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La Chine, médiateur de paix crédible entre la Russie et l'Ukraine ?

Statues de cire du président russe Vladimir Poutine et du président chinois Xi Jinping à Saint-Pétersbourg en Russie, le 17 mars 2023
Statues de cire du président russe Vladimir Poutine et du président chinois Xi Jinping à Saint-Pétersbourg en Russie, le 17 mars 2023 Tous droits réservés Dmitri Lovetsky / AP
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Par Alexandra Leistner
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Les responsables politiques occidentaux appellent la Chine à faire pression sur Moscou et à aider à mettre fin à la guerre en Ukraine. Mais alors que ses autorités ont présenté leur plan de paix, peuvent-elles et veulent-elles réellement jouer ce rôle ?

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La Chine s'affirme neutre à l'égard de la guerre en Ukraine. Dans le même temps, le président chinois Xi Jinping s'est rendu fin mars à Moscou pour une longue rencontre avec Vladimir Poutine, criminel de guerre présumé. Une ambivalence qui interroge.

Dans un article publié par les médias d'État russes au début du voyage de Xi Jinping, le président chinois a qualifié sa visite de "voyage d'amitié, de coopération et de paix" et a promis d'ouvrir "un nouveau chapitre" de relations bilatérales. Pékin a "toujours adopté une position objective et impartiale" sur l'Ukraine et a "activement encouragé les pourparlers de paix", peut-on lire.

Après la médiation réussie de la Chine auprès des deux ennemis jurés que sont l'Arabie saoudite et l'Iran, la paix en Ukraine constituera-t-elle le prochain succès remporté par la diplomatie chinoise ? Les représentants de l'Union européenne et de l'OTAN pressent Pékin de jouer un rôle proactif et de faire pression sur Moscou. Quelle peut être la probabilité de réussite d'une telle démarche ?

Qu'est-ce qui lie la Chine et la Russie ?

En plus d'une longue histoire en tant que pays voisins et d'une frontière de près de 4 200 kilomètres, il existe de nombreux liens entre la Russie et la Chine. "Il est donc tout à fait logique que la Chine, par le biais de négociations et par son alliance avec la Russie, avec Vladimir Poutine, fasse en sorte qu'il n'y ait pas de problèmes au moins à cette frontière," explique à Euronews, le professeur Hans van de Ven, professeur d'histoire de la Chine moderne à l'Université de Cambridge.

Sur la scène politique mondiale, la Chine et la Russie sont liées par leur opposition aux États-Unis et leur rejet de l'OTAN et du modèle démocratique occidental. À cela s'ajoutent des intérêts économiques communs : la Chine importe des matières premières, la Russie dépend de l'importation de produits et de composants de haute technologie en provenance de Chine, nous indique Saskia Hieber, maître de conférences en politique internationale, spécialisée dans la région Asie-Pacifique à l'Académie de formation politique de Tutzing.

Mais ce lien particulièrement fort entre ces deux pays repose avant tout sur la relation étroite entre leurs présidents, explique Steven Tsang, politologue et directeur du SOAS China Institute à Londres. "Il y a un lien personnel très fort, ainsi qu'un respect et une admiration mutuels entre Vladimir Poutine et Xi Jinping," assure-t-il.

Dmitry Serebryakov / AP
Des poupées russes à l'effigie des présidents chinois et russe dans un magasin de souvenirs à Moscou, le 21 mars 2023Dmitry Serebryakov / AP

Quel rôle la Chine a-t-elle joué dans la guerre en Ukraine jusqu'à présent ?

Concernant la guerre en Ukraine, la Chine s'est livrée à un exercice d'équilibre. En se déclarant dans une certaine mesure "neutre" tout en restant proche de Vladimir Poutine, le président chinois a créé "inévitablement une distance entre eux et les États-Unis", mais a conservé, en même temps, une posture qui "ne s'aliène pas totalement les pays européens" selon le professeur van de Ven qui évoque une "manœuvre complexe".

Le 24 février dernier, la Chine avait présenté un plan en douze points pour la paix en Ukraine. L'UE a critiqué le fait qu'il ne comportait pas de "distinction entre l'agresseur et la victime", mais que les parties soient mises sur un pied d'égalité, a déclaré le Haut Représentant de l'UE pour les Affaires étrangères Josep Borrell alors que la guerre arrivait au terme de sa première année.

Saskia Hieber juge le document chinois "relativement peu concret". Il a été "perçu à Moscou avec une distance attentive" selon la spécialiste de la Chine.

Les avis des experts divergent sur ce que Pékin évoque dans le premier point, à savoir le respect de la souveraineté de tous les pays. Alors que Saskia Hieber y voit une formulation claire selon laquelle la Chine demande à Moscou de respecter le territoire ukrainien, le politologue Steven Tsang estime lui que "le document se contente de dire que l'intégrité territoriale doit être respectée, sans préciser de qui il s'agit".

D'où vient l'initiative de ce nouveau rôle de la Chine en tant que médiateur de paix ?

