Qui sont les personnes âgées qui travaillent au-delà de 65 ans voire 75 ans ?

Une employée de l'usine du fabricant de vêtements Petit Bateau en France - archive avril 2017
Une employée de l'usine du fabricant de vêtements Petit Bateau en France - archive avril 2017 Tous droits réservés Bertrand Guay/AFP
Par Marie Jamet
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L'âge moyen de départ à la retraite en Europe est de 64 ans or 10 % de la population européenne active travaille encore au-delà de 60 ans.

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Alors qu'en France, les syndicats mobilisent pour défendre la retraite à 62 ans, partout en Europe, des hommes et des femmes travaillent au-delà de 65 voire 75 ans. Qui sont-ils ?

Les statistiques officielles dressent le portrait robot moyen d'un homme âgé entre 65 et 69 ans travaillant à son compte et plutôt à temps partiel dans le secteur de la santé ou du social. Mais ce portrait moyen gomme bien évidemment toutes les nuances.

Dans quels pays de l'Union européenne travaille-t-on au-delà de 65 ans ?

Premier élément pour affiner ce portrait, notons que le taux d'emploi diminue avec l'âge. Ce chiffre chute même drastiquement au-delà de 65 ans :

  • 46,4 % des 60-64 sont encore en activité en 2021 ;
  • 13,2 % des 65-69 ;
  • 4,9 % entre 70 et 74 ans ;
  • 1,4 % au-delà de 75 ans.

L'Estonie est l'un des pays où se trouve le plus fort taux d'emploi pour les personnes âgées de 65 à 69 ans et de 70 à 74 ans. L'âge légal de départ à la retraite y est pourtant fixé à 64 ans pour le moment. Ce taux est largement poussé par un départ plus tardifs des Estoniennes. Pour les hommes c'est en Irlande que se trouve le plus fort taux d'emploi sur ces deux tranches d'âge.

Par contre, c'est en Suède que l'on trouve le plus grand pourcentage de plus de 75 ans encore en activité, hommes et femmes confondus. L'âge légal de départ à la retraite, entre 62 et 65 ans selon les situations, n'y est pourtant pas beaucoup plus élevé qu'en moyenne dans le reste de l'UE. En revanche, la population y est vieillissante – la Suède compte le plus grand ratio de personnes âgées de 75 à 79 ans de l'UE – et une succession de choix politiques ont poussé le travail des personnes les plus âgées selon un rapport du "Joint Programming Initiative More Years, Better Lives". Selon les chiffres fournis par Eurostat, l'office statistique de l'UE, il s'agit principalement d'hommes travaillant dans l'éducation et de femmes travaillant dans le secteur de la santé et du social.

Qui sont ces plus de 65 ans qui travaillent ?

Les chiffres peuvent paraître contre-intuitifs. Alors qu'un rapport d'Eurostat indique qu'en 2012 près de 30% des personnes âgés encore actives déclaraient travailler afin de compléter leurs revenus ou renforcer leur future pension, on pourrait s'attendre à voir travailler une majorité de personnes ayant connu des carrières chaotiques ou à bas revenus.

Ainsi les femmes ont une carrière souvent plus hachée que les hommes et des pensions de retraites plus faibles ; pourtant, elles ne cherchent manifestement pas à compenser en partant plus tard à la retraite. A quelques très rares exceptions près, leur taux d'emploi est plus faible pour chaque tranche d'âge après 65 ans.

De même, ce ne sont pas les personnes ayant eu des études courtes et donc dont on peut s'attendre à avoir eu des niveaux de revenus plus bas qui travaillent le plus longtemps. Le taux d'emploi continue à être plus élevé après 65 ans pour les plus hauts niveaux d'études.

Comment travaillent les 65 ans et plus ?

Pendant longtemps à l'échelle de l'Union européenne, les personnes âgées qui travaillaient étaient principalement des exploitants agricoles, sylvicoles ou piscicoles. C'est toujours le cas en Roumanie où près de 56% des actifs de plus de 65 ans travaillent dans ce secteur mais aussi en Grèce et quatre autres pays dont l'Irlande, qui compte une grande part d'actifs de plus de 65 ans comme on l'a vu précédemment.

Désormais, le secteur de la santé et du social et le commerce sont en tête des secteurs dans lesquels les plus de 65 ans sont les plus nombreux.

Toutefois, ces activités sont genrées. Hommes et femmes de 65 ans et plus ne travaillent pas dans les mêmes secteurs, sauf en Roumanie. En Estonie, les vieux hommes travaillent principalement dans l'industrie manufacturière. Les vieilles femmes, elles, travaillent principalement dans les services aux ménages.

