Vous voulez que la COP28 soit un succès ? Écoutez la science et les communautés vulnérables, disent les militants

Un homme regarde la rivière Beas en crue suite à de fortes pluies à Kullu, Himachal Pradesh, Inde.
Un homme regarde la rivière Beas en crue suite à de fortes pluies à Kullu, Himachal Pradesh, Inde. Tous droits réservés AP Photo/ Aqil Khan
Par Rosie Frost
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Cet article a été initialement publié en anglais

Les pertes et dommages, la représentation équitable, la justice et l'action concrète figurent en tête de l'ordre du jour de nombreux participants à la COP28.

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Aux côtés de centaines de dirigeants mondiaux, du pape et du roi Charles III, des milliers d'activistes, de militants, de responsables communautaires, d'organisations à but non lucratif et d'ONG se rendent cette semaine à la COP28.

Avec la promesse d'une "conférence des Nations unies sur le changement climatique la plus inclusive à ce jour", ils espèrent faire entendre leur voix sur les plus grands défis auxquels le monde est confronté.

Pour beaucoup, la justice climatique, la représentation équitable et le financement des communautés vulnérables seront les critères de réussite à Dubaï. Mais, alors que la controverse sur l'influence des combustibles fossiles s'intensifie, qu'est ce qui ferait de la COP28 une réussite, et est-ce encore possible ?

La COP28 doit tenir compte des appels des peuples autochtones

Les attentes des peuples autochtones sont claires, selon Joseph Itongwa, coordinateur régional du Réseau des peuples autochtones et locaux pour la gestion des écosystèmes forestiers d'Afrique centrale (REPALEAC).

"Il faut donner la priorité à nos droits, sauvegarder les territoires traditionnels et aligner les fonds climatiques sur les engagements de la promesse de Glasgow", affirme-t-il.

Cet engagement, pris lors de la COP26 à Glasgow en 2021, a vu les pays réaffirmer le devoir des nations développées de fournir aux nations en développement, des fonds pour le climat. L'accès direct à ces fonds, conformément aux engagements de cette promesse de Glasgow, doit être mis en pratique cette année, indique Joseph Itongwa.

"En tant que leader autochtone de la RDC (République démocratique du Congo), qui envisage un avenir durable, je demande instamment à la COP28 de tenir compte des appels des peuples autochtones", déclare Joseph Itongwa. 

Pour lutter efficacement contre le changement climatique, il faut valoriser les savoirs traditionnels autochtones, sécuriser les territoires et nous soutenir en tant que gardiens.
Joseph Itongwa
Coordinateur régional pour REPALEAC

Joseph Itongwa souligne le rôle spécifique des femmes autochtones dans la conservation de la biodiversité, comme les femmes qui travaillent déjà dans le bassin du Congo pour préserver la forêt et la biodiversité. Ces femmes d'Afrique centrale ont besoin d'un financement direct pour renforcer leurs initiatives locales.

Selon Joseph Itongwa, il est essentiel de veiller à ce que les voix d'un large éventail de communautés autochtones soient prises en compte dans les négociations et les décisions si l'on veut préserver la santé de la planète.

"Pour lutter efficacement contre le changement climatique, il faut valoriser les savoirs traditionnels autochtones, sécuriser les territoires et nous soutenir en tant que gardiens", ajoute-t-il.

Les voix de la science et de la jeunesse

Emma Heiling est la fondatrice et la directrice générale de ClimaTalk, une organisation à but non lucratif dirigée par des jeunes qui démystifie la politique climatique et donne aux jeunes les moyens de lutter contre le changement climatique. L'organisation internationale se rend à Dubaï dans le but de rendre la COP28 aussi accessible et compréhensible que possible pour les jeunes et de les encourager à s'impliquer dans la politique climatique internationale.

"Pour nous, la COP28 serait un succès si ce n'était pas la force des lobbies, le pouvoir de l'argent et la myopie des politiques, mais plutôt les voix de la science, des jeunes et des habitants des régions les plus touchées qui en déterminaient l'issue", explique Emma Heiling.

Elle insiste sur la nécessité d'une justice intergénérationnelle, d'une justice climatique et sur le fait que les pays les plus responsables de la crise climatique doivent être le fer de lance d'un changement systémique lors de la conférence des Nations unies sur le climat.

"Cela inclut le fait de rendre le fonds pour les pertes et dommages opérationnel, un engagement à soumettre de nouvelles CDN (contributions déterminées au niveau national) qui s'alignent sur les objectifs de l'Accord de Paris, des mesures significatives pour transformer les systèmes alimentaires et énergétiques, un engagement clair à éliminer progressivement tous les combustibles fossiles", ajoute Emma Heiling, "et l'inclusion active des perspectives des jeunes tout au long du processus de prise de décision."

Justice et compassion

Face à la nécessité croissante d'une représentation accrue des pays du Sud et des communautés vulnérables en première ligne de la crise climatique, un groupe de dix jeunes des Caraïbes se rendra à Dubaï pour faire entendre la voix de leurs communautés, lors de la COP28.

Certains d'entre eux sont les seuls représentants de leurs îles à la conférence des Nations unies sur le climat.

Pour Riddhi Samtani, membre de la Caribbean Climate Justice Leaders Academy de Sint Maarten, il est urgent de s'assurer que le fonds des pertes et dommages est opérationnel à Dubaï.

"Notamment, les pays et territoires non souverains, comme mon pays d'origine, n'ont actuellement pas accès à ce fonds, d'où la nécessité de se pencher sur les critères et les mécanismes d'allocation des fonds", explique Riddhi Samtani.

