Le Rocher s'est doté d’un consulat honoraire d'Ukraine, qui accompagne les ressortissants ukrainiens dans leurs démarches administratives et leur quotidien en Principauté, tout en coordonnant l'aide humanitaire vers le pays, victime de l'agression russe.
La Principauté de Monaco renforce son soutien aux Ukrainiens : depuis le 7 janvier, un consulat honoraire dirigé par Alexandre Caracchini accompagne les ressortissants ukrainiens et coordonne l'aide humanitaire ainsi que les investissements vers le pays.
En 2024, 319 Ukrainiens titulaires d'une carte de séjour résidaient à Monaco, dont 275 déplacés depuis le début de l'invasion russe, selon l'Institut monégasque de la statistique et des études économiques (Imsee). Ce chiffre ne tient pas compte de nombreux locataires non-résidents.
"Beaucoup d'Ukrainiens louent un appartement à Monaco sans demander de carte de résident", explique Alexandre Caracchini à Euronews. "Pour certains, l'inscription de Monaco sur la liste grise du Groupe d'action financière* jusqu'en juin 2027 a compliqué les démarches. D'autres n'ont pas les fonds pour ouvrir un compte bancaire. À cela se sont ajoutées ces dernières semaines des demandes d'Ukrainiens vivant à Dubaï qui souhaitent s'installer ici."
Accompagner les Ukrainiens dans leur quotidien
Une nouvelle adresse qui permet de renforcer l'engagement de la Principauté en faveur de l'Ukraine. "Monaco soutient Kyiv dans son combat pour son indépendance et son intégrité territoriale et a notamment participé à la réunion d'urgence qui avait eu lieu aux Nations unies en mars 2022", précise le consul honoraire.
Il ajoute que "l'État a pris des décisions ministérielles pour geler les avoirs des Russes en Principauté, conformément aux engagements internationaux et aux mesures adoptées par l’Union européenne".
Contrairement à un consulat officiel, une antenne honoraire sert avant tout de relais pour les ressortissants et ne dispose pas de toutes les prérogatives administratives. Pour les démarches lourdes – délivrance de passeports, cartes d'identité ou visas – les Ukrainiens devront toujours se rendre à Paris.
La mission monégasque les accompagne toutefois dans leurs démarches quotidiennes. "Nous avons reçu de nombreuses demandes : ouverture de comptes bancaires, inscriptions scolaires pour des familles récemment installées – j'écris directement aux directeurs des établissements –, questions sur les voyages scolaires à l'étranger, ou encore couples mariés pendant la guerre dont les épouses ukrainiennes souhaitent récupérer leurs papiers depuis Monaco. Nous disposons de liens privilégiés pour effectuer ces démarches rapidement", assure Alexandre Caracchini.
Relais humanitaire
Au-delà des démarches administratives, l'antenne monégasque entend coordonner l'aide humanitaire et les associations actives en Ukraine depuis le début du conflit.
"Je suis frappé par le nombre de personnes qui veulent s'associer au consulat et aider. Beaucoup sont elles-mêmes ukrainiennes et ont vécu la guerre, certaines venant de l'est du pays l'ayant connue deux fois : d'abord en 2014 lors des attaques sur Donetsk et Louhansk – ces personnes avaient alors fuit vers Kyiv. Et la deuxième, lorsque le conflit s'est étendu à tout le pays", rappelle Alexandre Caracchini.
Parmi les besoins les plus urgents figurent les générateurs et groupes électrogènes. La plupart des Ukrainiens vivent au rythme des coupures de courant provoquées par les attaques régulières des forces russes contre les infrastructures énergétiques du pays.
"Nous travaillons avec la Croix-Rouge monégasque et l'Association Franco-Ukrainienne Côte d'Azur (AFUCA) et l’association Monaco-Ukraine, qui lèvent de fonds pour des générateurs. Beaucoup d'installations énergétiques ukrainiennes sont endommagées… Il fait 6 ou 7 degrés dans les maisons, c’est comme dormir dehors", alerte le consul honoraire.
D'autres organisations se concentrent sur le domaine médical. "La Fondation Savchuk, par exemple, est très mobilisée dans la lutte contre le cancer chez les enfants et organise des expositions d'art et des ventes aux enchères pour financer les soins", signale le consul honoraire. La Dopomogator Charitable Foundation, créée par Olena Chernovolova, récemment installée à Monaco avec sa famille, fournit des prothèses bioniques aux civils et militaires victimes de la guerre. "C'est un projet exceptionnel : chaque personne aidée a une histoire particulière. C'est une organisation avec laquelle nous avons beaucoup travaillé et qui me touche particulièrement", ajoute Alexandre Caracchini.
Une nouvelle association, "Les Amis de l'Ukraine", est également en cours de création pour soutenir les événements organisés par le consulat et faciliter la collecte de fonds.
"La reconstruction de l'Ukraine, c'est dès aujourd'hui"
Le nouveau consul honoraire ambitionne également de préparer l'après-guerre. Ancien développeur immobilier, il mobilise son carnet d'adresses et la position stratégique de Monaco pour mettre en relation investisseurs internationaux et acteurs locaux.
"Je voyage régulièrement en Ukraine et j'ai fait beaucoup de rencontres : des Américains présents depuis le début, mais aussi des Français, qui sont les plus nombreux parmi les investisseurs européens sur place. Et Monaco, c'est vraiment unique : la Principauté fait 2,02 km², mais on y trouve une concentration d'entrepreneurs venus du monde entier, ayant réalisé des projets remarquables dans tous les secteurs. Ces entrepreneurs ont un réel appétit pour les opportunités, et ils savent que l'Ukraine dispose d'un accès à la mer, de sources d'énergie, de terres rares, etc. Moi, j'arrive à mettre en relation les personnes et les projets, et à identifier qui pourrait être intéressé par tel ou tel investissement", confie Alexandre Caracchini.
En plus du logement, les besoins concernent également les infrastructures de transport, l'agriculture, la logistique et la tech. La plupart des projets sont déjà en cours d'étude, indique Alexandre Caracchini : "La reconstruction de l'Ukraine ne commencera pas une fois la guerre terminée, elle commence dès aujourd'hui. On ne peut pas attendre : il y a beaucoup à faire".
"Mieux vaut avoir réalisé toutes les études et obtenu les permis nécessaires pour pouvoir agir immédiatement plutôt que de repartir de zéro après la fin du conflit", souligne-t-il.
*Le Groupe d'action financière (GAFI) lutte contre le blanchiment d'argent et le financement du terrorisme – Euronews.