En Irlande et en Suède, les hommes de plus de 65 ans travaillent dans le secteur agricole quand les femmes sont à la santé et au social.

Des seniors qui travaillent plus longtemps mais différemment

Si ces plus de 65 ans poursuivent leur carrière, cela ne veut pas dire pour autant qu'ils travaillent dans les mêmes conditions.

Ils sont notamment plus nombreux à travailler à leur compte que les autres actifs. 38% des 65-74 ans sont des travailleurs ou employeurs indépendants contre 13 % des 25-64 ans. La proportion des actifs travaillant à leur compte montent à 57 % pour les plus de 75 ans. Ces chiffres ont, cependant largement baissé en 20 ans.

Des aménagements peuvent aussi être proposés aux personnes actives ayant dépassé l'âge légal de départ à la retraite ou créés par les indépendants pour eux-mêmes. 

L'un des leviers très utilisé par les plus de 65 ans est l'aménagement du temps de travail. 59 % des actifs de cette tranche d'âge travaillent à temps partiel en Europe. Ce taux monte à 75 % des plus de 75 ans en activité.

Et les disparités sont grandes entre les pays, entre les Pays-Bas où 83 % des plus de 65 ans profitent d'un temps de travail aménagé à la Grèce où seulement 13 % des actifs travaillent à temps partiel.

Mais d'autres aménagements que le temps de travail sont possibles. Un rapport publié en 2021 par la plateforme AGE cite ainsi l'exemple en Suède du maintien dans l'emploi de chauffeurs et chauffeuses de bus par l'introduction de contrats et d'examens annuels de santé jusqu'à l'âge maximal de 70 ans.

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Cet aménagement a été validé par la Cour de justice de l'Union européenne qui reconnaît la légalité de règles liées à une limite d'âge dans le cadre d'une égalité intergénérationnelle, pour des raisons de sécurité et pour un juste équilibre entre marché de l'emploi et préoccupations budgétaires.

Quelles sont les motivations de ces seniors qui travaillent ?

Ce rallongement du temps passé à travailler est un moyen de s'assurer une meilleure sécurité financière, que ce soit pour atteindre un taux plein, ou pour épargner dans des fonds privés ou encore en cumulant pension de retraite et emploi à temps partiel. Pour soi, ou pour soutenir des membres de sa famille, enfants ou parents plus âgés.

Selon un sondage mené en 2012 par l'Union européenne, 30% des personnes actives entre 50 et 69 ans déclaraient continuer à travailler pour des raisons financières ou de subsistances comme dans le cas des agriculteurs vivant sur des petites fermes familiales.

Comme le souligne le rapport de l'AGE, la poursuite du travail peut, pour certains métiers, permettre aussi aux personnes âgées de continuer à participer à la vie en société : "Il a été démontré que le travail donne du sens et de la stabilité, qu'il contribue à maintenir un lien social et un sentiment d'appartenance, qu'il offre des possibilités d'apprentissage et de nouvelles expériences. Le travail n'est donc pas seulement une question de revenus ; il est essentiel à la réalisation d'autres droits fondamentaux de l'homme et constitue une partie inséparable et inhérente de la dignité humaine."

Ces personnes âgées sont-elles de plus en plus nombreuses parmi la population active européenne ?

Le taux d'emploi des 65-69 ans, des 70-74 ans et des 75 ans et plus progressent depuis 20 ans, principalement celui des 65-69 ans. Si en 2021, un peu plus de 9 % des actifs avaient 60 ans et plus, ils n'étaient que 4,5 % il y a 20 ans.

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L'augmentation vient principalement de la classe d'âge des 60-64 ans. Sous l'effet des réformes qui ont repoussé l'âge légal de départ à la retraite dans plusieurs pays de l'UE, le nombre de personnes travaillant dans cette tranche d'âge a mécaniquement augmenté.

Entre 2009 et 2021, la part des 55-64 ans a le plus progressé, en doublant presque, en Hongrie, en Pologne et à Malte, principalement par un taux d'emploi particulièrement plus fort des femmes. La Suède, qui comptait déjà près de 70 % d'actifs dans cette tranche d'âge en 2009, avait peu de marge de progression en la matière d'emploi des seniors. Elle enregistre de fait la plus faible augmentation (+12 %). En moyenne dans l'Union, la part des 55-64 ans actifs a augmenté de 40 %.

En 2000, le Conseil européen avait fait de l'emploi des seniors un objectif à atteindre. Il avait fixé un taux d'emploi moyen de 50 % pour les 55-64 ans. Un chiffre atteint en 2015 à l'échelle de l'Union européenne (51 %) et que seuls trois Etats membres n'ont pas atteint en 2021 : la Hongrie (49 %), la Grèce (48 %) et le Luxembourg (47 %).

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