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La crise gabonaise, nouveau défi pour la stratégie de la France en Afrique

Emmanuel Macron reçoit le président gabonais Ali Bongo à l'Elysée, juin 2023.
Emmanuel Macron reçoit le président gabonais Ali Bongo à l'Elysée, juin 2023. Tous droits réservés Rafael Yaghobzadeh/Copyright 2023 The AP. All rights reserved.
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Par Andrew Naughtie
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Cet article a été initialement publié en anglais

Le renversement du président Ali Bongo, fidèle allié de Paris, rebat à nouveau les cartes de la stratégie africaine de Paris, obligée de marcher sur des œufs.

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Après le renversement du président gabonais Omar Bongo, à la tête depuis 2009 de l'État d'Afrique centrale, la Première ministre française Élisabeth Borne a annoncé que la France suivait "avec la plus grande attention" le putsch en cours, son gouvernement condamnant au passage le soulèvement contre ce vieil allié de Paris.

Après le Niger fin juillet, le Gabon est lui aussi confronté à un coup d'État. Ces trois dernières années, six États africains (le Mali, le Tchad, la Guinée, le Burkina Faso en plus des deux premiers cités) ont connu des renversement du pouvoir.

L'attitude de Paris, ancienne puissance coloniale, est depuis scrutée. Lors d'une tournée dans plusieurs pays francophones au printemps, Emmanuel Macron avait promis que l'ère trouble de l'ingérence française en Afrique - parfois appelée par dérision "Françafrique" - était révolue.

Emmanuel Macron s'était rendu en mars dernier au Gabon pour participer à un sommet sur la protection des forêts tropicales, et avait dîné avec son homologue Ali Bongo. "J'ai parfois le sentiment que les mentalités n'ont pas évolué autant que nous l'avons fait, quand je lis, j'entends et je vois des gens prêter à la France des intentions qu'elle n'a pas, qu'elle n'a plus", avait alors déclaré le président français.

"On semble aussi attendre encore de la France des positions qu'elle refuse de prendre, et j'en prends toute la responsabilité. Au Gabon comme ailleurs, la France est un interlocuteur neutre qui parle à tout le monde et dont le rôle n'est pas de s'immiscer dans les échanges politiques internes". Comme un plaidoyer à l'attention de ceux qui, au Gabon ou en Afrique de l'Ouest, ne l'entendent pas de cette oreille.

AFP
Des habitants brandissent et brandissent un drapeau national gabonais alors qu'ils célèbrent à Libreville le 30 août 2023 après le coup d'État militaire.AFP

Intérêts français malmenés

La France a actuellement des centaines de soldats déployés en permanence au Gabon, qui, comme d'autres anciennes colonies françaises de la région, utilise le Franc CFA, une monnaie indexée sur l'euro et soutenue par des garanties du Trésor français.

La société minière française Eramet est le deuxième employeur privé du Gabon où elle emploie 8 000 salariés en direct ou en sous-traitance, et exploite le manganèse, une des 23 matières premières critiques identifiées par l'Union européenne.

Pendant le premier mandat d'Emmanuel Macron, l'influence militaire et politique de la France s'est manifestée dans ses anciennes colonies africaines, y compris lorsqu'il s'agissait de faciliter ou d'éviter des transitions violentes du pouvoir, comme lorsque les forces françaises sont intervenues pour stopper les rebelles dans le nord-est du Tchad en 2019. Le président de l'époque Idriss Déby, que Paris avait soutenu lors d'un précédent putsch, était alors resté au pouvoir.

Le front le plus difficile de l'implication française a peut-être été son long engagement militaire au Mali, où elle a mené une opération militaire de près de dix ans pour combattre une insurrection djihadiste qui a depuis fait tâche d'huile dans d'autres pays de la région.

L'opération s'est achevée en 2022 après la montée en puissance d'une junte militaire qui, selon la France et ses alliés, avait causé de "multiples obstructions" à la mission.

AFP
La chaîne nationale Gabon 24 diffuse le discours des militaires qui ont pris le pouvoir le 30 août 2023, en annonçant qu'ils « mettaient fin au régime actuel ».AFP

Le facteur russe

Depuis plusieurs années, Paris fait face à un double impératif dans plusieurs pays africains : repousser voire simplement contenir la menace djihadisme - en particulier au Mali - ainsi que l'influence grandissante de Moscou.

Alors que la Russie livre des armes à certains pays depuis deux décennies, ses mercenaires notoirement violents sont à présent bien implantés, comme en Centrafrique ou au Mali.  Et le défi lancé par la Russie à l'influence européenne et française est de plus en plus visible. Au début du récent coup d'État au Niger, des drapeaux russes ont été aperçus dans les rues de la capitale, Niamey, de même que des affiches sur lesquelles on pouvait lire "À bas la France, vive Poutine !"

Cependant, comme l'a expliqué Alex Vines, de Chatham House, à Euronews à l'époque, "il n'est pas difficile de distribuer quelques drapeaux russes. Et l'affichage de drapeaux russes est davantage l'expression d'un sentiment anti-occidental, en particulier anti-français, qu'un soutien à la Russie en tant que telle".

Mais quel que soit le véritable rôle de la Russie au Niger ou ailleurs dans ce que les critiques appellent la "Françafrique", la France est rarement, voire jamais, considérée comme l'"interlocuteur neutre" que Macron aspirait encore à incarner il y a encore quelques mois.

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