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Comment résoudre les problèmes liés à l'eau en Europe ? Le débat des experts

Comment résoudre les problèmes liés à l'eau en Europe ? Le débat des experts
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Par Jeremy Wilks
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Dans le cadre de la Semaine verte de l'Union européenne à Bruxelles, Jeremy Wilks, journaliste scientifique d'Euronews, a interrogé des experts sur la pollution de l'eau, les sécheresses et les inondations.

"Si nous voulons que l'Europe ait un avenir, il faut que l'eau soit bien traitée. Sinon, il faut l'oublier. Il n'y a pas de solution pour le climat si nous ne nous concentrons pas sur l'eau", a déclaré Henk Ovink, directeur exécutif et commissaire fondateur de la Commission mondiale sur l'économie de l'eau, à Euronews.

Le défenseur de l'eau néerlandais s'exprimait lors du débat d'Euronews sur consacré à la résilience de l'eau le 29 mai, au cours duquel un panel d'experts a été interrogé sur la manière dont nous devrions faire preuve de mesure sur le sujet.

Au cours de cet événement, présenté dans le cadre de la Semaine verte de l'Union Européenne à Bruxelles, notre journaliste scientifique Jeremy Wilks a relayé les questions du public face à un panel de trois experts.

Il a posé interrogé Henk Ovink, Florika Fink-Hooijer, directrice générale de l'environnement à la Commission européenne, et Arnaud Valleteau de Moulliac, PDG de Veolia Water Technologies, une filiale du groupe Veolia spécialisée dans le traitement de l'eau, dont le chiffre d'affaires s'élève à 1,65 milliard d'euros et dont le siège est en France.

Vous pouvez retrouver les moments forts ci-dessus, ou l'intégralité du débat ci-dessous :

Florika Fink-Hooijer, Arnaud Valleteau de Moulliac et Henk Ovink (de gauche à droite) sont les experts interrogés par Jeremy Wilks.
Florika Fink-Hooijer, Arnaud Valleteau de Moulliac et Henk Ovink (de gauche à droite) sont les experts interrogés par Jeremy Wilks.Euronews/Canva

Le panel d'experts

Florika Fink-Hooijer, directrice générale du service Environnement de la Commission européenne. Elle a été nommée après avoir occupé plusieurs postes de direction au sein de l'organisation.

Henk Ovink, directeur exécutif et le commissaire fondateur de la Commission mondiale sur l'économie de l'eau.

Cette commission, créée en mai 2022, a été lancée par le gouvernement néerlandais dans le but de transformer la compréhension mondiale de l'économie et de la gouvernance de l'eau.

Un homme porte des enfants à travers les eaux de crue, les services d'urgence étant sur les lieux après de fortes pluies, en Toscane, Italie, en novembre 2023.
Un homme porte des enfants à travers les eaux de crue, les services d'urgence étant sur les lieux après de fortes pluies, en Toscane, Italie, en novembre 2023.Adriano Conte/LaPresse via AP

Arnaud Valleteau de Moulliac a aussi répondu aux questions du public. Il est le PDG de Veolia Water Technologies, une filiale du groupe Veolia spécialisée dans le traitement de l'eau, dont le chiffre d'affaires s'élève à 1,65 milliard d'euros et qui est basée en France.

Vue du pipeline qui achemine l'eau de mer vers les filtres de la plus grande usine de dessalement d'eau potable d'Europe, située à Barcelone, en Espagne.
Vue du pipeline qui achemine l'eau de mer vers les filtres de la plus grande usine de dessalement d'eau potable d'Europe, située à Barcelone, en Espagne.Emilio Morenatti/The AP/File

Pourquoi l'eau est-elle un sujet si crucial à l'heure actuelle ?

À l'approche des élections européennes, alors que le changement climatique et ses effets constituent un enjeu majeur, l'eau constitue un sujet incontournable pour les hommes politiques et les dirigeants.

Mais c'est aussi une question cruciale pour les électeurs. D'après un récent sondage de la Commission européenne, la pollution constitue la principale préoccupation des Européens, 69 % d'entre eux se disant inquiets des effets de la pollution sur la sécurité de l'eau.

Alors que l'Europe se préoccupe de plus en plus de la pollution de l'eau, celle-ci se fait également de plus en plus rare. Pourtant, la demande n'a jamais été aussi forte, et l'on estime qu'elle doublera d'ici à 2030.

L'eau présente en Europe provient à la fois du continent, avec les rivières et les lacs, mais aussi des pluies, l'extérieur, et il est essentiel de veiller à la propreté de ces deux sources.

