DERNIERE MINUTE

DERNIERE MINUTE

Nobel de la paix : "Docteur miracle" et Yézidie miraculée, même combat !

Vous lisez :

Nobel de la paix : "Docteur miracle" et Yézidie miraculée, même combat !

Nobel de la paix : "Docteur miracle" et Yézidie miraculée, même combat !
Taille du texte Aa Aa

Denis Mukwege dédie son prix Nobel de la paix à toutes les femmes frappées, humiliées, violées depuis plus de vingt ans en République démocratique du Congo. C'est au coeur du combat de sa vie, dans l'hôpital de Panzi qu'il a ouvert en 1999 à Bukavu, la capitale du Sud-Kivu, que l'éminent gynécologue a appris la bonne nouvelle. "J'étais en train d'opérer quand soudain on a commencé à hurler", raconte-t-il sur le site officiel du Nobel. "Je peux voir dans le visage de nombreuses femmes à quel point elles sont heureuses d'être reconnues, poursuit-il modestement. C'était vraiment touchant".

A 63 ans, celui qu'on surnomme "L'homme qui répare les femmes" ou "Docteur miracle" en a vu passer, des horreurs, dans son bloc opératoire. 50 000 femmes, adolescentes, et même petites filles ont déjà été soignées dans son établissement. Toutes victimes de soldats ivres de sang, de bandes armées sans pitié ou de groupes de délinquants jetés dans les deux guerres congolaises successives (de 1996 à 2003). Dans la province du Kivu, le viol était devenu "une arme de destruction massive (...) pas chère et efficace", pour reprendre les propres mots du nouveau lauréat du prix Nobel de la paix.

Premier Congolais récompensé par le Nobel de la paix

Mais Denis Mukwege, fils d'un pasteur pentecôtiste, a la réputation de ne jamais abandonner, jamais ! Il a fait ses études à Angers, dans le centre-ouest de la France, puis il est revenu pour faire sa spécialisation en gynécologie-obstétrique. Il aurait pu y vivre, à l'abri de la violence. Non, il a préféré rentrer dans son pays et rester, même au plus fort de la tourmente. En 1996, son premier hôpital installé à Lemera, dans le Sud-Kivu, a été entièrement ravagé. En 2012, il a échappé à un attentat.

Cela en valait la peine. Il est le premier Congolais à recevoir un Nobel de la paix, et tous ses concitoyens en sont fiers. Le docteur Mukwege va pouvoir puiser dans cette joie un peu plus d'énergie car son combat est loin d'être terminé. Depuis la fin 2016, la guerre sexuelle contre les femmes a malheureusement repris en intensité.

Colauréate, Nadia Murad, jeune Yézidie miraculée

Nadia Murad aurait presque pu être l'une de ces femmes traumatisées "réparées" par son colauréat du prix Nobel... mais la jeune fille de 25 ans a vécu son calvaire en Irak, comme des milliers d'autres victimes du peuple yézidi auquel elle appartient. Cette minorité kurdophone, haïe par les fondamentalistes islamistes, a été particulièrement persécutée par le groupe terroriste Etat islamique. Avant 2014, il y avait environ 550 000 Yézidis sur le territoire irakien, au moins 100 000 ont fui, et beaucoup d'autres se sont réfugiés au Kurdistan.

La jeune Yézidie vivait tranquillement avec les siens dans le village de Kosho, près de Sinjar, une région montagneuse au nord de l'Irak. En août 2014, une horde sauvage de Daech a fondu sur toute la zone. Les femmes de la communauté ont rapidement été réduites à l'état d'esclaves sexuelles par les jihadistes. Violées régulièrement et finalement vendues par leur bourreau à d'autres bourreaux, sur des marchés, comme des animaux.

Nadia et sa soeur, seules rescapées de sa famille

Nadia Murad a ainsi été conduite de force à Mossoul, déclarée "capitale du califat" par le groupe Etat islamique. Violée, vendue, revendue, violée... pendant des mois et des mois. Elle a finalement risqué le tout pour le tout en s'enfuyant grâce à l'aide d'une famille musulmane, elle a pu rejoindre le Kurdistan en se mêlant aux longues files de déplacés. La jeune Yézidie vit désormais avec sa soeur en Allemagne. Elles sont les seules rescapées de leur famille, la maman et les six frères ont été tués.

Elle s'était déjà vu décerner le prix Sakharov par le Parlement européen en 2016. Le prestigieux Nobel de la paix lui donne plus de force pour se battre encore et toujours. Egalement ambassadrice de l'ONU pour la dignité des victimes du trafic d'êtres humains, Nadia Murad veut absolument faire reconnaître le massacre et la persécution de son peuple comme un génocide. Elle rappelle sans cesse que 3 000 femmes yézidies restent portées disparues.