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"Pay" pour réclamer des réparations pour les pertes et dommages subis lors du sommet climatique des Nations unies COP27 l'année dernière.
"Pay" pour réclamer des réparations pour les pertes et dommages subis lors du sommet climatique des Nations unies COP27 l'année dernière.AP Photo/Peter Dejong, File

Au début du mois, un projet de mise en œuvre du fonds pour les pertes et préjudices a finalement été approuvé lors de discussions préalables à la COP, à Abou Dhabi. Il devrait être officiellement adopté lors de la COP28 et a été présenté comme une avancée majeure pour ceux qui attendent ce financement depuis des années.

Mais son succès reste en suspens, car les pays du Nord et du Sud en règlent les détails.

"En fin de compte, le succès de la COP28 ne sera pas seulement mesuré par des accords sur papier, mais par des actions et des résultats tangibles qui nous conduiront vers un avenir plus durable, plus équitable et plus résistant au changement climatique", conclut Riddhi Samtani.

Kerese Elliot, du Suriname, ajoute qu'une conférence réussie serait celle qui garantirait que "les participants passent à l'action une fois rentrés chez eux, car le véritable combat se déroulera après la COP28".

Il s'agit notamment pour les dirigeants mondiaux de mettre en œuvre des politiques qui profitent non seulement à leur pays, mais aussi à la mission climatique mondiale, ainsi que des objectifs réalistes fixés par les ONG pour lutter contre le changement climatique.

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Ce succès ne se limite pas à des ajustements politiques, mais signifie un changement de paradigme, envisageant un monde où la justice et la compassion gouvernent nos actions.
Yemi Knight
Membre de l'Académie des leaders de la justice climatique des Caraïbes (Barbade)

"Ce succès ne se limite pas à des ajustements politiques, mais signifie un changement de paradigme, envisageant un monde où la justice et la compassion gouvernent nos actions", ajoute Yemi Knight, membre de l'Académie des leaders pour la justice climatique des Caraïbes, originaire de la Barbade.

La COP28 peut-elle être un succès ?

Le scepticisme règne également quant à la capacité de la COP28 à réussir dans son format actuel.

Sage Lenier, jeune activiste américaine et éducatrice en matière de climat, se rend à Dubaï pour tenter de faire connaître les coulisses du processus de la COP.

"Pour être franche, je ne pense pas que cette COP sera une réussite", confie-t-elle. "Elle est tellement dominée par l'industrie des combustibles fossiles".

Sage Lenier estime que pour que le processus fonctionne, l'industrie des combustibles fossiles doit être totalement exclue et les promesses, accords et conventions conclus par les pays doivent être contraignants.

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Les défenseurs du climat critiquent depuis longtemps "l'influence polluante" de l'industrie des combustibles fossiles dans le processus de la COP, condamnant le choix du patron de la compagnie pétrolière nationale des Émirats arabes unis, Sultan Al-Jaber, pour diriger les négociations comme "dépassant la satire".

La présidence de la COP28 a affirmé qu'une approche intégrée incluant les entreprises de combustibles fossiles était nécessaire.

ltan al-Jaber, PDG d'ADNOC et président de la COP28, lors du sommet mondial des gouvernements à Dubaï, aux Émirats arabes unis, en février
ltan al-Jaber, PDG d'ADNOC et président de la COP28, lors du sommet mondial des gouvernements à Dubaï, aux Émirats arabes unis, en févrierAP Photo/Kamran Jebreili, File

Mais les inquiétudes des militants et des groupes de défense du climat pourraient bien se vérifier, car quelques jours avant le début des négociations, le sommet sur le climat a fait l'objet d'une controverse sur l'influence des combustibles fossiles.

Selon des documents obtenus par des journalistes indépendants du Centre for Climate Reporting et vus par la BBC, les Émirats arabes unis prévoyaient de profiter de leur rôle d'hôte pour conclure des accords sur le pétrole et le gaz. Les documents d'information qui ont fait l'objet d'une fuite révèlent qu'il est prévu de discuter d'accords sur les combustibles fossiles avec 15 pays.

Kaisa Kosonen, coordinatrice de la politique internationale de Greenpeace, estime que si ces allégations sont fondées, elles sont "totalement inacceptables et constituent un véritable scandale".

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"Le leader du sommet sur le climat devrait s'attacher à faire progresser les solutions climatiques de manière impartiale, et non à conclure des accords en coulisses qui alimentent la crise", confie-t-elle. 

Le leader du sommet sur le climat devrait s'attacher à faire progresser les solutions climatiques de manière impartiale, et non à conclure des accords en coulisses qui alimentent la crise.
Kaisa Kosonen
Coordinatrice politique, Greenpeace International

Kaisa Kosonen ajoute que ce type de conflit d'intérêts était ce que beaucoup craignaient lorsque le PDG d'une compagnie pétrolière avait été nommé à ce poste. Amnesty International a renouvelé ses appels à Itan Al-Jaber pour qu'il quitte ses fonctions à l'ADNOC s'il veut que le sommet soit couronné de succès.

La coordinatrice de la politique internationale de Greenpeace estime que le seul moyen de regagner de la crédibilité et de faire de cette COP ce que le monde attend, c'est de passer à l'action.

"Cela signifie qu'il faut négocier un accord mondial pour une élimination juste et équitable de tous les combustibles fossiles, en accord avec la science, et faire payer les pollueurs pour les pertes et les dommages qu'ils ont causés aux communautés", précise-t-elle.

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