Elle est essentielle pour le cycle hydrologique, la biodiversité, l'alimentation et l'économie, l'eau est tout simplement vitale. « Il n'y a pas d'alternative », affirme M. Ovink.

La pollution de l'eau et la menace des PFAS : dans quelle mesure les eaux européennes sont-elles polluées ?

Jeremy Wilks a interrogé le panel sur l'état des cours d'eau du continent, confirmant les inquiétudes des citoyens à ce sujet.

Par rapport au contexte mondial, l'eau européenne serait relativement saine, selon M. Ovink, mais les interrogations restent nombreuses.

"Nous devrions nous en inquiéter", relève-t-il. "L'eau affecte notre santé, notre santé humaine, la santé de nos enfants, si nous voulons les élever dans un environnement sain. Mais elle affecte aussi la santé de nos systèmes alimentaires, combinée à l'industrialisation, à la pollution et aux produits chimiques présents dans nos eaux".

Parmi les substances inquiétantes que l'on trouve dans nos cours d'eau, on retrouve les polluants chimiques dits « éternels », les substances per- et polyfluoroalkyles , aussi connues sous le nom de PFAS. On y trouve également des traces d'antibiotiques, d'hormones, de produits chimiques industriels, de cyanotoxines, de nanomatériaux et bien d'autres substances encore.

"Ce que nous trouvons dans notre eau est ce qui provient de notre environnement", souligne M. Valleteau de Moulliac. Selon lui, s'il ne faut pas s'étonner que les sous-produits des industries européennes se retrouvent dans notre eau, il est possible de surveiller cet afflux et de traiter l'eau si nécessaire.

Selon M. Fink-Hooijer, ces travaux ont été soutenus par une réglementation internationale, ce qui a déjà été le cas avec la directive sur l'eau potable.

"Nous avons assuré que les PFAS devaient être éliminés progressivement d'ici 2026, ou triés et surveillés, et nous donnons maintenant des conseils sur la manière de procéder", affirme-t-elle. Des propositions sont également en attente de vote pour lutter contre la présence de polluants dans les eaux de surface et les eaux souterraines.

"C'est pourquoi il est intéressant de réglementer et de faire en sorte que les États membres s'accordent sur la nécessité d'une telle mesure", explique Mme Fink-Hooijer, qui souligne qu'une large acceptation accélérera tout processus de surveillance et de traitement de l'eau.

Le Danemark, l'Allemagne, la Suède, les Pays-Bas et la Norvège ont demandé à l'Agence européenne des produits chimiques (ECHA) d'interdire purement et simplement les PFAS. Les PFAS ont proliféré en raison de leur utilisation dans des industries telles que l'aéronautique et la médecine. Toutefois, elles peuvent mettre des milliers d'années à se décomposer et continuent à polluer, même loin de leur source.

Faut-il renforcer la protection juridique de nos cours d'eau pour les sécuriser ?

Une autre question a été posée par Charline Albericci, directrice de l'exploitation du festival Fluctuations, un festival transnational flottant qui se promène le long des rivières européennes et qui a pour but d'inciter les gens à s'intéresser aux questions sociales, environnementales et de citoyenneté.

Elle a demandé au panel si, afin de préserver l'eau et d'atteindre les objectifs climatiques de l'UE d'ici 2030, nos rivières, nos mers et nos océans devraient bénéficier d'un statut juridique spécifique.

"Il y a des pays dans le monde qui non seulement envisagent de le faire, mais qui le font réellement, comme la République dominicaine", explique Mme Ovink.

En Europe, les choses sont un peu moins simples, car chaque pays de l'Union a une approche légèrement différente de l'eau, mais il y a de l'espoir, et des réglementations sont déjà en place.

"Nous disposons déjà d'un accès très fort aux dispositions, comme la directive sur la criminalité environnementale [qui soutient la protection de l'environnement par le droit pénal], qui est très forte", explique Mme Fink-Hooijer.

"En France, il existe une piste, qui est la possibilité pour les classes, au sein des écoles, d'adopter une rivière, ce qui me semble être une très bonne idée car vous revendiquez la propriété et la responsabilité d'un cours d'eau particulier", ajoute-t-elle. "Donner aux enfants cette chance les aide à comprendre l'importance de protéger nos cours d'eau".

Selon Mme Ovink, il s'agit là d'un petit pas vers une prise de conscience nationale plus large des problèmes qui se posent.

