Le bilan carbone de la COP28 à Dubaï scruté... à tort et à raison

Euronews
Euronews Tous droits réservés Rafiq Maqbool/Copyright 2023 The AP. All rights reserved.
Par Euronews avec AFP
Partager cet articleDiscussion
Partager cet articleClose Button
Copier/coller le lien embed de la vidéo de l'article :Copy to clipboardLien copié

La plus grande tour, le plus grand centre commercial... Dubaï, ville des records, s'apprête à accueillir la plus grande COP jamais organisée. L'empreinte carbone de l'événement devrait être inédite mais restera une goutte d'eau dans les émissions mondiales qui feront l'objet des négociations climat.

PUBLICITÉ

Les organisateurs eux-mêmes évoquent, sans grands détails, la "neutralité" de l'événement de deux semaines: "S'assurer que la COP28 soit durable et neutre en carbone sera crucial pour son succès", peut-on lire sur le site officiel de l'événement organisé par les Emirats arabes unis.

Mais s'attarder sur le bilan carbone de la COP, qu'il soit neutre ou non, "est une pure distraction", commente Laurent Morel, ingénieur et associé chez Carbone 4, cabinet spécialisé dans le conseil climat.

"Ce qui va être intéressant, c'est de voir comment la gouvernance de cette COP va gérer ou pas ses propres contradictions", rappelle-t-il, à savoir "si oui ou non les compagnies pétrolières et les pays producteurs de pétrole s'engagent dans la réduction de la production".

Des jets pour la COP

A chaque COP, des critiques pointent le nombre de vols empruntés par les délégations, ONG et patrons, et des polémiques émergent sur les jets privés qui amènent certains participants.

L'ONU reconnaît dans son document "How to COP" ("Comment organiser une COP") que médias et ONG pointent "l'ironie apparente des émissions de CO2 générées par les milliers de participants venus en avion du monde entier pour discuter de la réduction mondiale des émissions".

Depuis la COP13, en 2007 à Bali, les pays hôtes ont "intégré à leur accueil la compensation des émissions liées aux voyages des participants", précise l'ONU. Grâce à des crédits carbone, outils controversés pour atteindre la "neutralité".

Pour la COP27, en Egypte, les émissions liées aux voyages internationaux de 46.000 participants ont représenté 44.104 tonnes de CO2 sur un total de 62.695 tonnes, selon les organisateurs. Soit de l'ordre d'un millionième des émissions mondiales annuelles...

L'empreinte record de Glasgow

A Dubaï, les organisateurs attendent plus de 70.000 personnes dans la "zone bleue", dédiée aux négociations, et son bilan carbone, comme celui des COP précédentes, ne devrait pas inclure les vols des nombreux participants de la "zone verte" adjacente, sorte de grand salon du climat (entreprises, observateurs, militants, etc.).

La COP26 à Glasgow avait établi un record d'empreinte carbone (plus de 130.000 tonnes de CO2 pour 38.000 participants dans la zone bleue) mais son calcul avait un périmètre plus large que les autres.

Le rapport de la COP27 recommande d'ailleurs de "revoir et renforcer" les critères pour calculer ce bilan à des fins d'harmonisation.

La COP28 devrait donc battre tous les records, le transport représentant "70 à 80% des émissions dans l'événementiel", selon Marc Halgand, responsable sectoriel chez EcoAct, un cabinet de conseil spécialisé.

Il recommande de privilégier la classe économique à la business ou aux jets privés mais "la jauge et la fréquence" sont les éléments clefs pour réduire les émissions, comme pour tout événement international, que ce soit la COP, les Jeux olympiques ou la Coupe du monde de football.

Un sommet "essentiel"

Le rapport de la COP27 recommandait de réduire le nombre d'accréditations mais d'en allonger la durée. Un conseil visiblement ignoré par les Emirats, qui avaient déjà le record de la plus grosse délégation (1.073 personnes) en Egypte.

La COP reste un événement "clef pour tacler le dérèglement climatique", affirme Marc Halgand, soulignant le caractère essentiel de ces négociations par rapport à des salons internationaux organisés par des industries émettrices. Les délégations envoyées par les entreprises dans la zone verte pourraient en revanche être facilement limitées, plaide-t-il.

Mais dans tous les cas, les émissions des COP resteront "anecdotiques" pour Laurent Morel: "Quand on juge de la pertinence de la stratégie de la société TotalEnergies, on n'analyse pas le bilan carbone de sa tour de bureaux à la Défense".

Un exemple chiffré de l'importance des COP dans la lutte contre le réchauffement : les annonces faites à la COP26, si elles étaient effectivement mises en place, conduiraient à une réduction d'émissions de gaz à effet de serre équivalente à 72.000 fois le bilan carbone de cette COP, a calculé le cabinet Energy & Climate Intelligence Unit.

Partager cet articleDiscussion

À découvrir également

Les sécheresses régulières, "nouvelle norme" sur le pourtour méditerranéen ?

L'océan Atlantique proche d'un "point de basculement" climatique aux conséquences catastrophiques

Changement climatique : pouvons-nous encore respecter l'objectif de 1,5°C des accords de Paris ?