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Malgré la pandémie, l'UE conserve ses ambitions vertes pour relancer l'économie

Par Naomi Lloyd  & Fanny Gauret
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L'Union européenne s'est engagée dans son Pacte vert, à atteindre la neutralité carbone d'ici 2050. Mais avec la pandémie et ses répercussions économiques, comment lutter en même temps contre le chômage et le changement climatique ? Le Fonds social européen apporte une réponse en soutenant l'inclusion et l'emploi dans les États membres.

Rappelons que le Pacte vert fait référence à l'initiative ambitieuse de l'UE de faire de l'Europe, le premier continent neutre sur le plan climatique d'ici 2050.

Cela passe par le verdissement de son économie de la production à la consommation, mais aussi par l'utilisation optimale des ressources, la diminution des déchets et la réduction à zéro des émissions de gaz à effet de serre.

L'apport du Fonds social européen

La transition vers une société faible en carbone a un coût pour les régions, pays et industries qui dépendent lourdement des combustibles fossiles.

Sur sept ans, l'un des financements qui sert cet objectif, le Fonds social européen, aujourd'hui "Fonds social européen plus" (FSE+), qui soutient des projets en faveur de l'emploi et de l'inclusion sociale investira plus de 88 milliards d'euros.

Ce qui aidera à créer des emplois verts, à financer des filières dédiées dans l'enseignement et à encourager l'acquisition de nouvelles compétences pour mieux nous préparer à une économie verte et numérique.

Quand les huiles alimentaires deviennent du savon

Nous sommes allés découvrir à Madrid et Tenerife, deux éco-entreprises soutenues par le Fonds social européen qui valorisent les déchets.

Empleaverde est un programme public de soutien à la création d'emplois verts et à l'entrepreneuriat. Cofinancé par le Fonds social européen, il offre également des formations, conseils et accompagnements aux entreprises durables. Sergio Fernández Fernández et Catalina Trujillo Villa ont créé l'une d'entre elles il y a cinq ans. Leur micro-entreprise baptisée Souji est à l'origine d'un produit qui réutilise un déchet polluant rencontré dans nos cuisines : les résidus d'huile alimentaire. Sa méthode consiste à mélanger à ces restes, une substance liquide sans soude caustique qu'elle a développée.

Pour nous montrer, le duo s'est mis aux fourneaux. "On a fait cuire des pommes de terre, on a mis de côté l'huile qui restait, on l'a laissée refroidir, on l'a filtrée. Et maintenant, on mesure la quantité de produit et la quantité d'huile pour faire le mélange et on va remuer pendant une minute," explique-t-elle. "Quand ce sera fait, on aura transformé l'huile en savon," dit-elle.

Avec ce savon, on peut nettoyer la même poêle à frire, laver ses vêtements ou le sol. Pour développer cet exemple d'économie circulaire, Souji a bénéficié de conseils d'experts.

"Le programme Empleaverde nous a beaucoup aidés en termes de formation et de mise en réseau : ils nous ont mis dans la bonne direction," souligne Sergio Fernández Fernández, le PDG de Souji.

Souji a conçu une machine capable de transformer de plus grandes quantités d'huile. La prochaine étape pour l'entreprise : se tourner vers les restaurants et hôtels qui génèrent un volume plus important de déchets. "Quand on touche un secteur comme la restauration ou l'industrie alimentaire, le volume d'huile triple ; donc l'an prochain, on espère faire croître notre activité de 30 ou 40%," indique Catalina Trujillo Villa.

"Donner de la valeur aux déchets"

À Tenerife, nous découvrons une autre entreprise soutenue par Empleaverde : une start-up basque espagnole appelée Recircular. Fondée par Patricia, elle propose des solutions aux entreprises qui souhaitent donner une seconde vie à toutes sortes de déchets comme le cuir, le plastique ou les céréales usées issues du brassage de la bière.

"Nous identifions d'autres opportunités ou options qui peuvent donner de la valeur ajoutée ou une plus longue durée de vie aux produits qui sont devenus des déchets," précise Patricia Astrain González, cofondatrice de Recircular. "À partir des céréales issues du brassage, par exemple, on peut faire de la farine, du pain ou du muesli," affirme-t-elle.

