Des épidémies de pneumonie signalées dans plusieurs régions d'Europe. Voici ce qu'il faut savoir

Les enfants sont particulièrement touchés par les infections à mycoplasmes, qui peuvent provoquer une pneumonie.
Les enfants sont particulièrement touchés par les infections à mycoplasmes, qui peuvent provoquer une pneumonie. Tous droits réservés Canva
Par Lauren Chadwick
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Cet article a été initialement publié en anglais

À l'instar de la Chine, plusieurs pays européens connaissent une augmentation des cas de mycoplasma pneumoniae, une bactérie responsable de la pneumonie. Quelle est la gravité de cette maladie ?

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Alors que la Chine connait depuis peu une recrudescence de la maladie, plusieurs pays européens ont également signalé une augmentation des cas de pneumonie chez les enfants cette année.

Les infections sont causées par le mycoplasma pneumoniae, une bactérie qui peut provoquer des infections respiratoires légères ou des pneumonies graves.

Il s'agit d'une cause fréquente de pneumonie chez les enfants en âge d'allés à l'école et selon Santé publique France, elle peut représenter 30 à 50 % des pneumonies par contagion chez les enfants.

La pneumonie provoque une inflammation des alvéoles pulmonaires. Elles peuvent se remplir de liquide ou de pus, ce qui provoque des symptômes tels que la toux ou des difficultés respiratoires.

Six pays de l'Union européenne ou de l'Espace économique européen ont déjà signalé une augmentation des infections à mycoplasma pneumoniae.

Selon les autorités sanitaires de l'UE, cette augmentation pourrait correspondre à une récurrence normale de la bactérie, et être également exacerbée par la diminution des transmissions durant la pandémie de COVID-19.

Quels sont les symptômes ?

Certains pays, dont le Danemark et la France, ont qualifié l'augmentation du nombre de cas d'"épidémie".

Hanne-Dorthe Emborg, chercheuse principale au Statens Serum Institute du Danemark, a déclaré à Euronews Next que lorsque plus de 10 % des tests effectués par les médecins sont positifs pour les mycoplasmes, on parle d'épidémie.

C'est une maladie qui se développe assez lentement. Les personnes touchées peuvent présenter une toux, une fatigue excessive et des maux de tête
Hanne-Dorthe Emborg
Chercheuse, Statens Serum Institute

"Les symptômes ressemblent à ceux de la grippe, mais la toux est généralement plus importante", déclare la chercheuse.

"Si ces symptômes persistent, il peut s'agir d'une pneumonie à mycoplasme", ajoute-t-elle.

C'est l'une des principales causes de la pneumonie courante, qui est une forme légère d'infection permettant à une personne de poursuivre ses activités normales.

Les chercheurs Mike Beeton et Patrick Meyer Sauteur ont commencé à se pencher sur la surveillance de la bactérie mycoplasma pneumoniae en 2020 et ont constaté que, comme pour d'autres infections des voies respiratoires, les cas de pneumonie avaient commencé à disparaître en raison des restrictions imposées par le COVID-19.

"Sans surprise, nous avons constaté que les détections de mycoplasma pneumoniae dans de nombreux pays du monde avaient fortement diminué", déclare à Euronews Next Mike Beeton, professeur de microbiologie médicale à l'université métropolitaine de Cardiff, au Royaume-Uni.

Mais alors que d'autres infections courantes, telles que la grippe et le virus respiratoire syncytial (VRS), ont refait leur apparition au cours des dernières années, les mycoplasmes manquaient toujours à l'appel.

"Nous savions qu'à un moment ou à un autre, le mycoplasme allait réapparaître parce qu'il y avait encore des détections occasionnelles ici et là dans différents pays", ajoute-t-il.

Où se propage-t-il ?

Coordonnant la surveillance internationale de l'infection, ils ont constaté qu'au cours des six derniers mois, le nombre d'infections à mycoplasma pneumoniae avait commencé à augmenter.

En analysant les données de surveillance de 24 pays, entre avril et septembre 2023, ils ont constaté que les cas positifs étaient plus élevés en Europe et en Asie. Les "détections les plus fréquentes" en Europe ont eu lieu au Danemark, en Suède, en Suisse et au Pays de Galles, ont-ils ajouté dans un article publié le mois dernier dans la revue The Lancet.

Plusieurs pays européens ont récemment signalé une augmentation du nombre de cas.

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Les autorités sanitaires danoises ont signalé une augmentation des infections à mycoplasma pneumoniae depuis l'été, évoquant "un nombre de cas nettement plus élevé que d'habitude".

En France, des "augmentations inhabituelles" des infections respiratoires à mycoplasma pneumoniae ont été signalées, avec une circulation accrue depuis le début de l'automne et un nombre de cas plus élevé qu'en 2019 et 2022, "reflétant une situation épidémique".

Les Pays-Bas ont également signalé une augmentation des cas de pneumonie, l'Institut de santé publique RIVM ayant déclaré à Euronews Next qu'il y avait eu, en particulier, une augmentation des infections de pneumonie chez les enfants âgés de 5 à 14 ans.

L'institut a demandé aux médecins généralistes de réaliser des prélèvements nasaux et buccaux supplémentaires pour effectuer des tests.

Pourquoi les cas de pneumonie  augmentent-ils aujourd'hui ?

On ne sait pas vraiment pourquoi ces cas augmentent en ce moment, mais certains responsables de la santé estiment que cela pourrait être dû à un retard après la levée des restrictions liées au COVID-19.

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Selon Mike Beeton, plusieurs théories expliquent pourquoi il a fallu si longtemps à cette bactérie pour réapparaître après la pandémie. Une explication possible est que sa période d'incubation est plus longue et que la maladie se développe lentement.

Si l'ampleur des cas observés dans les pays est "préoccupante", ajoute-t-il, elle n'est pas surprenante.

Selon les autorités sanitaires danoises, les épidémies de mycoplasma pneumoniae surviennent historiquement tous les quatre ans environ, la dernière ayant eu lieu entre 2015 et 2018.

Le nombre de cas était élevé juste avant la pandémie de COVID-19, mais il est tombé à un "niveau anormalement bas" en raison des restrictions.

"Il n'y avait presque rien qui circulait [pendant la pandémie], puis lorsque nous avons commencé à rouvrir [le Danemark], différents virus ont recommencé à circuler", déclare Hanne-Dorthe Emborg.

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"Mais les mycoplasmes n'avaient pas refait leur apparition jusqu'à présent, cela faisait trois ans et demi que nous n'avions pas eu de véritable circulation de la bactérie".

La chercheuse ajoute : "La circulation est plus importante que d'habitude, mais nous n'y voyons pas d'inquiétude pour l'instant. Le mycoplasme est une maladie qui touche principalement les enfants ou les écoliers, mais nécessite rarement une hospitalisation".

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