Mondial 2022 : des personnalités critiques à l'égard du Qatar espionnées

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Par Euronews  avec AFP
L'Emir du Qatar, le Cheikh Tamim bin Hamad Al Thani à Doha, le 16 mai 2019
L'Emir du Qatar, le Cheikh Tamim bin Hamad Al Thani à Doha, le 16 mai 2019   -   Tous droits réservés  Kamran Jebreili/Copyright 2019 The AP. All rights reserved.

Des journalistes, des avocats ou encore l'ancien patron du foot européen Michel Platini et une sénatrice française ont été les cibles de hackers embauchés afin de protéger la réputation du Qatar dans le cadre de l'organisation du Mondial 2022, révèle une enquête publiée dimanche dans le Sunday Times.

Ces personnalités ont été visées pour leurs enquêtes ou leurs prises de positions critiques sur l'attribution et l'organisation de la Coupe du monde de football par le Qatar, qui débutera le 20 novembre, sur fonds d'appels au boycott de la compétition.

Le pays est notamment mis en cause pour le traitement des travailleurs sur les chantiers liés à la compétition ou le respect des droits des femmes et des personnes LGBT.

Parmi les cibles de ces hackers se trouvent notamment des journalistes, comme celui du Sunday Times Jonathan Calvert, qui avait enquêté sur les manœuvres de corruption ayant mené à l'attribution de l'épreuve au Qatar en 2010, une sénatrice française, Nathalie Goulet, qui avait accusé le Qatar de financer "le terrorisme islamique", ou l'avocat américano-hongrois Mark Somos ayant déposé plainte contre la famille royale du Qatar devant le Haut conseil des Nations unies pour les droits de l'homme.

L'ancien président de l'UEFA, Michel Platini, grand défenseur de la candidature du Qatar pour organiser le Mondial, aurait aussi été espionné. Cela se serait produit peu avant qu'il ne soit entendu par la justice française dans le cadre d'une enquête sur les soupçons de corruption dans l'attribution de la Coupe du monde à ce pays du Golfe.

En réaction aux affirmations du journal anglais, M. Platini s'est dit "surpris et profondément choqué", dans un communiqué transmis à l'AFP.

L'ancien capitaine de l'équipe de France étudie "toutes les suites judiciaires qu'il est déterminé à donner -si les informations du Sunday Times sont exactes -, à ce qui apparaît être une violation manifeste et crapuleuse de sa vie privée", est-il précisé.

Intermédiaires

Selon les données récupérées par le Sunday Times et le Bureau of Investigative Journalism cette année, c'est à partir de 2019 qu'ont débuté ces opérations de piratage des boîtes mails ou de prise de contrôle à distance des micros et caméras des ordinateurs d'une cinquantaine de personnalités, réalisées par un groupe de hackers indiens.

"L'enquête indique clairement que le client (des hackers) est l'hôte de la prochaine Coupe du Monde : le Qatar", écrivent les journalistes.

Le recours au groupe indien de hackers aurait été fait par l'intermédiaire d'anciens officiers de police ou du renseignement britanniques, travaillant désormais dans le secteur privé, détaille l'enquête du Sunday Times.

Des avocats du gouvernement qatari, interrogés par le journal, ont démenti l'implication du Qatar dans cette vaste opération de hacking.

Au-delà du Qatar, l'enquête du Sunday Times révèle de nombreux autres cas de hacking de personnalités réalisées par le même groupe indien, pour le compte de cabinets d'avocats anglais ou de régimes autocratiques.

Le président suisse Ignazio Cassis a ainsi été ciblé juste après un entretien dévolu aux sanctions contre la Russie avec Boris Johnson lorsque ce dernier était Premier ministre du Royaume-Uni, tout comme Philip Hammond quand il était ministre des Finances britannique et alors qu'il faisait face aux retombées des empoisonnements russes au novichok au Royaume-Uni.

Un oligarque ayant fui la Russie aurait aussi été visé à la demande d'un cabinet d'avocat londonien travaillant pour l'État russe.