Le président français a appelé les Européens à redéfinir eux-mêmes les paramètres de leur sécurité face à une Russie agressive et a plaidé pour une approche plus intégrée de la dissuasion nucléaire avec l’Allemagne et d’autres partenaires.
Depuis la conférence de Munich sur la sécurité, Emmanuel Macron a déclaré vendredi que l'Europe devra redéfinir son architecture de sécurité selon ses propres termes face à une Russie agressive.
Emmanuel Macron a souligné que les plans pour le "jour d'après" impliquant une coexistence avec la Russie doivent être rédigés par les Européens de manière indépendante en raison de leur réalité géographique et d'une armée russe "gonflée" comme un "sucre d'orge" belliqueux.
"Nous devons être les seuls à négocier cette nouvelle architecture de sécurité pour l'Europe pour le jour d'après, car notre géographie ne changera pas", a-t-il déclaré. "Nous vivrons avec la Russie au même endroit, et avec les Européens au même endroit, et je ne veux pas que cette négociation soit organisée par quelqu'un d'autre".
Une dissuasion nucléaire repensée à l’échelle européenne
Devant les dirigeants réunis à Munich, Emmanuel Macron a évoqué la possibilité d’une nouvelle articulation de la dissuasion nucléaire au niveau européen. Jusqu’à présent, la dissuasion relève strictement de la souveraineté nationale.
Le dirigeant français a évoqué un "nouveau dialogue stratégique" sur les armes nucléaires.
"Nous avons engagé un dialogue stratégique avec le chancelier Merz et (d'autres) dirigeants européens afin de voir comment nous pouvons articuler notre doctrine nationale avec une coopération spéciale et des intérêts de sécurité communs dans certains pays clés", a-t-il déclaré.
"Ce dialogue est important car il permet d'articuler la dissuasion nucléaire dans une approche holistique de la défense et de la sécurité. C'est un moyen de créer une convergence dans notre approche stratégique entre l'Allemagne et la France", a-t-il ajouté.
Plus tôt, Friedrich Merz avait confirmé à Munich avoir entamé des "discussions confidentielles" sur la dissuasion nucléaire européenne.
"Nous, Allemands, respectons nos obligations légales. Nous considérons cela strictement dans le contexte de notre partage nucléaire au sein de l'OTAN et nous ne permettrons pas l'émergence de zones de sécurité différentes en Europe", a -t-il déclaré.
Emmanuel Macron a déclaré qu'il donnerait plus de détails dans les semaines à venir.
Un appel à la confiance européenne
Le président français a également plaidé pour une Europe plus forte et plus confiante, estimant que le continent souffre d’un déficit d’estime de soi malgré ses nombreux atouts.
"Nous avons besoin d'un état d'esprit beaucoup plus positif. Il y a eu une tendance, ici et ailleurs, à négliger l'Europe et parfois à la critiquer carrément", a-t-il déclaré.
"Des caricatures ont été faites, l'Europe a été vilipendée comme une construction vieillissante, lente et fragmentée, mise à l'écart par l'histoire. Comme une économie surréglementée qui freine l'innovation, comme une société en proie à une migration qui corromprait ses précieuses traditions. Et plus curieusement encore, dans certains milieux, comme un continent répressif", a-t-il ajouté.
Sans citer explicitement Washington, Emmanuel Macron a semblé répondre aux critiques venues des États-Unis appelant l’Europe à revoir ses politiques sous peine d’un "effacement civilisationnel".
"Tout le monde devrait prendre exemple sur nous, au lieu d'essayer de nous diviser", a-t-il déclaré.