Recircular relie les entreprises les unes aux autres et c'est là que le réseau d'entreprises vertes d'Empleaverde a été utile. "Ils nous ont aidés à rendre notre projet visible et au niveau de l'impact que l'on génère : ils nous ont soutenus tout au long du parcours," se félicite Patricia Astrain González.

Avec un budget de 47 millions d'euros dont 75% est cofinancé par le Fonds social européen (selon les chiffres de la Commission européenne), Empleaverde est géré par la Fundación Biodiversidad. Il sélectionne et accompagne des entreprises innovantes pour encourager la transition écologique.

"L'innovation est essentielle dans cette transition verte," estime Elena Pita Domínguez, directrice de la fondation, qui ajoute : "Elle est cruciale pour faire un choix dans les différentes propositions qui émergent parce que les défis que nous affrontons sont tout nouveaux et donc, nous devons être créatifs pour les relever."

En plus de soutenir les entreprises, Empleaverde aide à créer des emplois verts. Le chômage était déjà élevé en Espagne (il était de 13,9% en 2019 d'après la Commission européenne). Avec la pandémie, il est passé fin 2020 à 16% et à 40,5% chez les jeunes.

"Nous avons amplifié notre aide dans le recrutement : en réalité, ce type d'assistance peut être fondamentale pour aboutir à un changement qui soit réel," insiste Elena Pita Domínguez.

Connie Hedegaard : "Nous avons un avantage concurrentiel dans les produits verts, nous devrions encore plus l'exploiter"

Des programmes publics comme Empleaverde peuvent-il favoriser une reprise verte de l'économie et créer des emplois ? Nous avons posé la question à Connie Hedegaard, la présidente de la Table ronde de l'OCDE sur le développement durable et ancienne commissaire européenne en charge du climat.

Naomi Llyod, euronews :

"Les programmes publics comme celui mis en place en Espagne peuvent-ils favoriser une relance verte de l'économie ?"

Connie Hedegaard, présidente de la Table ronde de l'OCDE sur le développement durable :

"Oui, certainement. Et ce n'est pas une vue de l'esprit, c'est quelque chose qui est en train de se passer. C'est bénéfique quand des fonds publics comme le Fonds social, les fonds structurels européens donnent la priorité à un domaine car les activités investissent alors ce domaine. Et oui, cela peut vraiment avoir des retombées sur le terrain."

Naomi Lloyd :

"Nous avons découvert deux entreprises qui revalorisent des déchets. S'agit-il des emplois verts de l'avenir ?"

Connie Hedegaard :

"Oui, j'en suis persuadée. Nous sommes en train de passer d'une vision de l'économie qui est linéaire à une vision plus circulaire. Ce qui veut dire que nous devons vraiment changer de point de vue sur les déchets. Nous devons les réutiliser, recycler, revaloriser. Et je pense que de plus en plus de gens s'en rendent compte. La bonne nouvelle, c'est que pour les entreprises, cela implique un coût moindre quand les matériaux peuvent être réutilisés plus efficacement. Donc, à la clé, ce sont de nouveaux emplois, mais aussi de meilleures perspectives pour notre économie."

Naomi Lloyd :

"Aujourd'hui, nous sommes en pleine pandémie. Est-ce vraiment le moment d'avancer dans la réalisation du Pacte vert ?"

Connie Hedegaard :

"Je crois que la crise économique que nous vivons suite à la pandémie représente une opportunité unique pour repenser la vision classique de nos activités, voir comment créer des emplois de manière plus judicieuse et mettre l'accent sur l'innovation. On sait qu'aux États-Unis, en Chine et ailleurs dans le monde, il y a cette demande de produits plus verts. Et c'est pour cela que nous avons un avantage concurrentiel aujourd'hui. Nous devrions encore plus l'exploiter. Et si nous faisons les choses judicieusement suite au Covid-19, avec l'aide du Pacte vert européen, alors nous créerons énormément d'emplois d'avenir."

Le Pacte vert européen est effectivement mis en œuvre et une loi sur le climat qui fixera ses objectifs dans la législation est attendue pour les prochains mois. Reste à voir comment saisir au mieux les opportunités en matière d'innovation et de création d'emplois liées à l'émergence d'une économie plus durable.

Journaliste • Naomi Lloyd

Video editor • Nicolas Coquet

Sources additionnelles • Cameraman Espagne : Aitor Lekue ; cameraman Paris : Matthieu Bacques ; son : Nicolas Personne ; production : Camille Cadet ; motion design : NEWIC