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"Seulement 10 % des Africains ont été entièrement vaccinés, contre 60 à 70 % en Europe"

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Par Yolaine De Kerchove Dexaerde
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"Seulement 10 % des Africains ont été entièrement vaccinés, contre 60 à 70 % en Europe"
Tous droits réservés  RODGER BOSCH/AFP

Dans ce nouveau numéro de "State of the Union", le journaliste Stefan Grobe revient sur une semaine marquée par la crise Ukraine-Russie et le sommet UE-UA.

"Cette semaine a été une véritable montagne russe avec des signaux contradictoires", annonce Stéphane Grobe en parlant de la crise ukrainienne. "Tout d'abord, l'Occident a lancé plusieurs avertissements selon lesquels une attaque russe était imminente, peut-être même avant la fin des Jeux olympiques d'hiver. Puis, la Russie a fait savoir que certains exercices militaires près de l'Ukraine étaient terminés et que les troupes rentraient chez elles. __Le gouvernement américain et l'OTAN ne se sont pas fiés à cette information, estimant au contraire que la Russie poursuivait son renforcement militaire".

Deux fois reporté, le sommet UE-Afrique s'est cette fois bien tenu ces 17 et 18 février à Bruxelles. Mais pour certains analystes africains, ces sommets se transforment sans cesse en "célébrations de bonne volonté et rien d'autre".

"L'histoire est jonchée de ces traités, de ces déclarations de sommet, de ces déclarations de soutien, de solidarité, de fraternité et de construction de relations Nord/Sud. Mais cela ne signifie rien si les Africains continuent à vivre dans la maladie, la pauvreté et l'inégalité.", a déclaréTian Johnson, dirigeant de l'Alliance africaine.

L'interview de Mark Malloch Brown, président de l'Open Society Foundations et ancien secrétaire général adjoint de l'ONU.

Question : Ce sommet n'a pas été une rencontre entre égaux, notamment en ce qui concerne l'équité en matière de vaccins, l'Afrique étant largement sous-desservie. Les pays occidentaux dont l'UE ont-ils fait assez pour soutenir l'Afrique pendant la pandémie ?

Malloch Brown : "Il est clair que non, l'UE a récemment détruit plus de doses en Europe qu'elle n'en a livré à l'Afrique. Ainsi, les statistiques sont dures, à savoir que seulement 10 % environ des Africains ont été entièrement vaccinés, contre 60 à 70 % en Europe, cette inégalité est énorme. Et vous savez, c'est exactement le genre de question de soft power dans notre propre voisinage immédiat ou proche de l'Afrique où nous aurions dû faire un bien meilleur travail que celui que nous avons fait jusqu'à présent".

Question :Votre fondation s'est associée à d'autres philanthropies comme les fondations Gates, Rockefeller ou Ford pour aider l'Afrique dans ses efforts de vaccination. Parlez-nous de cette initiative.

Malloch Brown : "Eh bien, vous savez, les fondations sont un lot étrange. Nous faisons plusieurs choses que nous connaissons. On innove souvent d'une manière que les autres ne peuvent pas faire. Mais nous devons aussi, je pense, parfois exercer une voix morale. Nous faisons partie de la société civile, si vous voulez. Et dans une large mesure, il ne s'agit pas seulement de fondations américaines et européennes, mais aussi de fondations africaines. Mais nous devions nous unir pour dire que c'est mal et trouver des moyens de transmettre ce message aux décideurs politiques en Europe, aux États-Unis et ailleurs. Nous avons donc combiné nos efforts pour soutenir les bénéficiaires en Afrique, en Europe et aux États-Unis afin de faire passer ce message. Il s'agit d'un message de campagne difficile à faire passer car, vous savez, nous sommes tous très préoccupés par notre propre sécurité sanitaire. Et cela n'a pas été le cas. Il n'y a pas eu assez d'imagination, d'effort de conscience, de volonté politique pour donner la priorité à la vaccination du reste du monde".

Question : Quelles ont été les réactions des gouvernements ?

Malloch Brown : "Mixte, je veux dire qu'il n'y a pas un gouvernement qui ne se dise pas très préoccupé par la question de l'inégalité vaccinale et qui n'insiste pas pour en faire plus. Donc, vous savez, il n'y aura pas d'hostilité envers une initiative comme celle-ci. Mais, vous savez, l'engagement est mitigé. Nous avons eu des réunions à la Maison Blanche. Nous avons eu des engagements avec différentes capitales européennes au fur et à mesure que nous avancions dans ce processus. Mais cela ne s'est pas encore traduit par la mise en place d'un état d'esprit mondial, presque de guerre, que nous estimons nécessaire pour la suite de la crise".

Journaliste • Stefan Grobe