuvent avoir Rogan ou Young. Pas les deux"
Neil Young

Il y a quelques jours, Neil Young avait lancé un ultimatum en mode "C'est lui ou c'est moi" à Spotify, accusant la plateforme suédoise d'être devenue "un lieu de désinformation potentiellement mortelle sur le Covid" en faisant la part belle au podcast du très controversé Joe Rogan. Ce dernier, antivax notoire, a par exemple expliqué qu'il s'était soigné après avoir contracté le Covid-19 en utilisant de l'ivermectine, un traitement non reconnu, ainsi que des perfusions de vitamines. Le problème, c'est que "The Joe Rogan Experience (JRE)" est le podcast le plus populaire sur Spotify. En moyenne, plus de 11 millions d'auditeurs suivent en effet chaque épisode.

En décembre dernier, un grand nombre de professionnels de santé américains s'étaient alarmés après la diffusion d'un épisode de JRE, où Joe Rogan reçevait le docteur Robert Malone, une personnalité influente dans la mouvance antivax.
Ils avaient adressé une lettre ouverte à Spotify, aujourd'hui signée par plus de 1 300 docteurs et autres professeurs de médecine, en critiquant cette émission précisément "pour avoir promu des théories du complot sans fondement" et le JRE en général qui "a un passé inquiétant de diffusion de fausses informations, en particulier concernant la pandémie de Covid-19".

C'est après avoir relayé cette lettre ouverte sur son site que Neil Young a pris sa décision. Une décision appuyée, note le chanteur, par le fait que l'âge moyen des auditeurs du JRE n'est que de 24 ans. Un âge, ajoute-t-il, où face à l'exposition à des informations "non factuelles, trompeuses et fausses sur le Covid", on est "impressionnable" au point de "facilement basculer du mauvais côté de la vérité".

Tous ces jeunes gens pensent que Spotify ne diffuserait jamais d'informations grossièrement fausses. Ils ont malheureusement tort. Je savais que je devais essayer de le faire remarquer.
Neil Young

Neil Young met en exergue le fait que les jeunes générations, ne s'informent et n'écoutent de la musique qu'en utilisant les plateformes de streaming, où les algorithmes font la loi.

La musique, comme pratiquement tous les supports culturels, livres ou films, sont désormais "consommés" essentiellement de façon dématérialisée. Si de prime abord, l'utilisateur a l'impression de se retrouver devant une montagne de contenus, les aiguillages opérés par les plateformes, via les algorithmes, l'orientent vers les contenus les plus populaires. Ce qui, dans les faits, entraîne une culture, certes globalisée, mais aussi standardisée, donnant une place de choix aux sujets polémiques suscitant plus d'interactions. Et générant donc plus de trafic.

Mais si Neil Young est parti, c'est aussi – et surtout – que Spotify a préféré continuer d'héberger le podcast de Joe Rogan. La plateforme suédoise, qui a toujours expliqué qu'elle "fournissait les tuyaux" et qu'elle n'avait pas de contrôle éditorial sur ses contenus, a en effet passé un "deal" avec Joe Rogan pour qu'il produise un contenu exclusif. Cet accord, qui a donc donné naissance au JRE, a été conclu à hauteur de 100 millions de dollars. Rien que ça.

Pour Neil Young, l'affaire est entendue. Il est donc parti car Spotify propage ainsi "des mensonges vendus contre de l’argent". Avant de claquer la porte, l'interprète des tubes "Heart Of Glod" et "Harvest Moon" comptait 2,4 millions d'abonnés sur la plateforme, où il cumulait également plus de 6 millions d'écoutes par mois. De plus, Spotify représentait 60% de ses revenus générés par le streaming.

L'interprète de "Heart of Gold" et "Harvest Moon" ne semble toutefois pas s'inquiéter du manque à gagner, d'autant plus qu'il a récemment cédé 50% des droits de son catalogue à Hipgnosis, un fonds d'investissement britannique. Cette transaction a été évaluée à 150 millions de dollars par la BBC. L'artiste, pour qui l'éthique et l'intégrité sont primordiales, s'est assuré que cette vente ne serait pas entachée de dérives, comme l'exploitation de ses chansons dans des publicités, avant de la valider.

"They Might Be Lost", présent sur l'album "Barn" de Neil Young & Crazy Horse

Et pour ce qui est du streaming, Neil Young a orienté ses fans vers d'autres plateformes, telles que Apple Music, Amazon Music ou encore Qobuz, où son répertoire est toujours disponible. Toute sa discographie, dont son dernier album en date "Barn", est également écoutable en ligne sur son site web moyennant un abonnement.