Début mars, l'Arabie saoudite et l'Iran ont déclaré vouloir rétablir leurs relations diplomatiques après plusieurs années de forte tension. Ce rapprochement des ennemis jurés, crucial pour le Moyen-Orient, a été négocié en Chine, à l'initiative du président chinois.

"Xi Jinping tente de trouver un nouveau rôle pour la Chine dans le monde", explique Hans van de Ven. Dans cette même logique, elle se présente comme médiateur dans la guerre en Ukraine, une démarche inédite car c'est en effet, la première fois qu'elle s'immisce ainsi dans la politique européenne.

L'historien estime qu'une ingérence directe dans la guerre - la Chine parle de "crise" dans son plan en douze points - est peu probable, même si les États-Unis ont des indices selon lesquels elle pourrait fournir des armes à la Russie. Selon Steven Tsang, l'attitude de Pékin s'explique avant tout, par sa volonté de jouer un rôle proactif dans la paix.

Si l'UE s'attend à ce que Xi Jinping joue réellement un rôle de pacificateur, je pense qu'elle fait fausse route
Steven Tsang
Directeur du SOAS China Institute de Londres

La Chine a certes, intérêt à ce que l'économie mondiale, les relations commerciales internationales et les chaînes d'approvisionnement fonctionnent, mais elle souhaite par principe, rester en dehors de la guerre en Ukraine selon Saskia Hieber.

Pékin peut-elle réellement assurer un rôle de médiateur ?

Selon Hans van de Ven, tant que ni l'Ukraine, ni la Russie ne sont prêtes à discuter de la paix et à chercher une solution sur le champ de bataille, la Chine ne peut pas non plus jouer un rôle dans le processus de paix. "Je pense que les discussions ne sont tout simplement pas une option pour le moment," déclare-t-il.

Saskia Hieber est également de cet avis : la Chine s'est certes engagée en faveur de la paix et des négociations, mais elle ne tient pas compte de la position de Moscou "selon laquelle il n'est pas possible à l'heure actuelle, de renoncer aux hostilités et aux actes de guerre", dit-elle.

Les autorités chinoises ne peuvent pas jouer un rôle de médiateur "parce qu'elles ne condamnent pas la guerre, qu'elles se rangent du côté de Moscou et qu'elles ne disent pas ouvertement qu'il s'agit d'une guerre d'agression, d'une guerre d'agression illégale", poursuit-elle.

Mettre un terme à la guerre présente un autre intérêt pour Pékin : l'expertise chinoise pourrait jouer un rôle important dans la reconstruction de l'Ukraine.

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La Chine pourrait jouer un rôle positif si elle le souhaite, elle est très bien placée pour cela du fait de ses capacités à réaliser des projets de grande envergure et à les livrer rapidement
Hans van de Ven
Professeur d'histoire de la Chine moderne à l'Université de Cambridge

Mais si la Chine pourrait de cette manière, tirer profit de l'après-guerre, une position de leader dans la reconstruction et une présence en Ukraine "susciteraient toutes sortes de nouvelles craintes" en Europe, estime l'historien.

Dans quelle mesure Pékin peut-elle faire pression sur Moscou ?

Ni l'Union européenne, ni les États-Unis ne peuvent jouer le rôle de médiateur, a déclaré le Haut Représentant de l'UE pour les Affaires étrangères Josep Borrell au quotidien espagnol El Mundo. "La diplomatie ne peut pas être uniquement européenne ou américaine, la diplomatie chinoise a également un rôle à jouer ici," a-t-il ainsi déclaré.

Le secrétaire général de l'OTAN Jens Stoltenberg a lui aussi accru la pression sur Pékin. "La Chine doit commencer à comprendre la perspective de Kyiv et établir un contact avec le président Volodymyr Zelensky si elle se soucie sérieusement de la paix," a-t-il indiqué. "Pékin, au contraire, n'a pas condamné l'invasion illégale menée par la Russie," a-t-il souligné.

Quelle est la probabilité que Pékin fasse davantage pression sur Moscou pour mettre rapidement fin à la guerre ?

Saskia Hieber parle d'un "énorme dilemme" dans lequel la guerre en Ukraine a placé la Chine. Le pays n'est ni intéressé par le fait d'avoir en Russie, un voisin fort et victorieux qui remporte la guerre de manière triomphale, ni par le fait que celle-ci subisse un échec cuisant et sorte totalement affaiblie de la guerre, selon la spécialiste, d'où l'initiative de négociations pacifiques, d'après elle.

"Si l'UE s'attend à ce que Xi Jinping joue réellement un rôle de pacificateur, je pense que l'UE fait fausse route," renchérit Steven Tsang. Selon lui, le simple fait que le président chinois se rende en Russie pour une visite d'État, qu'il rencontre Vladimir Poutine sur plusieurs jours et que peut-être, il échange de manière virtuelle avec le président Volodymyr Zelensky, montre que Xi Jinping ne cherche pas à trouver une solution impartiale.

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