"Cela crée un sentiment de propriété et la capacité de faire quelque chose. Un statut juridique vous donne vraiment la possibilité de dire "stop". Je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour y arriver. Je pense que c'est très efficace".

Agriculture intensive et eaux usées de l'industrie alimentaire

L'agriculture constitue l'un des secteurs les plus gourmands en eau. Environ 70 % de l'eau disponible sert à l'agriculture pour produire la nourriture qui se retrouve dans nos assiettes. Si l'eau destinée à l'agriculture est polluée, cela a des répercussions directes sur tout le monde. Toutefois, il faut également s'attaquer à la pollution d'origine agricole.

Les politiques de soutien aux agriculteurs qui adoptent des méthodes plus durables pour réduire les polluants rejetés dans l'eau devraient être prioritaires, explique M. Ovink, en réponse à une question de Jerry Mac Evilly, responsable de la politique des Amis de la Terre en Irlande.

M. Ovink, qui vient d'un milieu agricole, note toutefois qu'il ne sert à rien de pointer du doigt les agriculteurs individuellement. "Ce n'est pas à l'agriculteur qu'il faut faire des reproches, au sujet des polluants qui se retrouvent dans notre environnement, c'est le système qui l'entoure et que nous devons changer".

Valleteau de Moulliac ajoute qu'il ne faut pas oublier que les produits issus des eaux usées agricoles ont une valeur réelle. "Nous pouvons créer de l'énergie à partir de la pollution", explique-t-il, en soulignant que les déchets de l'industrie alimentaire peuvent être utilisés pour produire des engrais.

Quelles sont les solutions ?

Si les interrogations liées à la pollution et à la rareté de l'eau sont nombreuses, celles concernant les solutions le sont tout autant.Il a été demandé au panel ce qui motiverait une ville pour changemer ses infrastructures, afin de gérer des situations comme les crues liées aux eaux usées dans les cours d'eau, comme cela a pu se produire dans des villes telles que Bruxelles, lors de fortes pluies diluviennes.

Les solutions en milieu urbain peuvent inclure l'expansion des infrastructures, mais aussi des idées plus novatrices comme la végétalisation des toits et le remplacement du béton ou de l'asphalte. Ces solutions "sont beaucoup moins coûteuses que n'importe quelle autre option, et elles ont également des effets secondaires positifs sur le bien-être des citoyens, y compris la santé mentale", explique Mme Fink-Hooijer.

Les solutions doivent également être modulables en fonction de l'ampleur du problème. À cet égard, Mme Fink-Hooijer explique comment la directive de 1991 sur le traitement des eaux urbaines a évolué.

À l'origine, elle ne concernait que les grandes agglomérations, ce qui permettait aux plus petites villes de déverser leurs eaux usées. "Elles étaient en-dessous du seuil requis pour disposer d'installations de traitement des eaux urbaines résiduelles. Le système a ensuite été modifié pour englober un plus grand nombre de pollueurs en se concentrant sur celui qui générait la pollution à la source.

Au-delà des villes, il existe également des solutions prenant en compte tout le cycle hydrologique. Il s'agit de la manière dont l'eau bleue, l'eau verte et l'eau grise (les eaux usées) interagissent pour créer le système d'eau global dont nous dépendons. Pour garantir la longévité d'un cycle hydrologique bénéfique à l'homme, "nous devons créer des solutions naturelles évolutives pour les rivières et les paysages urbains", explique Mme Fink-Hooijer.

M.Valleteau de Moulliac donne l'exemple d'un parc construit à Alicante pour absorber les eaux de pluie. Ce parc était toutefois immense, et J.Wilks souligne le problème potentiel que pose le recours à des solutions naturelles qui sont si dépendantes de l'espace. "Il y a suffisamment d'espace", assure M. Valleteau de Moulliac.

"Nous devons considérer l'eau comme un sujet local. Il y a un impact global, mais c'est un sujet local", ajoute-t-il.

Comme le souligne M. Valleteau de Moulliac, l'amélioration du système de l'eau nécessite une vision aussi large et complexe que le cycle hydrologique lui-même.Si l'eau s'adapte à n'importe quel récipient, il en va de même pour nos solutions.

Pour en savoir plus sur la directive-cadre sur l'eau de l'UE, c'est ici.

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La crue de la Moselle a atteint de nombreuses maisons le long des berges dans le quartier de Kues et a inondé les étages inférieurs et les caves à Bernkastel-Kues, AllemagneHarald Tittel/dpa via AP
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