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Road Trip : à la rencontre des ultranationalistes polonais

Road Trip  : à la rencontre des ultranationalistes polonais
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Nous poursuivons notre Road Trip en Pologne, en direction cette fois de la ville de Poznan. A mes côtés, le journaliste Leskek Kablak.

"La Jeunesse de la Grande Pologne" : un groupe ultra-nationaliste et catholique

Vincent McAviney, euronews : On parle beaucoup en Europe de la montrée des partis nationalistes, d'extrême-droite. C'est une tendance qu'on observe partout dans le monde, et notamment ici en Pologne. Pensez-vous que cela ternit l'image du pays ?

Leszek Kablak, journaliste polonais : "Bien sûr, nous n’aimons pas quand la Pologne fait parler d'elle pour les combats de rue entre activistes de gauche et de droite, même si malheureusement, cela se produit parfois dans le pays. Ces groupes radicaux ne sont peut-être pas grands, mais ils sont très visibles. Et parmi ces groupes, il y en a un, très célèbre, qui a une tradition centenaire, c'est la Jeunesse de la Grande Pologne."

Ultra-nationaliste et catholique, cette organisation existe depuis près d'un siècle. Aujourd’hui, elle utilise les moyens de communication modernes pour attirer de nouveaux membres. Vidéos et messages divers sont publiés en nombre sur les réseaux sociaux. Des contenus souvent effacés par les plateformes, car jugés xénophobes ou homophobes par des organisations comme Amnesty International ou les Nations Unies.

"L'UE n'est plus ce qu'elle était. Elle ressemble à un super État"

Nous rencontrons Zemowit Przebitkowski, le leader de "Jeunesse de la Grande Pologne", afin de savoir pourquoi, contrairement à la grande majorité des Polonais, cette organisation s'oppose à l'Union européenne :

Ziemowit Przebitkowski, leader de "Jeunesse de la Grande Pologne" : "Je n'aime pas beaucoup l'Union européenne. En fait, nous considérons qu'elle n'est plus ce qu'elle était, par rapport à ses débuts. Aujourd'hui, elle ressemble davantage à un super État ou elle aspire à être un super État. Donc, nous estimons qu'il faut quitter l'Union européenne. Et puis, il y a dans l'Union européenne une idéologie libérale très forte. Il y a beaucoup d'argent qui va notamment à des organisations qui défendent les droits des personnes LGBT. Nous ne voulons pas que ces organisations soient financées ici en Pologne. Pour nous, ce n'est pas acceptable. "

Les personnes LGBT, cibles favorites de la "Jeunesse de la Grande Pologne". Ses membres s'en sont pris par le passé à des militants de la cause gay et lesbienne, jetant des bouteilles et autres pierres sur des manifestants.

Les personnes LGBT dans le viseur

Ziemowit Przebitkowski, leader de la "Jeunesse de la Grande Pologne" :"Je ne dirais pas que j'éprouve de la haine pour eux, car je ne peux pas haïr quelqu'un qui est malade ou qui a un trouble mental."

Vincent McAviney, euronews : Donc vous pensez que c'est un trouble mental ?"

Ziemowit Przebitkowski : "Bien sûr, les recherches disent qu'il y a une forte corrélation entre l'homosexualité et la pédophilie."

Vincent McAviney, euronews : "Ce n'est pas correct."

Ziemowit Przebitkowski : “30% des pédophiles ont également des liaisons homosexuelles."

Vincent McAviney, euronews : "Et 70% sont hétérosexuels si on suit vos chiffres... Mais c'est faux. Vous associez l'homosexualité à la pédophilie. Il n'y a personne en Europe qu défend les pédophiles. Ce que demandent les personnes LGBT, c'est d'avoir des droits, comme tout le monde."

Ziemowit Przebitkowski :"C'est du politiquement correct. Quand les fait montrent que...(il est coupé)

Vincent McAviney, euronews : "Il n'y a aucune preuve scientifique de maladie mentale ou de corrélation entre l'homosexualité et la pédophilie. Il n'y en a pas. Passons à autre chose : que pensez vous du multiculturalisme dans l'Union européenne ?"

"Le multiculturalisme détruit les identités"

Ziemowit Przebitkowski : "Ce n'est pas une bonne chose, c'est évident. Nous devrions rester dans nos pays, avec nos valeurs, nos lois, comme cela a toujours été le cas auparavant, il y a 2.000 ans. Parce que c'est notre identité. Or, quand il y a beaucoup de multiculturalisme, c'est très facile de détruire l’identité des gens."

A l'autre bout de l’échiquier, le candidat aux Européennes, Robert Biedron, ouvertement homosexuel, fondateur de "Wiosna", une nouvelle formation politique progressiste, qui accuse le parti au pouvoir de laisser ces groupes ultras s'émanciper.

Marta Lempart, candidate de Wiosna aux Européennes, témoigne : "Je suis actuellement poursuivie par la justice, par la police pour des blocages anti-fascistes. Ici, beaucoup de personnes accusent l’État de supporter ces mouvements de droite, d'encourager ouvertement ces groupes à occuper l'espace public. C'est la réalité. Mais il y a aussi en face une forte réaction. Il y a doc d'un côté, l’État, qui se penche vers la droite, et de l'autre une résistance forte."

La montée des groupes extrêmes surestimée ?

Pour le professeur Zbigniew Nęck, de l'Université Jagiellonne de Cracovie, la montée des groupes d'extrême-droite est surestimée :

"Il y a globalement une grande diversité de points de vue et d'opinions. La jeunesse devient très radicale. A droite, sur la religion et le fascisme, à gauche sur l'athéisme. Ce à quoi on assiste en réalité, c'est à une libéralisation des points de vue. Mais on ne peut pas dire qu’il y a de plus en plus de gens de droite, de fanatiques, d'amoureux du fascisme. Ce n'est pas vrai . Mais comme ils font du bruit, on arrive à bien les entendre."

Avec ses dizaines de milliers d'abonnés sur les réseaux sociaux, et un ancien leader devenu ministre-adjoint, l'impact réel de la "Jeunesse de la Grande Pologne" s'annonce imprévisible.