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Les divisions au Parlement européen rendent incertaine la réforme de la politique migratoire de l'UE

Le vote crucial sur le nouveau pacte sur les migrations et l'asile aura lieu au siège bruxellois du Parlement européen
Le vote crucial sur le nouveau pacte sur les migrations et l'asile aura lieu au siège bruxellois du Parlement européen Tous droits réservés Virginia Mayo/Copyright 2024 The AP. All rights reserved
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Par Jorge LiboreiroVincenzo Genovese & Maria Psara
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Cet article a été initialement publié en anglais

La tentative de l'UE de réformer sa politique de migration et de l'asile est confrontée à un vote serré au Parlement, alors que les divisions entre les partis s'accentuent.

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La réforme de la politique migratoire de l’UE est sur un fil. Le vote devrait avoir lieu mercredi après-midi lors d'une session plénière du Parlement européen. Les eurodéputés doivent se prononcer sur une liste de textes législatifs complexes et interdépendants.

Tous les regards seront tournés vers les cinq lois qui composent le nouveau pacte sur la migration et l'asile, la révision complète qui cherche à tourner la page de près de 10 ans de réactions isolées et à établir des règles communes et prévisibles pour gérer l'accueil et la relocalisation des demandeurs d'asile.

Présentée pour la première fois en septembre 2020, cette réforme a connu de nombreux hauts et bas, y compris des périodes d'impasse qui laissaient penser que la législation n'atteindrait jamais la ligne d'arrivée. Les choses ont changé l'année dernière, lorsque la question est revenue en tête de l'agenda politique, conduisant à un accord provisoire en décembre entre le Parlement et le Conseil, malgré des différences notables.

Ce compromis doit encore recevoir le feu vert final de chaque institution avant de devenir réalité. Toutefois, le temps presse : les élections européennes en juin font du mois d'avril la dernière chance pour les députés européens d'approuver le nouveau pacte.

Compte tenu de l'importance des enjeux, le vote de mercredi devait initialement se dérouler sans heurts, les parlementaires de tout l'échiquier politique semblaient unis pour soutenir la réforme, l'un des plus grands dossiers politiques de cette législature.

Cependant, lors d'un briefing avec les journalistes mardi, les rapporteurs en charge des cinq lois ont tempéré l’optimisme et ont reconnu des écarts entre les partis et aussi au sein de chaque formation.

"Personne ne peut savoir quel sera le résultat du vote", assure Tomas Tobé, du Parti populaire européen (PPE).

"Mon travail consiste à convaincre mes collègues, heure par heure, que la meilleure façon de soutenir une politique européenne en matière d'immigration est d'être fidèle à l'ensemble du pacte sur l'immigration", explique-t-il, ajoutant : "je comprends qu'il est très facile de trouver son propre point de vue populiste, peut-être, sur des parties du pacte que l'on n'aime pas".

A ses côtés, Birgit Sippel, du groupe Socialistes & Démocrates (S&D), souligne que les arguments en faveur et contre la réforme étaient "totalement différents" et pouvaient être influencés par des considérations électorales plutôt que par des considérations politiques.

"Peut-être que certains pensent aux élections et au message qu'ils envoient à leur électorat national", suggère-t-elle

L'opposition au nouveau pacte est emmenée par le Fidesz du Premier ministre hongrois et par le groupe d'extrême droite Identité et Démocratie (ID), qui englobe la Lega, le Rassemblement national et Alternative für Deutschland (AfD).

Mais la résistance émerge également de l'intérieur des groupes de la majorité. Les 16 membres italiens du S&D sont déterminés à rejeter le nouveau pacte, selon Brando Benifei, qui dirige la délégation.

"Certains pensent légitimement que ce compromis est mieux que l'absence de compromis, mais pour nous, en tant qu'Italiens du PD (Partito Democratico), c'est vraiment trop peu", insiste l’eurodéputé à Euronews.

Brando Benifei critique l'accord provisoire conclu avec le Conseil, affirmant qu'il transformerait l'Italie en un centre d'accueil "à ciel ouvert" et pousserait les migrants vers des "pays tiers".

"Pour nous, les droits de l'Homme et la solidarité européenne sont fondamentaux. Nous n'approuvons pas un accord qui laisse l'Italie trop seule et qui n'est pas suffisamment solide sur les droits des personnes les plus fragiles".

Une autre délégation italienne, le Mouvement 5 étoiles (M5S), est également opposée au nouveau pacte, le qualifiant d'"inutile pour l'Italie" et de "préjudiciable pour les droits des migrants qui sont sacrifiés sur l'autel de la démagogie".

Le PD et le M5S s'opposent tous deux à la Première ministre italienne Giorgia Meloni, dont le parti, Fratelli d'Italia, était initialement considéré comme fermement en faveur de la réforme, qui prévoit un système de "solidarité obligatoire" pour aider les pays en première ligne. Cependant, un porte-parole indique que Fratelli d'Italia "n'a pas encore pris de décision et examinera chaque dossier en particulier".

Au Parlement, la formation de la dirigeante italienne siège avec le groupe populiste des Conservateurs et Réformistes européens (CRE), actuellement dominé par la délégation polonaise de Droit et Justice (PiS), qui s'oppose fermement à la réforme.

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La résistance vient aussi de l'autre côté de l’hémicycle : la Gauche (37 eurodéputés) et les Verts (72 eurodéputés). Les deux formations estiment que les dispositions strictes proposées par les Etats membres dégraderont la qualité de la procédure d'asile et alimenteront les violations des droits fondamentaux.

"Le Pacte renforcera les problèmes existants en se concentrant de manière disproportionnée sur la dissuasion, y compris par la détention généralisée de personnes et d'enfants, tout en réduisant leurs droits. Il transférera toujours plus de responsabilités aux pays tiers et plus de ressources financières aux gouvernements autocratiques et aux seigneurs de la guerre", explique Philippe Lamberts, co-président des Verts, dans une déclaration à Euronews.

"Il est clair que la classe politique actuelle cherche désespérément à prétendre qu'elle a résolu la question de l'immigration, sans tenir compte des réalités sur le terrain".

Le PPE, la plus grande formation de l'hémicycle, tenait une réunion mercredi matin pour renforcer sa position et discuter des derniers développements.

Dans l'ensemble, le nouveau pacte a besoin d'une majorité au Parlement qui compte 705 membres pour être adopté, un seuil qui dépend du nombre d'eurodéputés qui se présenteront pour voter.

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Bien que les cinq lois soient votées séparément, elles sont traitées comme un ensemble indivisible, ce qui signifie que l'effondrement de l'une d'entre elles pourrait facilement déclencher un effet domino.

Il est très peu probable que le Conseil avance avec un ensemble de règles incomplet : tout au long des discussions, les négociateurs se sont engagés à maintenir la devise "rien n'est convenu tant que tout n'est pas convenu".

"Si l'un des piliers de ce système s'effondre, c'est tout le système qui ne repose pas sur ses deux pieds, sur son juste équilibre. L'approche doit être équilibrée. Et cela nécessite l'adoption de tous les règlements", prévient Juan Fernando López Aguilar, un autre rapporteur au Parlement.

"Si l'un des règlements échouait, ce serait très préjudiciable".

Néanmoins, le Parlement dispose encore d’une session plénière fin avril, au cours de laquelle le nouveau pacte pourrait être soumis à un nouveau vote.

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