Les Troisgros, artistes de la cuisine, devant la caméra de Frederick Wiseman

"Menus plaisirs -Les Troisgros"
"Menus plaisirs -Les Troisgros" Tous droits réservés Météore Films / Zipporah Films
Par Frédéric PonsardDavid Mouriquand
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Le grand documentariste Frederick Wiseman livre avec "Menus plaisirs - Les Troisgros" un documentaire fascinant sur la vie d'un restaurant 3 étoiles mondialement connu.

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L'Institut Lumière de Lyon, sur les lieux même de naissance du Cinématographe, a accueilli un immense cinéaste, peut-être le plus grand documentariste vivant, Frederick Wiseman, presque 50 films à son actif, venu présenter en personne, à 93 ans, son nouveau film "Menus plaisirs, Les Troisgros", tourné dans la région Auvergne-Rhône-Alpes, à une centaine de kilomètres de Lyon près de Roanne dans la Loire

La cuisine, tout un art

A Ouches, "Le Bois Sans Feuilles" est devenu le temple de la gastronomie sous la houlette de Michel Troisgros, héritier de son père et de son grand-père, fondateur du premier restaurant, avec l'aide de sa femme Marie-Pierre, de sa fille Marion et de son fils César, son autre fils Léo reprenant "La Colline du Colombier", dans le proche petit village d'Iguerande.

Frederick Wiseman était venu en Bourgogne, non loin de Roanne séjourné chez des amis et, pour les remercier de leur accueil, a choisi un grand restaurant proche de chez eux. Ce fut "Le Bois Sans Feuilles". Le repas fut délicieux, évidemment, et au cours du repas, comme de tradition, Michel Troisgros est venu voir si les clients étaient satisfaits. A ce moment-là, le cinéaste a demandé si il était intéressé pour qu'il fasse un film sur son restaurant. Après avoir consulté Wikipédia, Troisgros est revenu rapidement pour lui dire qu'il acceptait sans condition !

"Je pense que les Troisgros, César et Michel, sont des artistes. Ce que l'on voit, c'est leur art en train de se produire, même s'il est éphémère et consommé rapidement. Ils sont, dans tous les sens du terme, des artistes à l'instar des peintres ou les écrivains."
Frederick Wiseman
cinéaste

Dans la peau de Troisgros

Il passa ainsi plusieurs semaines dans l'établissement, une cantine de rêve. Le cinéaste octogénaire américain a près de 50 films à son actif. Beaucoup portent sur les grandes institutions, entités et organisations américaines, de la sécurité sociale ("Welfare") à New York Public Library ("Ex Libris"), en passant par des quartiers de New-York ("Central Park", "In Jackson Heights"). Il a également tourné plusieurs films en France, en particulier sur les grandes maisons que sont l'Opéra de Paris ou la Comédie-Française. Ici, il s'est attaqué à un monument de la cuisine, 3 étoiles au Michelin, et listé régulièrement dans le Top 10 des meilleurs restaurants du monde.

Le résultat est magistral. Avec la longueur en bouche d'un repas gastronomique, en 4 petits heures, Frederick Wiseman réussit à nous faire comprendre la vie au quotidien d'un restaurant 3 étoiles comme Troisgros, de la quête du bon légume et de la bonne herbe au marché, en passant par le potager ou l'éleveur de bovin qui choisit les carrés d'herbe à brouter, jusqu'à la cuisine bien sûr, coeur battant du restaurant et qui de concert, en batteries, s'agite, s'affaire et se décarcasse pour proposer chaque jour les meilleurs plats, avec les meilleures aliments à leur clientèle, dernière étape et jugement ultime de la qualité du travail accompli aux fourneaux.

"Les documentaires sont une forme de sport"

Comme dans tous ces films, pas de commentaires, pas d'interviews ni de sons ou musiques additionnelles. Il donne au spectateur l'expérience de la durée et, à la manière d'un peintre impressionniste ajoute par touches successives des couleurs et des détails de la vie du restaurant pour nous livrer, au final, un portrait ressemblant et presque hyperréaliste de ce qu'il se passe dans la maison Troisgros.

Et, comme pour tous ces films, Frederick Wiseman écrit, filme et monte lui-même tous ces films. Une manière de s'immerger totalement dans son sujet et se mettre au diapason de ses personnages.

"Tous les aspects du tournage étaient un plaisir pour moi parce que c'était du travail. Moi j'ai vu leur travail, et c'était dur aussi de tourner un film comme ça parce que l'on travaille douze heures par jour ! Et après, quand on revient à la maison, on voit les rushes et on peut dire que les documentaires sont une sorte de sport, et on doit être dans un bon état, physiquement."
Frederick Wiseman
cinéaste

Le résultat est à la hauteur d'un repas 3 étoiles : finesse, saveur, excellence et variété.

Le film a été ovationné à Venise, et est sorti sur les écrans français depuis le 20 décembre. Un festin de Noël avant l'heure !

Video editor • Frédéric Ponsard

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