La mesure pourrait générer, au fil du temps, d’importants gains de santé, représentant des dizaines de milliers d’années de vie supplémentaires en bonne santé : d’ici 2075, environ 88 000 années de vie gagnées par rapport à l’absence de nouvelle loi.
Le tabagisme chez les jeunes en Angleterre pourrait tomber à des niveaux extrêmement bas en l’espace d’une génération et se traduire par des gains de santé majeurs, selon de nouvelles recherches qui examinent l’impact de la loi britannique sur la « génération sans tabac ».
L’an dernier, le gouvernement britannique a présenté un projet de loi anti-tabac destiné à « briser le cycle de l’addiction ». Ce texte, qui n’a pas encore été adopté, interdirait définitivement la vente de produits du tabac à toute personne née le 1er janvier 2009 ou après, l’âge légal de vente augmentant d’un an chaque année.
L’étude conclut que la proportion de fumeurs parmi les 12‑30 ans pourrait passer sous la barre des 5 % à la fin des années 2040, soit plusieurs décennies plus tôt que prévu en l’absence de cette politique.
À l’aide de modèles détaillés, des chercheurs de l’université de Nottingham ont projeté l’évolution, au cours des prochaines décennies, de la prévalence du tabagisme chez les 12‑30 ans en Angleterre si la loi est appliquée, et l’ont comparée à un scénario où elle ne le serait pas.
Un rapport publié l’an dernier par l’agence de santé publique du pays de Galles a révélé que plus d’un décès sur dix chez les plus de 35 ans, entre 2020 et 2022, était lié au tabac.
Les chercheurs estiment toutefois que les progrès ne seront pas les mêmes pour tous : les hommes et les habitants des quartiers à faibles revenus atteindraient probablement ce seuil plus tard, à moins que les aides ne soient mieux ciblées.
Cette politique pourrait générer des bénéfices sanitaires croissants dans le temps, avec des dizaines de milliers d’années de vie en bonne santé supplémentaires. D’ici 2075, elle pourrait permettre de gagner environ 88 000 années de vie en bonne santé par rapport à l’absence de nouvelle législation.
Les gains de santé les plus importants sont attendus dans les communautés défavorisées, où le tabagisme est le plus répandu : environ 30 % des années de vie supplémentaires en bonne santé devraient concerner les 20 % de quartiers les plus défavorisés.
Selon l’étude, une communication adaptée et un renforcement ciblé des moyens consacrés au contrôle pourraient réduire les inégalités, tant absolues que relatives.
« Ces modèles suggèrent que la loi sur la génération sans tabac pourrait empêcher les jeunes de commencer à fumer et accélérer la marche vers un avenir sans tabac », explique Nathan Davies, auteur principal de l’étude et chercheur à la faculté de médecine de l’université de Nottingham.
« Mais la manière dont cette politique sera mise en œuvre sera déterminante. Un contrôle renforcé, une meilleure communication et davantage de soutien au sevrage tabagique dans les communautés où le tabagisme reste le plus répandu pourraient aider à garantir que ces bénéfices soient partagés dans tout le pays et obtenus plus rapidement. »
« Protéger les générations futures d’une vie entière d’addiction mortelle et coûteuse »
Ces résultats sont d’autant plus remarquables qu’ils restent positifs même lorsque l’on retient des hypothèses plus prudentes sur l’impact de la politique sur l’initiation au tabagisme.
Le gouvernement britannique estime que la loi pourrait réduire d’environ 30 % par an le nombre de jeunes qui commencent à fumer, tandis que les chercheurs de l’université de Nottingham ont retenu une diminution bien plus modeste, de l’ordre de 5 % par an.
Même avec cette estimation plus basse, l’étude conclut que la politique pourrait entraîner d’importants bénéfices sanitaires à long terme. Si les baisses plus fortes anticipées par le gouvernement se matérialisent, le tabagisme chez les jeunes pourrait passer sous la barre des 5 % dès les années 2030.
Les organisations de santé ont salué ces conclusions tout en soulignant que leur mise en œuvre serait déterminante.
« Cette étude met en lumière à quel point la législation sur l’âge légal de vente sera une étape majeure pour aider à protéger les générations futures d’une vie entière d’addiction mortelle et coûteuse », déclare Alizée Froguel, responsable des politiques de prévention à Cancer Research UK.
Le projet a été financé par le National Institute for Health and Care Research (NIHR).
Le projet de loi est encore en cours d’examen au Parlement britannique. S’il entrait en vigueur, il compterait parmi les mesures anti-tabac les plus strictes au monde, aux côtés de pays comme les Maldives, qui ont interdit la vente de tabac à toute personne née le 1er janvier 2007 ou après.
La Nouvelle-Zélande, premier pays à avoir tenté d’interdire la vente de tabac aux générations futures, a abandonné ce projet en 2023.