L'ancien Premier ministre italien a déclaré que l'Union européenne risquait à la fois la subordination, la division et la désindustrialisation si elle ne se rapprochait pas.
L'ancien président de la Banque centrale européenne, Mario Draghi, a déclaré, ce lundi 2 février, que l'Europe devait surmonter ses "vieilles divisions" afin de devenir une "véritable puissance" et d'éviter le déclin et la désindustrialisation. Un discours prononcé par l'ancien Premier ministre italien lors de son passage à l'université catholique de Louvain, après avoir reçu le titre de docteur honoris causa.
"De tous ceux qui sont aujourd'hui coincés entre les États-Unis et la Chine, seuls les Européens ont la possibilité de devenir eux-mêmes une véritable puissance", a-t-il estimé, en plaidant pour une fédération européenne en matière de défense, de politique étrangère et de fiscalité. "Nous devons donc nous décider : voulons-nous rester un simple grand marché, soumis aux priorités des autres ? Ou voulons-nous prendre les mesures nécessaires pour devenir une puissance ?", a interrogé celui qui a rédigé un rapport sur la compétitivité du Bloc.
Passage à une "fédération"
Mario Draghi a déclaré que la réalité actuelle du monde se caractérise par une baisse des échanges commerciaux et un affaiblissement des règles, un modèle qui "profite à ceux qui détiennent le pouvoir et l'influence". "Un monde avec moins d'échanges et des règles plus faibles serait douloureux", a-t-il déclaré.
Selon lui, "le pouvoir exige que l'Europe passe d'une confédération à une fédération" parce que l'ordre mondial est "désormais défectueux". Il a affirmé que dans les domaines où l'Europe s'est "fédérée" (commerce, concurrence, marché unique, politique monétaire), elle est "respectée en tant que puissance et [peut] négocier en tant que telle". Il en veut pour preuve les accords commerciaux "fructueux" récemment négociés avec l'Inde et l'Amérique latine.
"Individuellement, la plupart des États européens ne sont même pas des puissances moyennes", a-t-il également assuré, précisant que "le regroupement de petits pays ne produit pas automatiquement un bloc puissant".
Il a ajouté que, depuis le retour de Donald Trump à la Maison Blanche, les États-Unis considèrent "clairement que la fragmentation politique européenne sert leurs intérêts".
Mario Draghi a ainsi proposé un modèle fédéral dans lequel les pays de l’UE pourrait éviter d'être "éliminée un par un", car l’Union est "traitée comme un ensemble disparate d'États de taille moyenne que l'on peut diviser et traiter en conséquence". "C'est un avenir dans lequel l'Europe risque d'être à la fois subordonnée, divisée et désindustrialisée. Et une Europe qui ne peut défendre ses intérêts ne préservera pas ses valeurs longtemps", a affirmé Mario Draghi.
L'ancien chef de la banque centrale a souligné que tant que l'UE fonctionnera sur la base des États membres, il sera difficile d'acquérir du pouvoir et d'être compétitif sur la scène mondiale.